‹ Vues des ruines de PompéiChapitre 84 sur 137 · PLANCHE LXXIV · texte numérisé non relu

PLANCHE LXXIV

Plan du temple de Bacchus ou de Vénus.

Les noms sous lesquels la plupart des monuments de Pompéi ont été désignés ne sont pas tous appuyés de preuves certaines, et il suffit quelquefois de la plus légère circonstance pour leur en faire changer. L'édifice qui nous occupe fut d’abord connu sous la désignation de temple de Bacchus, parce que l'on découvrit une peinture représentant Bacchus et Silène, dans une pièce qui semblait faire partie de ses dépendances. Il le fut ensuite sous le nom de temple de J’énus, parce que parmi les décombres on trouva les fragments d’une statue de femme.

Ce temple, du genre de ceux qui sont appelés Périptères et Hexastyles, était élevé sur un stylobate, en construction massive et revêtu de stuc. Toutes les colonnes qui entouraient la célla ont été renversées. Sur le petit autel en avant du perron qui conduisait au porche du temple, on a retrouvé des traces de feu et même des cendres, qui provenaient probablement des victimes qu’on y avait brûlées.

Tout l'édifice était renfermé dans une enceinte sacrée ou Péribole , entourée d'un portique couvert composé de 48 colonnes en pierre; ces colonnes étaient primitivement d'ordre dorique, mais elles furent transformées depuis en ordre composite, au moyen d'un enduit de stuc d’une forte épaisseur; cette transformation en a rendu la proportion lourde. La partie inférieure du fût, au üers de la hauteur, est lisse et peinte en jaune; la partie supérieure, qui est de couleur blanche, est cannelée.

Les eaux pluviales des toits du portique étaient reçues dans un petit canal , et des regards qui y étaient pratiqués de distance en distance, les conduisaient dans des citernes.

Le nombre des colonnes de chacune des faces du portique étant impair, il se trouvait par conséquent une colonne dans la direction de chacun des axes. Cette disposition que les modernes regardent comme très vicieuse, et dont on trouve plusieurs exemples à Pompéi et même dans d’autres monuments de l'antiquité, ne peut être condamnée comme telle, qu’autant qu’elle serait le résultat du caprice de l'architecte. Car une disposition semblable qui résulterait d’une soumission raisonnée aux exigences de la destination et de la localité d’un édifice, satisferait aux vrais principes de l'architecture; ce sont ces principes qui prédominent chez les anciens, dont les licences apparentes sont toujours com-

mandées par les convenances, auxquelles ils tâchaient de satisfaire avant tout.

Page 1