‹ Vues des ruines de PompéiChapitre 40 sur 137 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Les maisons découvertes à Pompéi sont loin d’égaler la magnificence des vastes édifices de Rome et de la Grèce; elles offrent sans doute moins d'intérêt à ceux qui n'aiment à contempler les peuples anciens que dans les monuments de leur puissance et de leur grandeur. Mais ceux qui éprouvent le désir de pénétrer dans leur vie intérieure, de voir l'homme privé à côté du citoyen, et qui regrettent de n’avoir trouvé presque nulle part les traces de leurs mœurs domestiques et de leurs habitudes de famille, ceux-là penseront que les découvertes faites à Pompéi sont d’une valeur inappréciable.

Les Romains nous ont laissé mille modèles de l'architecture publique; et jusqu’à ces derniers temps, nous n’en avions aucun de l'architecture privée. Leurs théâtres, leurs palais, leurs temples, étaient bâtis pour limmortalité. Aussi les plus grands ravages ne les ont-ils pas entièrement détruits; mais les habitations particulières n’ont résisté, sur aucun point de l'Italie, aux efforts

58 DEUXIÈME PARTIE, réunis du temps et des Barbares: il a fallu la grande catastrophe d’Herculanum et de Pompéi pour nous en conserver quelques-unes.

Celles que de longs travaux ont fait sortir du milieu des cendres suffront pour nous donner une idée complète des détails que jusqu'ici on n’avait connus que bien imparfaitement. L'examen attentif de ces habitations dans toutes leurs parties nous fera mieux comprendre Vitruve que le secours de ses commentateurs les plus ingénieux.

La distribution des maisons chez les Romains était presque toujours la même. Elles étaient construites sur un plan plus ou moins vaste, suivant les

différences du rang et de la fortune; mais pour peu qu’une maison füt consi-

dérable, elle était divisée en deux parties distinctes, l’une renfermant toutes les pièces d’un usage public, l'autre consacrée au service domestique.

La partie privée contenait les chambres à coucher ou Cubicula, le Triclinium, les OEci, la Pinacotheca , la bibliothèque , les bains , l’Exèdre , le Xiste, etc., toutes ces pièces étaient distribuées autour du Péristyle.

Le Vestibule et l’Atrium, qui renfermait, dans un ordre presque toujours semblable, le Cavædium ,le Tablinum, les Ailes, les Fauces , formaient la partie publique.

De chaque côté du vestibule placé à l'entrée de la maison, se trouvent souvent des boutiques, dont les unes, sans communication avec l'intérieur, étaient louées à des particuliers; les autres ouvrant sur le vestibule, servaient au propriétaire à faire vendre le produit de ses terres.

Il est assez difficile de distinguer en quoi différaient l’Atrium etle Cavædium ; ces deux noms s'appliquent également, dans les auteurs qui en ont parlé, à une cour couverte qui se trouve du côté de l’entrée. Il paraît que l’Atrium était pris souvent pour toute la partie antérieure de la maison.

Vitruve distingue cinq espèces d’Atrium ou de Cavædium. Les toits de ceux qui étaient le plus en usage à Pompéi amenaient les eaux dans un petit bassin ou Impluvium situé au centre, d’où elles tombaient dans une citerne construite au-dessous.

Dans le Tablinum, on plaçait les images des ancêtres et des inscriptions en leur honneur.

Les Ailes étaient de petites pièces , entièrement ouvertes et faisant partie de l’Atrium.

Les Fauces, qui sont des espèces de corridors , servaient de communication entre la partie publique et la partie privée.

Le Péristyle était un portique intérieur qui régnait autour d’une cour ordi-

nairement plus grande que l'Atrium et entièrement découverte. Sur les côtés du Péristyle étaient distribués les appartements.

Les chambres à coucher étaient généralement petites ; quelquefois on y ménageait une alcôve; les lits qu’on y plaçait étaient en bronze; mais dans les habitations des personnes peu aisées, on se contentait de couchettes en bois. souvent même sur un massif en maçonnerie, élevé de quelques pouces, on se contentait d'étendre des tapis et des vêtements.

On donnait à la salle à manger le nom de Triclinium, parce que le lit sur lequel se plaçaient les convives entourait la table de trois côtés.

Les OEci correspondaient aux salons modernes (1).

L'Exèdre était une grande salle où l'on faisait la conversation.

La Pinacotheca servait de galerie de tableaux.

La bibliothèque renfermait les manuscrits.

Les bains, objet d’un soin particulier chez les Romains, étaient situés dans la partie la plus reculée de la maison, et quelquefois même dans la partie souterraine.

Le logement des esclaves ou Ergastulum n’était ni sain ni commode , si l’on en juge d’après les maisons de Pompéi.

Le Xiste était un parterre où l’on cultivait des fleurs et des arbustes, ou bien un lieu consacré à la promenade,

Les étrangers non invités, et qui venaient seulement pour traiter de quelque affaire, ne pouvaient entrer que dans le vestibule ou le Cavæœdium. Les personnes d’un rang inférieur, n’ayant point de clients et point d’aïeux célèbres, n'avaient besoin, dit Vitruve, nide Vestibule, ni d'Atrium , ni de Tablinum. On peut ajouter qu'ils se passaient aussi de bibliothèque et de Pinacotheca; car les manuscrits et les tableaux étaient des objets également rares et précieux.

La partie extérieure de la plupart des maisons offrait des boutiques; à côté ou au-dessous étaient des magasins où celliers, dont la construction avait bien moins pour but l'élégance des proportions que la conservation des marchandises.

Les maisons de campagne étaient bâties comme celles des villes, avec cette différence seulement que, dans les premières, le portique ou péristyle était situé près de l'entrée et dans la partie où le public était admis.

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(x) Il y en avait de plusieurs sortes : les Corinthiens, environnés de colonnes et voütés; les Tétrastyles ou Égyptiens, qui avaient deux ordres avec un balcon ou une terrasse extérieure ; enfin, les

Cyzicènes, situés au nord sur le jardin.

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