COUP D'OEIL GÉNÉRAL
Le nom de Pompéi même viendrait, suivant quelques étymologistes, du mot grec IOMTIH (Pompé), faisant allusion à la pompe avec laquelle Hercule célébra ses victoires, lorsqu'il attendait sa flotte à l'embouchure du Sarno ; et, suivant d’autres, de ce mot signifiant Conducteur, ainsi qu’on le trouve dans Homère. D'après ces derniers, Pompéi aurait été appelée la Colonie, comme Naples (Weapolis), qui est dans le voisinage, et qui eut aussi des Grecs pour fondateurs , fut appelée Za F'ille-Nouvelle.
L’enceinte de Pompéi avait environ deux milles d’étendue ; il n’y en a pas le quart de déblayé : il reste encore, comme on le voit, de grands travaux à exéter, et sans doute aussi de précieuses découvertes à faire.
La voie principale, celle qui venait de Naples en passant par Herculanum, Retina, Oplontis, monte depuis la plaine jusqu'à la porte de la ville par une pente assez rapide. La largeur de la chaussée ou agger est de douze à quatorze pieds, ce qui suffisait au passage de deux chars, comme l’attestent les traces profondes laissées par les roues sur les quartiers de lave dont elle est pavée. Il y a, de chaque côté, des trottoirs ou rargines, qui ont de quatre à six pieds de largeur, et qui sont élevés à-peu-près d’un pied au-dessus de la chaussée. De distance en distance on trouve des bornes qui servaient à empêcher les chars de passer sur les trottoirs, et qui n’ont pas plus de seize pouces de hauteur.
Les chemins publics étaient au nombre des ouvrages les plus remarquables de la magnificence romaine : c’est avec des travaux immenses et des frais énormes qu'on les avait prolongés depuis le Capitole jusqu'aux limites du monde connu; ils semblent, à leur solidité, avoir été construits pour survivre à l’Empire, dont on les avait appelés assez ingénieusement les artères. Mais leur construction n’attirait pas seule la sollicitude des Romains : le soin d’en surveiller les réparations ne paraissait pas indigne des grands hommes de la république; il n’y avait que les citoyens du plus haut rang qui fussent admis à l'emploi de surintendant de ce service, et nous voyons Auguste lui-même se charger d’un district.
La voie Appienne, la plus ancienne et la plus magnifique de toutes, puisqu'on la distinguait par l’épithète de Regina viarum; la voie Appienne, telle que le censeur Appius Claudius l'avait fait construire dans l'origine, allait de Rome à Capoue. Elle était composée de trois couches : la couche inférieure,
qui était un amas de pierres grossières ou de silex, formait les fondements
SUR LA VILLE DE POMPÉIL. 27 ou le statumen; celle du milieu (rudera) était en gravier; et le dessus en pierres de forme irrégulière très-bien jointes ensemble.
La voie Appienne formait, à Sinuesse, un embranchement avec celle appelée depuis Domitienne, qui conduisait à Putéoli et à Baies, pendant que d’autres ramifications s’étendaient le long de la côte à travers Herculanum jusqu’à Pompéi, où le Sarno était traversé par une route qui, se partageant aussitôt, gagnait Stabia ou Nocera.
On arrivait à Pompéi de l’autre côté du Vésuve, en traversant Nola, par la voie Popilienne, qui allait de cette dernière ville jusqu'à Reggio (x).
Ces routes, qui traversaient un pays enrichi de toutes les variétés de la nature, étaient, en outre, embellies par les merveilles de l’art. Des temples, des tombeaux, des arcs de triomphe, des maisons, des jardins, étaient jetés çà et là avec l'irrégularité la plus pittoresque. De nombreux portiques offraient de lombrage ou un abri, et les auberges des rafraîchissements ou du repos au voyageur, qui admirait et retrouvait partout la grandeur et la munificence de sa patrie.
On est étonné, en arrivant à la porte d'Herculanum, de ne trouver à cet édifice aucun caractère de grandeur. L’arcade principale, à moitié abattue, est large de quatorze pieds et demi, et pouvait en avoir vingt de haut; elle se répète, ainsi que deux petites portes latérales, aux deux extrémités d’un long passage. Les murs, construits en briques et en moellons, sont revétus d’un beau stuc blanc, et couverts à l'extérieur d'inscriptions, d’annonces et d’ordonnances de police, aujourd’hui presque illisibles.
Sur la gauche, avant d'entrer dans la ville, on rencontre un piédestal qui paraît avoir été destiné à porter une statue colossale. À droite est un petit édifice ou ædicule, consacré à quelque divinité inconnue, dont l’image était représentée au fond d’une niche, De chaque côté de l’ædicule on avait placé de petits bancs de pierre, les uns au dedans, les autres en dehors, pour la commodité des voyageurs.
(x) Malgré la commodité de leurs routes, les Romains n’allaient pas très-vite en voyage. Auguste mit deux jours pour aller de Rome à Préneste, à une distance de vingt-cinq milles. Horace, dans son voyage à Brindes, met le même temps pour faire quarante-trois milles; mais il pense qu'un voyageur plus pressé pourrait faire le même trajet en un seul jour. Il y a néanmoins quelques exemples d’une vitesse extraordinaire.