VÉSUVE
“ I cliinh II hill oj'ashcs al whosc top
A gorge descemUng leads inlo thy home,
(h'eiit Pire! where ’mid thy swiirlhy realms sublime , l/iider a canopy of surging clouds ,
On ihy red thvone exalted , terrible.,
Thon art sole master ^ and suprême hast Icen l'or âges , unopposed. ”
Parmi les sites enchanteurs du Ix^au pays qui s’élève autour du golfe de Naples, région chérie des poètes , rien n’attire plus nos regards que le Vésuve, “ la montagna ardente ” qid a captivé l’attention des savans et des curieux de tous les siècles et de tous les pays.
Cette montagne a deux sommets, le cône actuel du Vésuve et le monte Somma: tous les deux ont une hase commune, limitée au nord et à l’est par la plaine de la Terre de Laljour qui la sépare des Apennins ; au sud elle est baignée par la mer, et à l’ouest elle semble s’unir avec l’élé-
valion sur ]a(|Ucllo est l)àiic la ville de Naples. En effet la division entre l’extrême pente occidentale de la Somma et l’extrêmitc orientale de la colline appele'e Poggio Reale de Naples, peut à peine se regarder comme une séparation réelle.
Le faîte de la Somma décrit un demi-cercle dont les extrémités s’étendent au sud-ouest , la courlic SC dirigeant vers le nord-est: M. Visconii a vérifié le fait remarquable, que si l’on en tire le diamètre du point occidental près de l’IIcrmitage jusqu’au point oriental au-dessus de S.‘ Maiiro, ce diamètre passera par le centre du cratère du volcan. La partie de la Somma qui regarde le sudouest et le cône du Vésuve, est presque perpendiculaire 5 mais le côté vers le nord est une plaine inclirée, coupée dans sa longitude par de profonds ravins et revêtue de vignobles, à l’exception d’une étendue de quelques centaines de pieds vers la cime qui est hérissée de petits chênes et de chataitrners.
Un vallon étroit ( appelé vers l’ouest, V Alrio del Caoallo, et vers le nord Canale delV Arena ) sépare la Somma du cône du Vésuve. La lave qui descend de temps en temps du cône au nord, avec les cendres et la scorie qui en sont rejetées, ou en sont chariées par les pluies jusque dans le vallon, en élèvent le niveau, et pourront, à la longue , le combler entièrement ; alors ce côté du
cône leiini au faîte de la Somma fera partie d’un des flânes de la montagne.
Le eône du Vésuve qui semble un amas de cendres , est tronqué dans la dircetion du N. E. au S. O.; il pose de ce côté-ci sur V Atrio del Cavallo y et vers le sud sur la Pedementina / son flanc s’étend à la mer et forme un seul plan incliné depuis le vertex jusqu’à la base.
La pente depuis la Pedementina et VAtrio del Cavallo est régulière et couverte de vigno- Iflcs et de jardins : elle est interrompue seulement par les vocoli , ou petits cônes formés pendant l’éruption de 1760, ensuite par la colline pittoresque sur laquelle s’élève le couvent des Camaldules , et enfin par des élévations que causa la lave près du Piano dette Ginestre pendant l’éruption de 1794- Au nord-ouest elle est coupée par deux grandes ravines, séparées l’une de l’autre par le faîte des Canteroni au sommet des quels est placé l’Hermitage de S.* Janvier ou S.‘ Sauveur. La ravine au nord s’appelle Fosso Faraone et s’avance du nord-ouest au sud-est ; celle au sud se dit Fosso Grande et se dirige de l’ouest à l’est. Les parties inférieures de la montagne sont parsemées de villes, de villages et de palais qui s’élèvent au milieu de vignobles et de jardins , propriétés d’iiommcs qui oublient leur danger en tachant do tirer parti de la fertilité du sol, quoi-
lO
que ixnc période de cent ans ne se soit jamais écou- Jée sans que des terres autour de la liase du Vésuve n’aient été bouleversées par des trcrnblemens, incendiées par des torrens de lave ou couvertes par des monceaux de cendres. Mais l’homme se familiarise avec tout: dès que le danger est passé, les liabitans reviennent et élèvent de nouveau leurs maisons, au même endroit où une funeste expérience amait dû leur faire craindre d’étre ensevelis par une nouvelle éruption. *
A la ville de Résina les guides attendent ceux qui vont visiter le cratère , et la route qu’ils suivent ordinairement , s’avance, presqu’en ligne droite, de la ville vers le coté du cône qui regarde le nord , jusqu’à ce (|u’clle arrive au Piano delle Ginestre, et alors elle se replie sur la gauche.
Le Piano jadis orné d’arbustes toujours verts, de buissons et de genêts qui portaient des ücurs toute l’année, ce Piano où souriait un printemps perpétuel, ne présente maintenant qu’une étendue déserte où l’on ne voit autre chose que les surfaces écumeuscs de vastes courans de lave qui , en descendant du cône se sont croisés l’un l’autre , ont été s’entasser confusément en masses et en côtaux, ou bien se sont étendus en forme de murs épais et irréguliers. On emploie à peu près
* Je suis mlcvaMc à INI. Brcislak tic la pluparl de celle desci'iptioii : ( Topoi^rajia fisica ilcllu Campunia Cap. tj- 1- )
une heure pour y arriver, et le chemin qui traverse des vignobles entourés de murailles ou d’élévations de boue ( amacera ) est tout-à-fait dépourvu d’intérêt, à l’exception d’un petit nombre d’endroits d’où l’on aperçoit , h travers quelques jours dans le feuillage et parmi les vignes qui sont pourtant tres-serrées , de belles vues de Naples et de ses environs.
J’ai généralement préféré, et je le conseille même aux autres , de monter dans la direction du Fosso Grande , par un chemin qui se réunit à l’autre , déjà décrit sur le Piano nommé ci-dessus , au moment même qu’il arrive au grand faîte des Canteroni. Cette route abrège d’une demiheure environ le temps requis pour la montée , mais le sentier en est moins fatiguant et moins escarpé et sous tous les rapports elle est meilleure que l’autre , excepté quelques toises à l’extrémité où il faut aller à pied. Elle a le grand avantage d’offrir une variété continuelle de scènes, et en même-temps elle présente une section de la montagne qui laisse voir sa structure, ce qui ne peut manquer de procurer du plaisir et de l’instruction même aux simples admirateurs de la nature.
A une petite distanee de Résina, celte route se détourne à gauche de la ligne de la première, et passant à travers des vignobles et des vergers
dont les arbres étendent ordinairement leurs branches au-dessus du sentier , formant de distance en distanee des avenues ombragées , elle arrive h des ruisseaux de lave qui descendirent par le Grande y qX allèrent à S.* Jorio en 1767. Elle les traverse tout près de la petite chapelle de S' Viio, bâtie à côté de l’endroit où il s’en trouvait une autre qui fut détruite par une des branches de la lave de l’éruption dont nous venons de parler, et continue de nouveau à l’ombre de grands arbres , Jusqu’à ce qu’elle arrive au courant principal de 1767 ; continuant de là au milieu de ces deux murs de scorie dont elle suit la direction , cette route entre bientôt dans le Fosso Grande , où elle s’approche d’un petit rocher de vieille lave, presque caché par le figuier sauvage, par le lierre et par diverses plantes qui descendent en festons.
A quelque distance, en avant sur la gauche, se présente un précipice escarpé de tuf et de lapillu depuis la base duquel une douce pente couverte de vignes s’étend jusqu’à la route. Sur la droite on trouve entassés les uns sur les autres plusieurs lits d’anciennes laves , séparés par de légères couches de sable, présentant un front perpendiculaire, dont le sommet est garni d’arbres et de buissons.
Tel est le précipice de lave représenté dans le croquis suivant j ce précipc, quoique le plus pii-
Ai-.
u>rcMjuc, ii’osl pas le plus clev^ île ceux qui loriiienl le eôié ilroli ilii f\>sso.
Le si’iuicr ensuile ti'avcrso la surface dure cl solide d’un ancien trouranl , cl mène à une inon- Icc lrî‘3»-CM*arpiV ; quelques ininules suilisenl jx)ur y f^ravir, nue Ix'llc vue s’y déploie loul-à-coiip ; la plaine enlière di's Ginestn» paraîl , avec le cône noir qui s’élève h son exlrémilé , cl l’ieil qui cpielipics inoinens auparavanl exaininail avec inlén’l les eflcLs d’anciennes éruptions, s’étonne inaintenanl dcvanl roeuvre de la désolation, prodinie par des ériiplions d’une date récente.
Noire cliemin ici s’unit a l’autre, quitte la lave, el monte à rilmnila^e , par un détour pratiqué dans l'épaisseur du lapillo , dont le faîte di's Cantrroui est principalement formé. Avant d’étn' parvenu a son sommet , on a une ina^nilique persj>ectivc qiu s’étend sur la grande plaine , riche el lK)is<’c du Carnpn Felice , s’avançant d’un côté jusipi’h la mer, et de l’autre jusipi’à la chaîne de l’Apennin derrière Gisi^rta.
L’IIermilaf^e de S. Salvatore ( S.* Janvier ) est placé sur un petit espace plat , situé à l’extrémité occidentale du faîte des Canteruni. Gesl en vain que j’ai tâche de savoir à ipiclle époque il fut élevé; mais prolKihlemenl ce fut dans le moment même de la jurande éruption de iG3i. L’é'difice contient une chaj>elle et quehpies chain-
Lies pour l’usage du moine ou hcrmite qui y résidé louic l’aunce ; dcruicrcmcnt il a aussi servi de poste pour la police qui le protège, ainsi que les personnes qui gravissent sur le cône.
Laissant l’IIermitage à gauche, le chemin suit le long de la plus haute partie du faîte à l’extrèinité verdoyante duquel s’élève le cône de cendres et de son centre il sort une fumée blanche, eu niasses opaques , qui tournoie dans l’air. D’un côté la vue s’étend jusques sur le champ de lave sauvage et stérile , et de l’autre elle est interceptée par l’extrémité de la Somma , laquelle, couverte de Broussailles et d’ arbrisseaux , descend dans le Fosso Faraone. On a planté une croix de bois du côté oriental du sommet, et une fois par an , ainsi que pendant toutes les grandes éruptions, on y implore le secours du saint Protecteur de Naples, pour protéger l’ilcrmitage contre la fureur du volcan.
Au-dessous de cet endroit , dans le Fusso à gauche , existait une fois la petite chapelle de la F etrana, qui fut détruite par l’éruption de 1786, lorsque la lave se jeta du haut d’un précipice qui avait soixante pieds ( il était situé près de l’édifice ) et y formait une cascade de feu liquide.
Une courte descente mène à * Y yllrio del Ca-
* Le nom iVjltrio ciel Ccu’cdlo fut donné à toute celle partie de la montagne, loug-lemps avant le lü.uji' siècle; parce tpic “ dans
vallo ^ ou plaine de lave , et le chemin qui s’avance en tournant parmi des masses informes , vers un endroit situé à la hase du cône , d’où il faut gravir à pied sur son flanc escarpé et sablonneux , gît dans un canal , entre deux courans de lave, dont celui sur la gauche provient de l’éruption de 1823 ; et celui sur la droite de celle de 1822.
A gauche , à quelque distance de cet endroit , se trouvent deux petits cônes les seuls qui soient restés debout de six qui y furent formés pendant l’éruption de i83i. Le plus grand des deux a pris le nom de Coutril , à cause d’un malheureux Français qui commit un suicide en se jetant dans le cône lorsque celui-ci était en activité, le 16 Janvier de la meme année.
La vue est magnifique depuis ce point; sur le
ce temps on venait toujours jusque là à cheval , et cet endroit offrait un pâturage aux chevaux; car jusqu’à l’an i63i il produisait des plantes et des arbres. ” Depuis cette époque il a été si souvent couvert par la lave et les cendres, qu’il n’a plus été susceptible de culture.
Une plaine environne la base du cône , dont cette partie qui porte le nom à' Atrio s’étend depuis le faîte des Canteroni et la pointe occident' e de la Somma , à une élévation qui se trouve en ligne droite au-dessus du couvent des Gamaldules. De-là , à l’extrémité orientale de \di Somma , la plaine est appelée la Pedementina , et de là entre la Somma et le cône , jusqu’à ce que de nouveau elle atteigne VAlrio on lui donne le nom de Canale delL’ Are na.
devant la lave sombre cl rude contraste singulièrement avec la hauteur verdoyante des Canteroni , la riche plaine et l’azur de la mer profonde au-dessous; la pente de la montagne n’clant pas sensible, ces derniers et surtout la mer, semblent immédiatement au-dessous, comme qui dirait au pied d’un immense rocher perpendiculaii’C.
Il faut plus d’une demi- heure pour monter le zig-zag escarpé qui mène au haut du cône; la plus grande difficulté dans la montée provient de la mobilité des cendres sur lesquelles on marche.
La scène qui se présente au sommet surpasse toute description. Le champ de lave dans l’intérieur du cratère , renfermé entre des bords hauts et irréguliers , pourrait se comparer à un lac dont les vagues agitées auraient été pétrifiées loul-àcoup , il ressemble aux mers de glace ou aux glaciers de la Suisse ; quoique différent dans son origine et sa nature. Il est traversé par de nombreuses crevasses , les unes profondes et larges , les autres longues et étroites. Ici l’on voit des masses entortillées comme des cables , là de larges tables appuyées en divers angles les unes contre les autres, d’un côté une large plateforme, d’un autre un ruisseau étroit dont les ondes en se poussant tour-à-lour ont conservé leur forme même à une distance considérable. Dans la mer de glace
la surface blanche cl éblouissanlc est variée par (le belles nuances de vert et de bleu; dans son simulaci’c de pierre, le jaune brillant et le rou^e que produisent les mélanges de métaux et de soufre, coupés par le blanc pur du muriatc de soude, contrastent agre'ablement avec la teinte sombre et noirâtre de la lave.
Un petit cône noir, formé de scorie sortie de sa bouche s’élève au-dessus de la lave un peu au nord du centre du cratère ; dans l’intérieur il y a une cavité d’où s’élancent dans les airs des colonnes de fumée accompagnées de nuages d’un sable blanc et très-fin, et souvent aussi de gerbes de lave fondue, qui de suite s^ouvrent et tombent de tous côtés ; une partie en masses semblables à des boulets de canon , une partie en sphéroïdes parfaits ou en monceaux qui frappent contre la lave , rebondissent et s’étendent en de longs filamens.
Deux terrasses de lave traversent le cratère depuis le côté méridional du petit cône, et plusieurs petits fumaroli sortis dernièrement de ces terrasses rejetaient continuellement de la vapeur qui en sortait avec un sifllement effrayant. Un de ces fumaroli s’était fendu à cause de quelque mouvement violent au-dedans du cratère. 11 en était tombé une moitié qui laissait voir des amas confus de lave en masses cubiques , mais la j)artie (jui
('lait rcslcc (lcl)oui ressemblait par sa slruciure à (lu basalte; le tout (^tait eouvert de belles cristallisations de sels de enivre et de 1er, bigarn; de plusieurs nuances de vert.
l’our atteindre la partie du cratère qui est au-dessus de Bosco Reale , le point le moins élevé de la circonférence, il vaut mieux traverser la lave; pourtant la vapeur sulphuriquc et muriatique est parfois si forte, qu’on ne peut guère le faire en sûreté sans passer avec vitesse par les endroits où elle est développée, en ayant soin de se couvrir la bouclic d’un mouchoir.
Sans SC hasarder sur la lave on ne peut se former aucune idée des belles combinaisons de couleur que présentent le soufre et les dilferens sels des métaux déposés pendant la sublimation continuelle effectuée dans ce grand laboratoire; d(» formes bizarres que prend la lave en sortant des crevasses ou bouches de ces fournaises naturelles; de la manière dont les fumaroU sont entassés , et comment la vapeur en sort. Enfin sans s’avancer vers le centre et sans en examiner le cratère de très-près, il y a bien des choses curieuses, instructives et intéressantes qu’on ne voit pas, caries petits objets qu’on découvre alors , se perdent dans la vue toujours belle, mais trop éloignée, dont on jouit depuis le bord.
Jusqu’au mois de Septembre, quand la lave
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t\umrs Au» pcli't CO»»- jircs le centre Au Crider
eut atteint sa liautcur actuelle, il fallait faire le tour (le la inoilicî du cône avant de pouvoir arriver à la partie Lasse au-dessus de Bosco Reale , le seul point d’oii l’on pouvait descendre sur la lave au fond de la cavité', et l’on descendait par une pente roide et (itroite de cendres chaudes et mobiles où la jambe s’enfoncait à charpie pas jusrpi’au genou 5 ce qui fatiguait souvent et cpiclrpiefois (épouvantait ceux r£ui s’engageaient dans l’entreprise hasardeuse de descendre dans le cratère.
La profondeur ici, en Mai i83o, e'iait de 70 pieds, elle était diminuée à 5o au mois de Déccmhre , et au premier de Septembre dernier elle n’était que de six.
Le sentier qui y conduit parcourt le rebord tortueux et inégal qui est le faîte du côté méridional du cône, et comme il n’est ni difficile ni dangereux, on le choisit ordinairement au lieu de traverser la lave, surtout pendant la nuit. La vue depuis le sommet est peut-être la plus belle qu’il y ait au monde; car la hauteur de la montagne ne suffit pas pour cfTacer ou pour trop rapetisser les détails du pays enchanteur sur lequel l’œil se promène.
Au sud-est l’île de Capri s’élève du sein de l’océan comme une forteresse immense qui protège l’entrée du golfe; à gauche ou voit les Apen-
Il ins, qui cmln’asscm Massa cl la plaine de Sorrente couvcrlc d’orangers, s’étendre en ligne noire jusqu’à Caslcllaniarc, au-dessus duquel domine le gigantesque S.' yîngelo^ leur sommet le plus élevé. De là ces montagnes altières, séparant la vallée de Sarno du golfe de Salerno, s’avancent dans le pays, et puis, faisant un tour à gauche, elles forment un demi-cercle dans le lointain autour de la hase du \ ésuve et de la plaine de JNola qui s’étend entre toutes les deux: derrière Cascrla ces montagnes cachent leurs têtes dans les nues , quoique parfois leurs sommets grisâtres, ou couverts de neige, élincclans des ravons du soleil, se dessinent parfaitement au travers de l’atmosphère pur et serein. Monte Circeîlo et les collines près de Gaète terminent la ligne <jui se perd de nouveau dans la mer après avoir horde le fertile Cainpo Feïice et les nomhrcuscs villes répandues sur sa surface.
Toute retendue limitée par celle chaîne de montagnes et située entre ccllc-ci et la mer, est d’origine volcanique, et les anciens lui donnèrent le nom de Campi Phlegraei. La plaine est toutà-fait unie jusqu’à ce qu’elle arrive à l’éminence sur laquelle est hàtie la ville de Naples, où l’on voit des terrasses les unes au-dessus des autres, composées de palais et d’églises étroitement serrés et dominés par les nturs épais du château de
S.‘ Efmc. Derrière eux il y a encore une colline en forme de demi-cercle, riche et verdoyante, où des maisons de plaisance, des jardins, des bosquets d’orangers se présentent de temps en temps sous un aspect de désordre , à la fois riche et pittoresque. Plus loin les Gamaldules, le promontoire de Pausi lippe et les montagnes derrière le golfe de Baia lèvent leurs têtes superbes et forment le fond du tableau. A gauche le pic de l’île d’isebia semble menacer Procida, et puis une longue ligne de la mer azurée termine ce panorama étendu.
Depuis le point le plus élevé de ce coté du cratère, on descend rapidement au point le plus bas au sud-est où la lave déborda le l8 Septembre. La surface de la plaine de lave au-dedans du cratère, traversée ce jour-là par plusieurs courans de matière fondue, avait une apparence Lieu belle et bien digne d’être observée. Il fut impossible d’approcher de près la lave liquide à cause de la chaleur excessive, mais je me suis assez avancé vers un de ces courans, et j’y suis resté assez long-temps pour y enfoncer un bâton, et, ainsi, savoir que sa fluidité était comme celle du verre, lorsqu’on le retire de la fournaise.
Un courant avait dépassé le bord, mais s’était refroidi après s’être amassé e.n grandes vagues, à la hauteur de i5 pieds, le tout disposé réguliè-
renient comme des degrés de 5 pieds chacun. A la droite, et liicn près de cette masse, un large ruisseau s’approcha ensuite du hord, et menaça tie passer outre, mais celui-là aussi se refroidit. Cependant bientôt après un troisième, plus étroit et jilus sur la droite que les autres, coida rapidement vers ce côté de la circonférence m'i elle commence à s’élever dans la direction du Palo, et entassa dans sa marche, de chaque côté, une ligne de scorie noire, comme le soc de la charrue entasse le terreau au travers duquel il la- ])Oure. Les croquis ci-joints représentent cette partie du cratère, à environ 2 heures dans l’aprèsmidi du i8, lorsque le dernier ruisseau venait d’atteindre le hord.
Durant le jour entier, le petit cône déploya une grande activité, et les masses énonnes de lave et de scorie qui en sortaient furent lancées à une hauteur prodigieuse. La fumée était trèsépaisse et noirâtre se trouvant chargée d’un sable lin et noir , qui tomba en grande quantité sur le Palo et stir cette partie du cône.
L’inégalité de la partie méridionale, et la montée du Palo, le plus haut point du A'ésuve, sont également escarpés et fatiguans soit d’un côté ou de l’autre. La vue qu’on y a n’est ni plus belle ni plus étendue que celle que j’ai décriiez le seul avantage qu’elle ait, est celui de présenter plus
jr
coulant (leliors ]c l>ortl au s i-, (lu Cr.ilrr
dislinclcmcnt la Somma et le Canale dell' Arena; ce dernier est une plaine plate et semi-cireulaire, entièrement eouverte de eendres fines, et resseniLle Leaueoup au lit d’un lae qui a été mis à see.
Le soir du 20, trois eoiurans de lave bouillante, séparés entre eux par une ligne de seorie qui en se refroidissant avait formé des Lloes et des flots solides fortement cimentés ensemble par la lave même, deseendirent le long de l’extrémité du eône. Lorsque la nuit survint, l’apparence de ces courans fut bien extraordinaire, et j’ai essayé d’en représenter l’effet pittoresque dans la vue cijointe. Pendant la nuit une colonne de scorie liquide et d’un rouge vif était lancée à une grande bautcur du petit cône, cliaquc demi minute; elle était accompagnée d’ime fumée d’une teinte blanche, quelquefois d’un écarlate foncé, et quelquefois d’un rose délicat ; tous deux causés par le reflet du feu au-dedans du cratère.
Le 20 la lave coula en plusieurs endroits, entre autres près des eourans précédens, et, s’unissant à eux, s’avança au pied du grand cône. Elle passa de là dans une direction orientale à travers la Pedementina, mais ensuite elle cbangea son cours, tourna à dioitc, et, suivant pendant une petite distance le tour de la base, forma une trace de fumée sur le côté au S. E. La ligne entière ressemblait à de la terre entassée en mon-
ccaux, ici en de lonj^mcs l)andes, là en de pciiies liaiiienrsj la l’unice sortait de partout, et de temps à antre, nne ligne de rouge se voyait à travers des niasses noires de seoi-ie. Quelques-unes de ces dernières étaient remarquables: la lave en coidant avait jeté de chaque côté, un mur de scorie mince et perpendiculaire, le ruisseau passait au milieu après éti'e sorti de dessous une voûte formée de scorie, et s’étant avancé de vingt à trente pieds il se replongea sous une autre voûte et disparut au milieu de grands monceaux de la meme matière. On peut se former quebjue idée de la singularité d’un de ces canaux, par le croquis ci-après.
Quand on a assez examiné les détails intéressans qu’offre le cratère, on fera bien d’attendre le coucher du soleil, avant de commencer à descendre 5 et si le temps a été beau , ou si l’atinospbere est pur, on ne quittera guère cet endroit sans voir un tableau d’une beauté inexprimable, car la perspective est vraiment enchanteresse, lorsque la scène incomparal)le en beauté, est éclairée par les rayons du soleil couchant, qui la revêtent d’un ton vaporeux ou d’une clarté éblouissante ! Souvent , à mesure que l’orbe radieux s’approche de riiorizon et s’enfonce dans la mer, une niasse de nuages sombres descend sur lui, comme un voile épais qui pendant (juelques momens obscurcit sa gloire 3 mais bientôt après les
l'.. (orn,e pnrdeux .nur.d,.. lava, .v, r I,- lava roulanl au .l.,la,K
nuages et les montagnes, les plaines, les arbres et les villes, enfin, tout est couvert de teintes d’un jaune foncé, ou semblables au rouge vif du rubis , ou au tendre incarnat do la rose ; la mer éclatante et azurée ressemble , par le reflet de lumière , à un océan d’or liquide dont les flots resplendissans sont agités par le vent de terre, qui, faible et inconstant s’avance du rivage, tandis que ça et là une nacelle ou speronaro déploie ses voiles triangulaires, poursuit son cours solitaire, et jette une faible ombre sur l’étendue brillante. L’or ardent, la teinte rougeâtre, disparaissent lentement et presque imperceptiblement, et des ténèbres sombres et épaisses recouvrent la scène.
La nuit arrive tout-à-coup, de sorte qu’on a besoin de torches pour éclairer aux voyageurs dans la descente ; et au lieu de suivre le sentier tortueux par lequel on est monté, il faut se diriger par une trace qui mène en droite ligne du sommet jusqu’au bas du cône près des blocs de lave où l’on a quitté les mulets *: la descente se fait en peu de minutes ; car les cendres sont profondes, et il n’y a point de grosses pierres sur le cliemin, de sorte qu’on peut courir tout le long d’une manière sûre et facile.
* Ces lilocs de lave fiueut lances du cratère dans le mois d'Aoùt 177<J.
La lueur clos torclics, pcndanl (ju’cllc ijiillc sur les amas somLres et déserts de lave au milieu desquels passe la route, produit un effet sauvage, singulier et pittoresque, surtout lorsque la société est nombreuse et fournie de beaucoup de flambeaux ;*la beauté de la scène est rebaussée par la vue des manteaux noirs des hommes entremêlés des couleurs éclatantes des sclialls et des liabil- Jemens des femmes, les groupes confus de chevaux , d’ânes , de mulets et de leurs étranges conducteurs, les porteurs de flambeaux, les facchini qui portent des paniers sur leur tête, et les traîneurs qui, dans ce pays de paresse, se présentent ordinairement dans chaque excursion où plusieurs personnes sont rassemblées.
L’aspect des groupes bigarrés qui crient et qui chantent, à mesure (|u’ils s’avancent dans la profonde ravine de la colline des Canteroni , au-dessous de l’IIermitage, est également singulière et pittoresque.
Que les sensations du voyageur doivent être différentes, lorsque la lune, dans une belle soirée, répand sa clarté argentine sur une scène si agreste, éclairant faiblement la montagne, la plaine et le miroir des eaux, ne laissant apercevoir les îles, ou la chaîne de l’Apennin, (juc comme des ombres dans le lointain ! Lentement et silencieusement accompagné de son guide ou muletier, il pour-
suit son chemin, craignant presque de respirer de peur d’interrompre le silence profond qui l’entoure, ainsi que le charme de cette solitude imposante.
Si l’on descend de jour, l’on peut changer de route, avec un grand avantage, en passant par le Füsso Faraone et les Nocelle. Cela prendra un j)eu plu;/ de deux heures en partant de l’Hcrmilage, et présentera une vue hien différente, et également superbe, de la montagne et de la plaine qui en embrasse la hase.
Le chemin part du nord de la plateforme de S.‘ Sah’utore , et passe par la plantation de chênes, jusqu’à ce qu’il arrive dans le Fosso Vetrana , à une étroite esplanade, au bord de la- ({uelle descendent des haliers, entre la Sojujna et les Canteroni. De là il traverse une étroite gorge pendant quelques pas , lorsque soudain l’œil aperçoit les parties les plus basses de la montagne, le faîte de la Somma qui s’incline vers S.‘ Sébastien, et la plaine avec ses nombreuses ravines qui servent de canaux pour les eaux et qui l’entrecoupent, à la profondeur de 4oo pieds au-dessous du passage. On voit partout des arbres rabougris, dont la robe automnale revêt la surface du sol d’une riche couleur foncée , et donne au tout un aspect de vétusté et d’agreste
Le chemin continue le long d’un précipice qui
pendant un espace considérable domine la descente, et, quittant pcu-à-peu la Pietra cli Coutril^ traverse un sentier qui va de l’Hermitage à S.* Sebastien. De ce point la vue est très-agreable: les Canteroni parsemés de myrtes et d’autres arbrisseaux, qui croissent parmi de larges masses de tuf ou de lave , ont des contours rudes et élancés, et la couverte de son vêtement de feuillage
brun et dorée par les rayons brillans du soleil, offre une variété de couleur et une profusion de clairs et d’obscurs qui en relèvent extraordinairement l’effet.
Le sentier * ensuite entre dans une lézarde de huit pieds de large et vingt pieds de haut, dans du tuf ou du sable, et continue pendant quelque temps au milieu de ses murs perpendiculaires, jusqu’à ce qu’il se présente une ouverture du côté du midi , d’où l’on découvre Naples suspendu en l’air pour ainsi dire, car le pays adjacent est caché à la vue. Le sentier devient étroit , ses murs s’élèvent, et, au lieu d’aller droit, il suit une course tortueuse. Des vignes , des arbres fruitiers et des buissons s’avancent au haut de la lézarde de manière à en bannir presque entièrement la lumière, et scs côtés sont garnis de plantes rampantes et de ronces. Après dix minutes de marche
* Le nom ilc celle parlie de la route est la Cupa delle Nocellc.
dans ce passage froid et humide, on en sort à la clarté du jour et à la vue des vignobles, traversés par une bonne route qui mène à l’extrémité d’une profonde ravine dont l’abîme est au moins de 8o à qo pieds, ses côtés escarpés sont ça et là garnis par d’énormes aloès ou recouverts de lierre et d’innombrables broussailles ; au fond coule un ruisseau qui, api’ès la pluie, devient un torrent écumeux , attendu qu’il reçoit la majeure partie des eaux qm descendent le long de ce côté de la montagne. Le chemin se détourne vers la partie méridionale de cette cavité, et entre dans un autre passage ouvert dans le tuf, mais reparaît bientôt après et rejoint le grand chemin de Portici à S.‘ Sébastien. Ici il se détourne à gauche et continue entre des murs de pierres et des haies qui renferment des vergers et des vignobles, jusqu’à ce qu’il traverse un ruisseau de la lave de 1767, le principal de ceux décrits dans la montée par le Grande. Il rentre de nouveau dans un
district cultivé, et après plusieurs tours et détours, arrive à une masse isolée de lave sur laquelle est élevée une croix d’où il passe sous un pont qui sert à réunir les terres appartenant au Roi; il les traverse et arrive ensuite à Résina du côté septentrional de l’église, opposé à celui qu’on a passé en quittant la ville.
Il est bon de faire remarquer que plusieurs
endroits de cette route, principalement près de la Pielra di Couiril^ sont en mauvais état; c’està-dii'c, escarpés, raboteux et dangereux, à moins de les passer à pied; mais le reste en est tout aussi bon que les autres routes.
Avant ainsi parcouru cette célèbre montagne de la base au sommet, et du sommet à la base, et ayant décrit dans l’ordre où elles se présentent, les parties les plus frappantes de son côté occidental, qui est le plus fréquenté, il ne me reste plus qu’à espérer que, quelque faibles et imparfaits que soient mes croquis, ils puissent néanmoins servir d’esquisse général du Vésuve, aux étrangers, et induire ceux qui en ont le loisir, à leur prêter, moyennant une inspection personnelle, la variété, la magnificence et la sublimité de leur original.