LETTRE DE PLINE A TACITE
La lettre que je vous ai écrite sur la mort de mon oncle, dont vous aviez voulu être instruit, vous a, dites-vous, donné beaucoup d’envie de savoir quelles alarmes, et quels dangers j’essuyai à Miscne, où j’étais resté 5 car c’est là que j’ai quitté mon histoire.
Quoiqu’au seul souvenir je sois saisi d’horreur, je commence. *
“ Après que mon oncle fut parti, je continuai l’étude qui m’avait empêché de le suivre. Je pris le bain, je soupai, je me couchai, et dormis peu, et d’un sommeil fort interrompu. Pendant plusieurs jours, un tremblement de terre s’était fait sentir, et nous avait d’autant moins étonnés, que les bourgades, et même les villes de la Campanie, y sont fort sujettes. Il redoubla pendant cette nuit avec tant de violence, qu’on eût dit que tout était, non pas agité, mais renversé. Ma mère entra brusquement dans ma chambre, et trouva que je
* Vers (le l EiichcIe de
nie levais dans Je dessein de l’cveiller si elle cùi été endormie. Nous nous asseyons dans la cour <]ui ne sépare le Lâliinent d’avec la mer, <jue par un fort peiit espace. Comme je n’avais cpic dix- Jmit ans, je ne sais si je dois appeler fermeté ou imprudence ce cpie je fis. Je demandai Tilc-Livc, et me mis à le lire et à l’extraire; ainsi que j’aurais pu faire dans le plus grand calme. Un ami de mon oncle sui-vicnt; il était nouvellement arrivé d’Espagne pour le voir. Dès qu’il nous aperçoit, ma mère et moi assis, moi un livre à la main, il nous reproche à elle sa tranquillité, et à moi ma confiance : je ne levai pas les yeux de dessus mon livre. Il était déjà sept heures du matin et il ne paraissait encore qu’ne lumière faible, comme une espèce de ciépuscule. Alors les hâtimens furent ébranlés avec de si fortes secousses, qu’il n’y eut plus de sûreté à demeurer dans un lieu à la vérité découvert, mais fort étroit. Nous prenons le parti de quitter la ville; le peuple épouvanté nous suit en foule, et ce qui dans la frayeur tient lieu de prudence, chacun tie croit rien de plus sûr que ce qu’il voit faire aux autres. Après que nous fûmes sortis de la ville , nous nous arrêtons; et là, nouveaux prodiges, nouvelles frayeurs. Les voitures que nous avions emmenées avec nous , étaient à tout moment si agitées, ([uoi(|u’en pleine campagne, qu’on ne pouvait, même en les ap-
payant avec de grosses pierres, les arrêter eu une place. La mer semblait se renverser sur elle-même et être comme chassée du rivage par rébranlement de la terre. Le rivage en effet était devenu plur spacieux et se trouvait rempli de diflérens poissons demeurés à sec sur le sable. A l’opposite une nue noire et horrible, crevée par des feux qui s’élancaient en serpentant, s’ouvrit et laissait échapper de longues fusées semblables à des éclairs ; mais qui étaient beaucoup plus grandes : alors l’ami, dont je viens de parler , revint une seconde fois et plus vivement à la chaage : Si votre frère , si votre oncle est vivant , nous dit-il , il souhaite sans doute que vous vous sauviez; et s^il est mort, il a souhaité cque vous lui surviviez. Q^u’ attendez-vous donc? Pourquoi ne vous sauvez-vous pas ? Nous lui répondîmes, que nous ne pouvions songer à notre sûreté , pendant cque nous étions incertains du sort de mon oncle. L’Espagnol part sans tarder davantage, et cherche son salut dans une fuite précipitée. Presque aussitôt la nue tombe à terre, et couvre les mers; elle dérobait à nos yeux nie de Caprée qu’elle enveloppait, et nous faisait perdre de vue le promontoire de Misène. ]\Ia mère me conjure, me presse, m’ordonne de me sauver de quelque manière que ce soit; elle me remontre que eela est facile à mon âge, et que pour elle ,
chargée d’années et d embonpoint , elle ne le pouvait faire ; qu’elle mourrait contente, si elle n’était point cause de ma mort. Je lui déclare qu’il n’y avait point de salut pour moi qu’avec elle ; je lui prends la main, et je la force de m’accompagner: elle cède à regret, et se reproche de me rctardei'. La cendre commençait à tomhcr sur nous quoiqu’on petite quantité. Je tourne la tête, et j’aperçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suivait, en se répandant sur la terre comme un torrent. Pendant que nous voyons encore , quittons le gra?id chemin , dis-je à ma mère, de peur qu’en le suivant, la foule de ceux qui marchent sur nos pas, ne nous étoufl'e dans les ténèbres. A peine nous étions-nous écartés , qu’elles augmentèrent de telle sorte, qu’on eût cru être, non pas dans une de ces nuits noires et sans lune, mais dans une chambre où toutes les lumières auraient été éteintes. Vous n’eussiez entendu que plaintes des femmes, que gémissemens d’enfms, que cris d’hommes. L’un appelait son père, l’autre son fds, l’autre sa femme; ils ne se reconnaissaient qu’à la voix. Celui-là déplorait son malheur, celui-ci le sort de ses proches. Il s’en trouvait à qui la crainte de la mort làisait invoquer la mort même. Plusieurs imploraient le secours des Dieux; plusieurs croyaient qu’il n’y eu avait plus, et comptaient que celle
nuit était la dernière, et réternelle nuit dans laquelle le monde devait être enseveli. On ne manquait pas même de gens, qui augmentaient la crainte raisonnable et juste, par des terreurs imaginaires et chimériques. Ils disaient qu’à Misène ceci était tombé, que cela brûlait; et la frayeur donnait du poids à leiurs mensonges. Il parut une lueur qui nous annonçait, non le retour du jour, mais l’approche du feu qui nous menaçait, il s’arrêta pourtant loin de nous. L’obscurité et la pluie de cendres recommencèrent, et plus fortes et plus épaisses : nous étions réduits à nous lever de temps en temps pour secouer nos habits, et sans cela elle nous eût accablés et engloutis. Je pourrais me vanter qu’au milieu de si affreux dangers, il ne m’échappa ni plainte ni faiblesse; mais j’étais soutenu par cette consolation peu raisonnable, quoique naturelle à l’homme, de croire que tout l’univers périssait avec moi. Enfin, cette épaisse et noire vapeur se dissipa peu-à-peu, et se perdit tout-à-fait, comme une fumée ou comme un nuage. Bientôt après parut le jour et le soleil même, jaunâtre pourtant, et tel qu’il a coutume de luire dans une éclipse. Tout se montrait changé à nos yeux troublés encore, et nous ne trouvions rien qui ne fût caché sous des monceaux de cendres comme sous de la neige. On retourne à Misène: chacun s y rétablit de son mieux et nous y passons une
nuit fort partaf^cc entre la crainte et l’espérance, mais où la crainte eut la meilleure part ; car le ti’cmblcmcnt de terre continuait. On ne voyait ([ue gens ctfrayés entretenir leur crainte et celle des autres par de funestes prédictions. Il ne nous vint pourtant aucune pensée de nous retirer, jus- (ju’à cecpie nous eussions eu des nouvelles de mon oncle, quoique nous fussions encore dans l’attente d’un péril si effroyable, et que nous avions vu de si près. Vous ne lirez pas ceci pour l’écrire : car il ne mérite pas d’entrer dans votre histoire j et vous n’imputerez qu’à vous-racme, qui l’avez exigé, si vous n’y trouvez rien qui soit digne même d’une lettre. Adieu. ”
Plutarque 104 ans plus tard, parle de l’éruption de feu de la montagne, de l’agitation de la mer, de la projection de rochers, de masses brûlantes et de villes ensevelies, dont il ne reste maintenant aucune trace pour indiquer le lieu où elles étaient situées.
Dion Cassius * nous donne une description de cette éruption, mais il mêle aux faits qu’il raconte beaucoup d’histoires merveilleuses créées et ensuite répétées pendant i5o ans. Voilà ses paroles: Des événemens extraordinaires sont arrivés en Campanie, car du feu a éclaté soudainement hors du
* Ilisl. Rom. liv. LXV'I.
Vésuve, montagne qui en renfermait un foyer puissant. Au commencement son sommet était égal de tous côtés , scs flancs n’avaient pas été attaqués par le feu , et l’intérieur seulement en était brûle et réduit en cendres. Une partie de la circonférence s’enflamma, se consuma et s’écroula laissant au reste une forme concave qui ressemblait à un Amphithéâtre.
Ensuite, parlant des phénomènes gigantesques qui parurent dans l’air, il dit ; “ Une grande disettî s’ensuivit, des trcmblemens de terre ébranlèrent le pays et furent accompagnés de bruits horribles tant sous terre que dans l’atmosphère, la mer rugissait, et l’on entendit des éclats affreux comme si des montagnes se déchiraient ; d’immenses pierres furent lancées ainsi que des masses de feu et de fumée, de sorte que l’air en était obscurci et le soleil avait disparu comme pendant une éclipse. Des amas de cendres couvrirent la terre et la mer, détruisirent tout et ensevelirent deux villes entières, Ilerculaneum et Ponipei, au moment où le peuple se trouvait au théâtre: les cendres furent portées jusqu’en Afrique, en Syrie et en Egypte et elles occasionnèrent une grande terreur à Rome , où l’air en fut tellement rempli, qu’on ne vit pas le soleil pendant toute une journée.
Galène en 172 déciit la situation du Vésuve,
et dit que la montagne était devenue célèbie à cause de l’éruption.
Eiitropius * qui écrivit A. D. 670, en racontant les événemens du règne de Titus dit: “ A cette époque aussi , le \ ésuve , montagne de la Campanie, s’ouvrit; il en sortit une quantité de matière brûlante, et le pays circonvoisin , scs villes et ses liabitans furent détruits par de torrens de feu.
2o5 a. D. Z)/o/z dans la vie de Septimius Severus * fait aussi mention de la seconde éruption. ‘‘ Dans ces temps, dit-il, le Vésuve vomit une quantité immense de feu, et la force de ces explosions fut si grande, qu’on les entendit meme à Capoue, où je fais ma résidence lorsque je séjourne en Italie ”.
472 y\,. D. dans son histoire de l’Em-
pire Occidental , ^ parle de la troisième éruption en ces mots: “ En l’an 472 le Vésuve, montagne de la Campanie^ troublée par un feu intérieur, rejeta scs entrailles brûlées; une obscurité, semblable à celle de la nuit, dura tout le jour et l’Europe entière fut couverte de cendres Unes. ” Selon sa relation elles tombèrent à Constantinople où elles firent naître une grande curiosité , et produisirent même ipielque alarme.
> llist. Rom. liv. IX. * Hist. Rom. liv. XXVI. 3 Liv. XIV.
5i2 a. D. La quatrième éruption arriva sous le règne de Tliéotloric, et Cassiodore, dans une lettre adressée au l’oi, rapporte qu’elle commença par un bruit sourd dans la partie intérieure de la montagne, d’où furent lancées des colonnes d’une fume'e épaisse et de cendres qui tombèrent à une grande distance de la montagne, des courans de cendres chaudes descendirent de son sommet , et les côtés de ces torrens, retardés dans leur course, s’amoncelèrent et formèrent comme deux rives élevées au milieu desquelles le sable coulait comme de l’eau.
685 A. D. Dans le mois de Mars et sous le règne de Constantin IV arriva une autre éruption, durant laquelle on vit sortir du sommet beaucoup de feu et de cendres.
993 A. D. A cette époque eut lieu la sixième éruption, et Glabrus Rodoljohus , d’après Baro^ nius , raconte “ qu’il y eut des éruptions de léu étonnantes. Outre le mal qu’elles firent à plusieurs autres villes d’Italie, Rome fut brûlée en différens endroits, le feu attaqua même la cathédrale de S.‘ Pierre. On fit alors des supplicatiojis à l’Apôtre pour implorer son aide afin de préserver l’édilicc, et l’on prétend que le feu s’éteignit de suite. On croit que c’était la même éruption qui fut observée, à ce qu’on dit , par Gaai-
marius prince de Salerne, lorsque dans le lointain
il vit des flammes goudronneuses et sulpliureuses sortir tout-à-eoup du Vésuve.
io56 A. J). La septième éruption commenea le 2 y Février, et c’est la première où l’on fait mention de lave ou de matière licpiéfaite, qui devint dure en se refroidissant et prit la consistance de la pierre. La lave coula non-seulement du sommet , mais aussi des côtés du cône et alla se jeter à la mer.
1049 A. D. On suppose que la liutième éruption ait été remarquable par la quantité de lave qui coula le long de la montagne; elle est décrite dans le récit qu’en a fait INIarsicano, cardinal et éveque d’Oslia, en ces termes: “Un torrent de résine sulpliurcuse ou de bitume, descendit à la mer et devint de la pierre.
1 1 38 A. I). La *ùeuvième éruption arriva le 29 Mai, et l’écrivain anonime dans les Chroniques du ]Mont Casin, dit: La montagne appelée
le Vésuve lança du feu pendant 40 jours; ” et de nouveau il y fait allusion en parlant de l’arrivée de Loger III à Salcrne. “Après ceci il y eut une grande éruption du Vésuve accompagnée de nuages surchargés de poussière, qui obscurcirent l’air et couvrirent entièremeut cette région jusqu’au P rincipato Ultra et même jusqu’en Calabre; leur mouvcmeiu croissait et décroissait comme s’ils avaient été agités par le vent.
ii3g A. D. Dans la dixième cmpiion il y eut beaucoup de feu durant l’espace de huit jours, et ensuite, pendant 5o jours, des nuages de cendres sombres et alarmans furent lancés dans les airs.
l5o6 A. D- Pendant la onzième éruption un torrent de matière fondue coula jusqu’à la mer et désola une grande étendue, de pays.
i5oo A. D. La douzième éruption eut pour témoin Léon de Nola qui a laissé une description de son pays natal, et du Vésuve. Parmi les sul)stanc8s lancess au dehors il remarque des pluies de cendres rouges qui tomhcrcnt à uua grande distance aux environs du Vésuve.
Le long intervalle entre la douzième et la irczième éruption * mit les. possesseurs des terres sur la montagne à.mcme de les cultiver très-haut et presque jusqu’au côner^on dit que toute la
* A. D. i53â. Pendant l’année i53’7 et i538 de noinl)rcuscs secousses de Irembiemens de terre se firent sentir le long de la côte de Baja , et le 27 et 28 Septembre de la dernière année elles devinrent violentes et elTrayanfes. Vers les buit beures du soir il se forma une crevasse- dans la-terre près- de Tr-ipergoht-, village fameux pour scs Irains et situé environ un mille àj'ouest de Pozzuoli. Une colline de figure conique et formée de la matière rejetée jiendant la nuit et le jour-suivant, s’éleva de l’abîme, détruisit le vilLage et en occupa la place, .ainsi que la majeure partie du lac Lucrin. Sa hauteur présente, est de 44^ pieds anglais, au-dessus du niveau de la mer; la profondeur de son cratère, qui est de ^‘ii pieds, est un cône renversé, et la circonférence de sa base e.st à-peu-près d'iui milia et demi.
plaine à rentoiir ( maintenant i'Atrio et la Pedemeiitina ), était couverte de pâturages pour le hétail , et de plusieurs plantes très-utiles en médecine.
La hase du cône avait environ six milles, et ses flancs stériles et escarpés, s’élevaient à 35o pieds géométriques au-dessus de la plaine. On voyait depuis son sommet un golfe qui avait mille pas de profondeur, quatre milles de circuit et la l’orme d’une carène de vaisseau: il était entouré de rochers brûlés sur lesquels rien ne pouvait croître; mais une pente descendait de là à une étroite esplanade couverte d’arbustes, et un zig-zag menait à travers des bosquets à une plaine au fond du cratère, où le bétail pouvait paître; car la végétation était active partout où le soleil dardait scs rayons. ^
Des chênes, des oi^Icrs, des tilleuls et des frênes, en outre des troènes, des genêts et d’autres arbrisseaux couvraient une partie de la plaine, où des sangliers venaient souvent s’abriter; d’un autre côté il y avait trois étangs, l’eau d’un des- <piels était chaude et amère, celle d’un autre chaude et insipide, et celle du troisième plus salée que l’eau de la mer; tattdis que la plaine vers le sud-est se distinguait seulement par les cendres qui la couvraient.
i63i A. D. Des secousses de trcmblemens de
lerre précédèrent la treizième éruption, et les puits dans les environs de la montagne se desséchèrent. Le i6 Décembre le volcan rejeta une immense colonne de fumée <pii prit la forme d’un pin, comme le décrit Pline, et, faisant une immense projection, jeta une ombre sur tout le golfe et couvx'it le pays de cendres et de sable. Au milieu de cette noire fumée on voyait de temps en temps de brillans éclairs, semblables à des flèches de feu, on entendait gronder le tonnere et d’énormes pierres furent lancées du cratère. Le jour suivant une partie du côté occidental du cratère s^entr’ouvrit, et une matière bitumineuse et vitreuse descendit rapidement comme un torrent de verre fondu. Un fleuve de cendres chaudes découla du sommet et dévasta le pays. Le torrent de lave se divisa en sem branches principales et détruisit des jardins, i^s vignes, des villes, enfin tout ce qui se trouva sur son chemin. Un fleuve se dirigea vers Pietra Bianca entre S. Giovanni de Tèduccio et Portici ; un autre vers S. Maria de Seccurreris ; un troisième vers S. Giorgio et Cremano à S. Jorio y le quatrième arriva à Portici et au Granatello ; le cinquième atteignit Résina^ qui en fut submergée, et la Torre del Greco dont deux tiers furent réduits en ruines. La sixième alla à la Torre dell’ Annnnziata, qui en fut presque détruite j et le sep-
tième à Massa, S. Sebastiano et la Madonna deW Arco. 400 personnes en furent les \ictimes, et le pays ne présenta que les restes d’un vaste incendie. Après cette éruption, il tomba une forte pluie pendant deux jours ; l’eau descendit le long des flancs de la montagne avec impétuosité, charia du sable et des cendres , dévasta ce que le feu avait épargné, et couvrit jusqu’à des maisons entières avec ce cpi’elle transportait. Le jour du 20, un tremblement de terre secoua la montagne et l’on en ressentit les effets même à Naples, où il. effraya le peuple et fit beaucoup de dégât. Le 28 un torrent d’eau descendit de la montagne, et comme il n’y avait pas eu de pli^ie pendaiit plusieurs jours, on imagina que cette eau avait été puisée dans la mer, introduite dans le creux ou vide au milieu de la montagne, ensuite pompég^ en haut et rejetée du ipi'atère. Quelques-uns assurèrent y avoir trouvé de l’iierbe marine et meme du poisson parfaitement cuit. Il est possible que l’eau des pluies, renfermée dans le vallon entre la Somma et le Vésuve et arrêtée par les cendres, eût à la fin rompu cette faible barrière. On entendit ensuite des bruits sourds dans la montagne, mais enfin tout rentra dans la plus parfaite tranquillité.
1660 A. D. La quatorzième éruption arriva , au mois de Juillet, mais sans être accompagnée
de Lruit, La lave bouillonna au dedans du cratère jusqu’à ce qu’elle eût atteint le sommet, et débordant ensuite elle descendit sur le pays. Une grande quantité de fumée chargée de cendres et de poussière , se répandit alors sur les vignobles et y causa beaucoup de dégât.
. 1682 A. D. La quinzième éruption eut lieu
le 1 2 Août. La fumée qui sortit du sommet prit la forme d’un pin, et des pluies de cendres et de lapillo tombèrent ensuite. La fumée continua - à se développer jusqu’au 22. Des éclairs brillaient au milieu de cette fumée qui était accompagnée de tremblemens de terre. Le niveau de la lave au dedans du cratère fut élevé considérablement, mais celle-ci ne déborda pas. Il y eut aussi de petites éruptions pendant les années 1688 et 168g. y 1694 A. D. La montagne resta tx-anquille jusqu’au 12 Mars, lorsqu^a seizième éruption ai’riva. Un grand tremblement de terre au commencement du mois avait averti les babitans de l’approche d’une éruption , laquelle eut lieu à g heures de soir. La lave déborda du sommet et coula vers le Fosso Corvo où elle se divisa en deux courans, dont l’un s’avança lentement vers la Torre del Greco et l’autre vers S. Jorio. Deux ans après un autre courant prit la direction de l’Hermitagej la lave de i6g4 l’arrêta. Ensuite le i5 et 16 Septembre, un autre courant passa par-
dessus celui qui l’avait précédé et se dirigea vci’s la Torre del Greco , où il alarma les liaLitans. Le 25 ftlai 1698 la lave déborda de nouveau avec violence, se divisa en deuv courans et se dirigea vers rilcrmitagc et vers Resma. Bientôt après un autre ruisseau s’avança vers la Torre del Greco et dans l’espace de deux jours s’en approcha de très-près. La montagne rejeta beaucoup de poussière et de fumée accompagnées de fortes détonations, mais vers le 12 Juin tout était rentre dans le calme.
1701 A. D. La dix-septième éruption éclata le 1." Juillet; des pluies de cendres et de pierres furent lancées du cratère, et le jour suivant la lave se déborda se dirigeant sur les bois d’é^/tajano et Bosco Recde. Vers le i5 elle s’arrêta CL la montagne redevin^trancfuille.
1704 A. D. Le 20 Mai la dix-huitième éruption commença par une pluie de cendres et par un bruit sourd et prolongé que l’on entendit de fort loin. La lave s’éleva au-dessus du bord du cratère mais ne le dépassa pas. Les mêmes phénomènes se reproduisirent en 1706 et 1706, et depuis le 12 Juillet jusqu’au 18 Août I707, comme aussi le 14 Août 1708.
1712 A. D. La dix-neuvième éruption eut lieu le 1 5 Février , mais la lave ne parut pas au dehors du cône avant le 26 Avril, et alors elle deseen-
dii du côté du sud vers le Fosso Bianco. Ensuite le 12 et le 17 Mai, plusieurs petits ruisseaux s’écoulèrent dans les terres autour de la Ton-e ciel Greco. Le 29 Octobre un autxe courant atteignit le Fosso Bicinco, et le 8 Novembre ce même courant s’avança vers la Torre ciel Greco. En Mai lyiS la lave déborda se dirigeant, à diiTérentes époques, vers Ollajcmo , la Torre ciel Greco et Résina: en Juin 1714 la lave coula pendant quelques jours vers la Torre clelV Annuziata; elle fut accompagnée de pluies de cendres et de détonations souterraines.
1717 A. D. La vingtième éruption arriva le 6 Juin. Le flanc méridional du cône s’ouvrit , la lave en sortit avec violence et prit deux directions, l’une vers Bosco Tre Case , et l’autre entre les Gainai dules et la Tqj^re ciel Greco. Le 16 Septembre 1718 d’autre me en sortit, dont une partie alla vers Blaiiro, une autre partie vers Bosco Reale et Résina. La montagne fut agitée jusqu’en Juillet 1719, depuis elle redevint tranquille. En 1725 la lave se répandit comme un lac entre la Somma et le cône 5 le 20 elle descendit vers 31auro , ce qu’elle continua à faire jusqu’au 8 Juillet, En 1724 et 1726 la lave passa par dessus celle des années précédentes, mais au 20 Avril 1726 elle se dirigea vei’S l’IIermitage et la Torre ciel Greco. En Mars 1727 et en
Juillet 1728 d’antres courans traversèrent les laves nommées ei-dessus.
1700 A. ï). La vin^t-unième éruption commença le 27 Février; elle fut précédée par une pluie de cendres et de poussière cpie la montagne lança avec un Lruit cflrayant. En moins de onze joux’s, à commencer du 19 Mars, un torrent descendit dans le bois (ï Ottajemo. Le 8 Janvier 1752 la lave déborda et découla ensuite, à de longs intervalles, jusqu’au premier Mai. Sori'entini dit qu’en Juin la lave atteignit le bord du cra tère; elle descendit la montagne ensuite à plusieurs reprises, jusqu’au milieu de Janvier 1754 et alors elle s’arrêta.
1707 A. D. La vingt-deuxième éruption fut annoncée par une immense colonne de fumée qui s’éleva du cratère 1^14 Mai. Le 1 5 et le 16 la lave surmonta le boiW^ et descendit menaçant de détruire Bosco Reale : en même-temps de grosses pierres furent lancées continuellement du cratère. Le 20 du mois les pluies de cendres cl de lapillo devinrent très-fortes, cl l’on entendit des bruits souterrains dans la monla'>nc. A six
licuros du soir le liane méridional se fendit; une quantité de lave sortit par l’ouverture et descendit, en moins de (|ualrc beures, jusqu’à l’exlrémiié de la plaine appelée la P edemenliiia. \ ers une heure après minuit le jour du 27 , la lave
s’était considérablement augmentée, et, se séparant à la base du cône en plusieurs courans, elle se dirigea vers Résina, combla une grande ravine, couvrit les terres autour de la Torre ciel Greco , atteignit la mer le même jour et puis cessa de couler. Pendant l’éruption le cratère vomissait des nuages de fumée , de cendres et de lapillo , tandis que des gerbes de feu, que le peuple nomma ferilli , fendaient ces nuages.
1761 A. D. La vingt-troisième éruption eut lieu le 22 du mois d’Octobre ; à 5 heures du matin l’on entendit de fortes explosions du côté du cratère vers Bosco Reale ’ le 23 du mois un tremblement de terre se fit sentir à 3Iassa et à Naples; le 25 vers minuit le cône s’entr’ouvrit au-dessus de la base, vis-à-vis Bosco Tre Case, et une couche d’ancient^lave très-compacte, mais fondue en partie par la chaleur, fut renversée. Un torrent en sortit à l’instant, descendit à la plaine et coula vers Ti'e Case , mais un peu plus bas il changea de direction, et, se dirigeant vers JMauro , traversa une distance de quatre milles en huit heures , et dévasta tout ce qui se trouva sur son chemin. En Novemhre le torrent cessa de couler, mais il ne se refroidit entièiemcnt que plusieurs mois après. Deux petits courans allèrent scï?, Bosco eVOttajano mais ils s’arrêtèrent hientôl.
1754 A. D. La vingt-quatrième éruption s’an-
nonça tout-à-coup le 2 de Dcccmljre : le cône présenta deux ouvertures, une vis-à-vis de Bosco Tre Case, et l’autre vis-à-vis ô!! Ottajano ; la lave c|ui en sortit se dirigea vers ces deux endroits. Z)cV/a Torre remarqua dans l’air au milieu des colonnes de fumée, des cercles semblables à ceux que produit la décharge du canon ; ils restèrent dans l’air de i5 à 25 minutes, jusqu’à ce qn’enlin ils furent dissipés par le vent. Ce même phénomène avait été mentionné en lyoo par Sorrentini. Vers la fin de Janvier suivant, il s’éleva, sur le bord du cratère, un petit cône qui fut visible depuis Naples; le 3i du meme mois le grand cône se creva du côté oriental de la Somma , et de la lave en coula pendant deux mois, suivant la trace d’un courant précédent vers les bois <^OlLajano^ La montagne fut presque continuellement en activité depuis 1764 à
1769 A. D. La vingt-cinquième éruption arriva le 27 Mars. Le 2g les explosions furent épouvantables , et firent craquer les fenêtres à Naples. Le 5o à 7 heures du soir la lave descendit du sommet avec une rapidité étonnante, et quoiqu’elle cessai le jour suivant, elle causa de grands dégâts.
1760 A. D. La vingt-sixième éruption fut remarquable par la situation de l’ouverture par laquelle la lave sortit. Cette ouveriui’o ne fut pas
comme les précédentes , sur les cotés du cône ou sur la plaine à sa base, mais environ un mille au-dessus du couvent des Camaldides de la Torre. Après plusieurs secousses de tremblement de terre, et une grande fermentation dans l’intérieur de la montagne, il se forma douze ouvertures avec un vacarme effrayant qui dura long-temps, et qui ressemblait à de continuelles décharges d’artillerie. De ces ouvertures furent lancées une prodigieuse quantité de pierres rougies par le feu et accompagnées d’une fumée noire qui s’éleva comme un grand pin, forme qui lui est assez ordinaire dans de grandes éruptions. La lave coula de ces endroits et prit sa direction vers le grand cliemin entre ISaples et Torre cleW Annunziala. Dans la soirée du 25 , trois nouvelles ouvertures se formèrent et la lave arriva le jour suivant à la grande roule. Le 26 un autre courant s’avança vers Bosco Tre Case J et il sortit beaucoup de fumée du cratère. Le 28 un ruisseau de lave se dirigea sur Torre del Greco, mais il s’arrêta le 2g. Les progrès que firent ces courans furent lents, et Je principal d’entr’eux n’arriva pas à la mer quoiqu’il s’en approcha à la distance de 12 pas. Les émissions do fumée et de pierres que fit le cratère ne discontinuèrent que le 7 Janvier 1761, alors le bruit cessa lout-à-coup et la fumée disparut entièrement du cratère et des ouvertures au
travers desquelles la lave s’e'iait fraye un chemin.
Trois cratci'cs coniques et tronques qui existent encore aujourd’hui s’élevèrent au-dessus de CCS ouvertures et sont maintenant nommés K acoli ou ViulL Le sommet du plus petit d’enir’eux a plus de cent pieds de tour ; sa cavité intérieure a quarante pieds de profondeur. Des arbustes et des broussailles croissent au dedans, et la partie extérieure de deux de ces cônes est couverte de vignes.
1766 A. D. La vingt-septième éruption eut lieu après quatre ans d’un repos non interrompu, durant lequel la fumée blanchâtre (pii s’échappait de temps en temps du cratère, était le seul signe qui indiquât encore quelque activité au dedans. Le 528 de INIars une fumée épaisse sortit de la montagne, des pierres brûlantes furent lancées au loin, et le côté du cône vis-à-vis àc,liesina se fendit vers le sommet , dont la hauteur fut sensiblement diminuée dans ce point là ; la lave descendit à V Atrio del Cavallo. Le 6 d’Avril le petit cône intérieur pouvait se voir depuis Naples, et le 10 le côté opposé au sud-est s’entr’ouvrit et la lave qui en sortait occasionellcmcnt, s’avança vers JJosco d’Oltajano jusqu’au mois de Décembre.
1767 A. D. La vingt-huitième éruption eut lieu en Marsj le petit cône dans l’intérieur du
grand cratère se voyait, depuis Naples, sur le Lord du grand cône, et à la nuit on put parfaitement Lien discerner les masses de lave licpiéfaites ejui e'taient lancées du cratère. Durant l’e'ié la lave coula du cône intérieur dans le grand cône et le remplit, et depuis le mois de SepteniLre juscpi’au ig d’OctoLre les gerLes de pierres furent plus fiécpientes. Ce jour-là le Lruit fut si fort qu’il se fit entendre même à Naples, et la fumée qui sortait en masses épaisses et entassées les unes sur les autres, comme de gros nuages, couvrit le golfe depuis Castellcnnare jusqu’à Ischia. A la toiuLée de la nuit le sommet se lendit, du côté de Bosco Reale , et un torrent de lave coula sur la Pedeinentina d’où il se partagea en deux Lranches, l’une se détourna sur Résina et l’autre sur Ottajano. Les détonations firent craquer les vitres des fenêtres à Naples et effrayèrent Leaucoup le peuple , mais le jour suivant, la terreur s’accrut à cause de la fumée qui devint si épaisse et qui toniLa si Las que le Vésuve en était tout-à-fait caché. Dans la soirée , justement au moment où les omLres de la nuit venaient ajouter à l’obscurité produite par ce brouillard de cendres , un fiacas épouvantable effraya même les plus braves, car tout le monde en ignorait la cause. Le jour suivant on découvrit que le cône s’était fendu depuis le sommet
jusqu’au milieu, et que la lave s’éiaii jeiec sur \ Alrio et au loin clans les vif^iioLles près de iS. Jorio. Le a5 le volcan fut plus trancpiille: le 24 du sable fin tomba à ÎSaples ainsi cpie des cendres sur la montagne, mais le 27 elle se trancpiillisa entièrement.
1771 A. D. Le de ]\lai la vingt-nenvième éruption conunenea par un bruit sourd dans l’intérieur de la montagne, et, à midi, la lave sortit d’une lézarde dans le cône environ deux cents pieds au-dessous du sommet. Le q la lave coula de nouveau de la même ouverture, mais avec beaucoup plus de rapidité cpi’anparavant , elle s’avança sur VAtrio ciel Cavallo et entra dans la partie cultivée cpi’elle endommagea infiniment.
1779 A. D. La trentième éruption s’annonça vers les sept heures du soir, le 8 d’Août. Un gros nuage de fumée noirâtre et surchargé de cendres, et des pluies de matières enflammées, tombèrent svir les flancs du \ ésuve en si grande cpiantité, cpie lorscpic la nuit survint, sa surfiice sombre semblait parsemée de milliers d’étoiles. De la lave aussi coula du sommet mais s’arrêta après peu de jours à une petite distance.
1786 A. D. La trentc-unième éruption commença en ÎSovembre 1785. Plusieurs petits cratères parurent sur le penchant de la montagne cpii regarde la Somma. En Janvier 1786 l’érup-
lion s’accrut prodigieusement , et la lave sortant d’une crevasse près du petit cratère, se jeta dans le Fosso V etrana , elle tomba du haut d’un précipice à pic au commencement de la ravine et y forma une superbe cataracte, de là continuant sa marche elle arriva à la petite chapelle de la Madonna délia Fetrana, et s’y fraya un chemin, ne touchant pas aux murs qui en formaient les côtés et qui lui servirent de bords ; elle s’arrêta enfin plus bas que le Fosso , après avoir parcouru environ un millier de pieds.
1790 A. D. La trente-deuxieme e'ruption arriva dans le mois de Septembre. Une quantité de lave s’agita dans le cratère et le remplit presque jusqu’au bord. Des gerbes de pierres et des tourbillons de fumee furent lancés pendant plusieurs jours, d’un petit cône dans l’intérieur. Deux ruisseaux de lave sortirent enfin prenant une direction méridionale, mais vers la fin d’Oclobre tout était tranquille.
1 794 A. D. La trente-troisième éruption fut une de plus mémorables; elle eut lieu le i5 de Juin. Quelques jours avant sa comparution l’eau disparut des puits dans le voisinage de la montagne; dans la soirée du 12 à dix heures, une secousse de tremblement de terre , dont les ondulations étaient de l’est à l’ouest, se fit sentir
dans le pays de Naples ; cette secousse se répéta
il deux heures et à huit heures du matin du i3. Une autre, fort violente, eut lieu le soir du i5 et de suite la inonta^nie se fendit, à peu près au mdieu du Piano delle Qinestre , et de la hase du cône, sur le côte sud-sud-ouest entre Résina et la Torre ciel Greco. Une immense quantité de lave houillonnante sortit à l’instant avec un hruit scmhlahle à des fusillades, et roula avec impétuosité au has de la montagne, comme des Ilots amoncelés; elle se dirigea d’al>ord suc Résina, puis, se détournant tout-à-coup, se précipita sur la Torre ciel Greco où elle abattit quatre-cinquicmes de la ville, parcourut i5o pieds et se jeta dans la mer, après avoir traversé, dans le court espace de huit heures, une distance de 1800 pieds. Le iq il tomba une pluie de cendres telle (pi’oii n’en avait pas encore vu ; une partie du l)ord méridional et occidental du cratère était tombée la nuit préccdcnlc, ce qui diminua la montagne d’environ la neuvième partie de sa hauteur au-dessus de la mer. Des cendres en grande quantité tombèrent sur Naples et les alentours. Le 8 de Juillet toute trace d’éruption avait disparu.
Dreislak fait la description que voici, de la partie intérieure du cratère le 12 Juillet. “La circonférence , au premier abord , semblait avoir deux milles de tour , mais en la mesurant on ne la trouvait que d’un mille et quart. La partie
vers Je nord-esl était la plus liante, et celle du sud-ouest la plus Lasse , de sorte que le cône paraissait tronqué dans une direction inclinée ; la forme de la circonférence pouvait se considérer comme une ellipse légèrement excentrique et presque circulaire. Le Lord n’en était pas uni , et ne s’aLaissait pas régulièrement du N. E. au S. O. ni ne s’élevait également du S* O. au N. E., mais se composait d’élévations et de cavités, dont la plus profonde étant située du côté méridional , formait par conséquent la partie Lasse du Lord du cratère. Le cône avait 740 pieds de haut ei. 5oo de profondeur. Les côtés du cratère avaient une pente très-forte, et les plus élevés, c’est-àdire ceux au nord, étaient pi-esque perpendiculaires. Le fond du cratère était une espèce de plaine qui se resserrait vers l’est et l’ouest à mesure que les parois du cratère au nord et au sud Je rétrécissaient par des angles saillans.
1804 A. D. La trente-quatrième éruption parut le 1 2 Août sans qu’il se fit aucun tremblement de terre. Le cratèic rejeta de la lave et tle la fumée, sans le moindre bruit; la lave pourtant déborda, se dirigea sur les Gamaldules et ravagea une grande étendue de pays.
1800 A. D. La trente-cinquième ériq)tion fut de courte durée, mais le cratère intérieur continua à émettre des ceiKlres et de la fumée du-
rant loule l’année. La lave sortani du soinmci au S. E. SC jcia sur la Torre del G roco , nicnarant de dévasicr ce pays connne elle avait fait en 1794? mais elle s’arrêta à peu de distance du palais du Cardinal, à l’est de la ville.
1806 A. ]). Le 5i Mai à environ sept heures du soir commença la trente-sixième éruption; ou vit sortir du petit cratère de ^uandes gerhes de feu , des nuages de hinicc épaisse et de niasses énormes de matière fondue. La lave ensuite coula du sommet et suivit le coui’s d’anciens courans vers les Camaldules et la Torre del Gi'eco. 11 tomba Lcauconp de lapillo à Ollajuiio , et beaucoup de cendres à A o/a. Des pluies de cendres tombèrent sur la mer le 5 le G et le 7 de Juin, après quoi l’éruption cessa.
1810 A. D. La trente-septième éruption commença le 11 Septembre par des détonations terribles, tandis que le cratère lançait des flots de lave et de cendres. Le 12 les détonations et les cendres s’augmentèrent. Le i5 la lave sortit de plusieurs crevasses dans le sommet et s’avança vers Bosco Tre Case y üllajano et llesiua, mais quoi(pie cela durât quebpies jours les terres cultivées en soulTrircnt très-peu.
1811 A. D. La trentc-buitième éruption fut annoncée la nuit du 28 Décembre par une secousse de tremblement de terre : trois jours plus
lard, de la fumée s’éleva du cratère et l’on entendit des bruits souterrains. Le i.®*' de Janvier 1812, une pyramide de feu et une colonne de linnée s’élevèrent très-haut, et, h ejuatre heures du malin, la lave déborda du sommet et se divisa en deux ruisseaux. L’un s’arrêta bientôt , mais l’autre continua son chemin sur de vieilles laves, vers Torve ciel Grèce et excita une grande alarme. A midi il arriva à deux milles du palais du Cardinal , ayant parcouru trois milles dans huit heures. Le 2 , le 3 et le 4 > de nouvelles laves coulèrent sur celle du i.'"*', mais bientôt après tout fut fini.
181 5 D. Le soir du 24 Décembre l’on ressentit une légère secousse de tremblement de terre, et le jour suivant commença la irente-ncuvième éruption. La montagne lança de la lave liquide avec un craquement violent qui partait de son sommet et de nouvelles ouvertures à l’entour. Des cendi'es, du lapillo et de la fumée, s’élevèrent en forme de pin , à une hauteur considérable et le soleil regardé à travers, ressemblait à la lune entrevue pendant une nuit orageuse, au milieu de nuages mobiles. Des cendres et des pierres ponces tombèrent très-loin, du côté occidental de la montagne, et endommagèrent les blés et les rejetons des vignes.
1817 A. D. La quarantième éruption com-
mença le 22 Décemhre et finit le 26 du même mois. Depuis 181 5 de légères éruptions avaient eu lieu dans le cratère, elles s’étendirent (juelquelbis jusqu’au Lord, et formèrent enfin deux petits cônes au milieu du lit de lave dans le cratère du grand cône. Le 22 ces deux cônes s’enfoncèrent et la lave outrepassant le sommet, détourna un de ses courans sur Blain'o et l’autre sur la Pedementina: celui qui prit la direction du Mauro , était sorti d’une nouvelle bouche qui s’était ouverte vers le milieu du cône au nord. Ce dernier descendit la pente, forma, au has , une espèce de lac, vers la base orientale de la Somjjia et coula dans le bois ^ Ottajano , tout près du palais du Prince, à quelques pas de la route qui mène de Bosco Tre Case à la ville ^ Oltajano ; l’autre courant sortant du côté du midi, s’étendit aussi sur la Pedementina, cl sembla menacer la Torre del Greco; mais ensuite il se détourna vers l’occident, en droite ligne du palais de la Favorita , qui se trouve à peu de distance de Résina.
3820 A. D. La quarante-unième éruption eut lieu vers le milieu de l’année; la lave descendit lentement et en petite quantité du côté méridional du grand cône, un peu au-dessus de la Pedementina. Six bouclics s’ouvrirent au N. O. et formèrent ensuite six cônes, en ligne droite le
rr
long de la base du grand cône. La lave qu’ils vomirent passa dans le Fosso V etrana sur celle de 1786, s’arrêtant dans la ravine à 5oo pieds environ au-dessous des ruines de la chapelle. Durant le mois d’Oclohre et de Novembre, il y eut de la lave dans le grand cratère; d’énormes pierres rougies par le feu, furent lancées de deux petits cônes qui s’y étaient formés et dont le plus grand avait une hauteur majeure de celle de la Punta del Palo, s’élevant à 4^0 pieds au-dessus de la lave qui l’entourait.
En Janvier 1822 un autre petit cône parut près des six autres sur VAtrio del Cavallo et jeta beaucoup de scorie. Le 22 de Février, une secousse de tremblement de terre se lit sentir dans le voisinage de la montagne, et, bientôt après, un torrent de lave sortit du cratère a l’occident et coula , en deux courans , sur VAlrio del Cavallo; à cet endroit les deux courans se réunirent et allèrent à la Punta délia Croce sur les Canteroni; de là ils se détournèrent vers Résina et passèrent sur la lave de 1810. Le soir du 25, la colonne de fumée était magnifique, et le petit cône lança beaucoup de scorie. Ces phénomènes durèrent tout le 24 et le 26 ; la lave parut en mêmetemps au haut du cône au S. O. et descendit en six ruisseaux lesquels se réunirent tous à VAirio del Cavallo. 11 y eut aussi des pluies de
(‘cmlrrs cl de sal)lc, ce dernier tomba même sur INapJes. Le 28 Ja lave s’anêla après avoir Iravcrsé la roule (pii mène à l’IIeianiiai^e.
1822 A. 1). La cpiaranU'-dcuxième éruption arriva dans le mois d’Oetolirc. Dans les premiers jours du mois, la grande cpianii lé de scorie lancée par le petit cinie, éleva le niveau de la plaine intérieure presque jusqu’au bord du grand cône. Le soir du 20 on ressentit , aux alentours de la montagne, des secousses de tremblement de terre, et de la fumée épaisse et noirâtre sortit du grand cratère. Le 21 à deux beures P. M. la lave bouillonna sur le bord du ci’atère et se précipita en deux courans sur Resiîia et les Canleroiii , sans passer sur V Atrio. A minuit d’immenses colonnes de feu et de fumée s’élancèrent du cratère presqu’à la hauteur de 2000 pieds, tandis (pie du sable et de la lave liiptéfaiie furent jetés sur la partie extérieure du Vésuve. Des pluies de cendres chaudes tombèrent sur Bosco Tre Case et Ottajano , et alarmèrent fortement les habiians qui, tout de suite, sortirent do leurs maisons. La portion du cratère vis-à-vis de Torre ciel Greco , continua à être en pleine activité toute la matinée, et de nouveaux ruisseaux de lave coulèrent le long des flancs occidentaux et méridionaux du cône. On remarqua que lorsque la lave cessait de couler pendant ipichpie temps, les émissions de
fumée et d’aulrcs matières augmenlaieni, et qu’elles diminuaient lorsque la lave recommençait à couler. A midi une colonne de fumée s’éleva une hauteur démesurée , s’étendant , en forme de parapluie, au-dessus de la montagne et des lieux circonvoisins. A deux heures on aperçut, entre le Vésuve et les Camaldules, des éclairs qui perçaient à travers la fumée cl qui , passant au-dessus, traversaient le ciel. La lave descendit dans le I^osso Grande et sur le Piano delle Gines— tî'e vers Résina, remplissant plus de la moitié de l’espace entre le Fosso Rianco et le Fosso Grande et menaçant de détruire Portici; mais s’étant approchée de l’église de Résina a la distance d’un mille et demi, elle commença à se refroidir et hientôt après elle cessa de couler.
En même-temps le côté oriental de la montagne était dans la plus grande agitation; trois ruisseaux de lave descendirent sur Bosco Tre Case et les ViuU; le dernier de ces torrens passa sur la lave de 1810. Les gerbes de lave li(piéhiite lancées à une hauteur prodigieuse, et le feu électrique qui serpentait au milieu de la fumée illuminée, rendirent cette scène nocturne magnifique autant qu’extraordinaire. Le a5 la matière fondue fut expulsée avec moins de violence, et les courans à l’est avaient arreté leur course, hormis celui qui s’était porté vers Mauro , lc<picl
poui’sulvii son chemin tout le jour cl alteigiiii la Piscinella , près du palais du Prince d’O/-iajano. Le 24 des pluies de sable obscurcirent l’air au point de faire allumer des lampes dans (]uel(|ues endroits. La montagne e'tait complètement enveloppée de nuages formes de vapeur et de fumée, et le 2y des torrens d’eau transportèrent les cendres, inondèrent le pays aux environs de Massa et de S.‘ Sèl)astien, et causèrent la plus grande frayeur aux babitans. Après cela l’éruption cessa et la montagne reprit sa tranquillité.
Le sommet du cratère fut Incn changé par l’éruption, sa hauteur étant diminuée de quelques centaines de pieds du côté de la Torre del Greco; la partie du nord resta à peu près dans son premier état; de sorte que le cratère se trouva coup(; obliquement du N. au S. La P edementina et les cotés du cône à l’occident et à l’orient avaient été élevés à deux cents pieds par la nouvelle lave , par les matières lancées hors du cône, et par les cendres que les pluies y avaient transportées.
Le Canale delV Arena , vers le nord du cône, n’avait été (|ue très-peu élevé par la scorie expulsée du cratère et par les cendres qui y avaient été chariées , car aucun courant de lave n’avait ]uis cette direction.
La profondeur du ci’alcre outrepassait 8oo pieds; sa forme était celle d’une ellipse irrégulière, son grand axe passant du S. O. au ]N. E. Les parois du cratère s’inclinaient les unes vers les autres tellement, qu’au fond elles s’étaient pi'esque réunies et ne laissaient au milieu qu’une petite plaine circulaire couverte de masses de scorie.
l85i A. D. En Mars 1827 un petit cône formé sur la plaine au fond du gouffre, commença à jeter de la scorie et de la lave , les lançant à un tiers de la liauteur du cratère principal. Ce petit cône continua à travailler jusqu’au mois de Novembre, et aloi'S la scorie ne fut plus expulsée qu’occasioncllcment. Cela continua en 1828 et 182g avec plus ou moins de force; le niveau de la lave fut élevé au S. O. à 1 20 , et au S. E. à 80 pieds au-dessus du Loi’d, il était presque plat, quoique cependant traversé par deux larges crevasses ; les émissions de matière que faisait le cône étaient rarement assez violentes pour empêcher le monde de gravir sur son sommet.
En Mai i83o le petit cône était i5o, pieds audessus du niveau de la lave: son cratère était circulaire et avait 5o pieds de profondeur ; il ressemblait à un bassin , et , de nuit , on Voyait la scorie fondue sur sa surface. Une flamme bleue et brillante parut quelquefois, tout-à-coup, s’étendre sur un espace de plusieurs pieds au fond
du cralorc, cl elle y resi.i pendant cpielcpics secondes, tandis f|uc de la scorie et des pierres qui occupaient un endroit de G à 8 pieds de circonférence, étaient roulées de coté et d’autre coinine si elles étaient poussées par quelque impulsion depuis le Las; bientôt la flamme s’éteignit, et au meme moment tout ce cpii avait été en mouvement éclata et fut lancé dans les airs avec un Lruit assourdissant ; la plupart retoniLa au même endroit d’où elle avait été lancée et le reste se précipita sur les cotés du petit cône, ou fut emportée par le veiit jusqu’à la lave qui se trouvait là autour, ou meme jusqu’au Lord du cratère. En JNovemLre l’éruption de seorie devint très-violente et des ruisseaux de minéraux fondus sortirent de la Lase du petit cône : ces ruisseaux cLangèrent consIdéraLlemcnt l’apparence de la lave comme aussi l’intérieur du cratère, car au S. O. la lave s’éleva à 5o pieds , et au S. E. à 3o pieds du Lord. Le petit cône avait aussi augmenté de grandeur , et quoique auparavant il eût la forme d’un cercle, il prit alors celle d’une ellipse : l’axe majeur passait du N. au S. presque à angle droit avec celui du cratère principal : au sud de l’axe du petit cône cinq autres cônes encore plus petits s’étaient élevés ; ils étaient couverts de toutes les nuances de jaune de Lieu et de vert cl ils jetaient tous de Ja scorie fondue ,
accompagnée d’une vapeur épaisse et jaunâtre qui s’ccliappait avec un Lruit semLlable à celui qu’on entend près de la soupape d’une inacliinc à vapeur. Quoique la lave se fût refroidie et fût devenue noire , toutefois à quelques pouces au-dessous elle était encore rouge, et si l’on mettait un bâton dans une des crevasses il prenait feu tout de suite.
Vers le milieu de Janvier i85i la lave s’était entièrement refroidie', et seulement trois des petits cônes conservaient leur activité; ceux-ci, comme aussi le plus grand cône, continuèrent de temps en temps pendant l’été et jusqu’au 14 Août, à rejeter des minéraux fondus. Vers dix heures du matin de ce jour là, un tremblement de terre se fit sentir à Résina et dans les villes voisines ; ensuite une grande colonne de fumée noire s’éleva du cratère. Le jour du i5 une quantité de lave alla vers le bord du cratère au S. O., le cours en était tortueux et plusieurs ruisseaux coulèrent dans tous les sens, dans l’intérieur du cratère. Le 18 un fleuve immense de lave tout-à-fiiit liquide sortit du petit cône, remplit les creux et éleva le niveau de la lave jusqu’à i5 pieds audessus du bord : le petit cône déploya en meme temps une activité extraordinaire et lança des pierres d’une grandeur démesurée à plusieurs centaines de pieds en l’air. De larges crevasses s’ou-
vriicnt, iravcrscrent la lave en cliflerentes dircclions, cl, pcndaiii la nuit du 22, quatre autres cônes s’élevèrent près des six déjà nommés. Presque toute la lave au dedans du cratère seml)lait être en éiat de fusion, et les points étincelans qui parurent aux endroits où elle était entièrement fondue, donnèrent au fond du cratère l’apparence d’une ville illuminée. Le cratère était rempli du coté de l’occident, et menaçait de dé- J)order sur le sentier , mais au S. E. la lave était encore à quatre pieds au-dessous du Lord; elle était pourtant peu régulière et s’élevait de plusieurs pieds plus haut du côté occidental des petits cônes, que de l’aiitre vers lequel elle descendit ensuite, en couches de quelques pieds d’épaisseur, jusqu’au hord du cratère. Entre le côté oriental des cônes et le hord du cratère, la lave présentait une surface concave, le point le plus affaissé étant à-peu-près 20 pieds au-dessous du hord. Deux houches s’étaient ouvertes dans le petit cône elliptique et toutes les deux rejetaient des pierres et de la fumée: cette dernière était parfois hlanclie et parfois chargée de sahle et de poussière; mais ces éruptions ne sortirent pas régulièrement de chacune des houches , puisque l’une lançait quel(£uefois des pierres, tandis que l’autre ne laissait sortir que de la vapeur , d’autrefois c’était le contraire et puis toutes deux
a la fois lançaient des pierres; de pins pendant que le cône principal jetait de la scorie un ou deux des cônes plus rapprochés cessèrent d’éinetire de la vapeur avec cette force et ce bruit qui leur étaient ordinaires ; ils recommencèrent ensuite aussitôt qu’eut cessé le jet du grand cône. Cette éruption continua jusqu’au i8 Septembre, et alors la lave qui deux jours auparavant s’était élevée à la hauteur de i5 pieds au-dessus du bord au S. E., commença à couler de ce même côté; un fleuve de 14 pieds de large s’avança pendant environ seize pieds et alors elle se refroidit. Le meme jour, à peu près à deux heures, un autre courant au nord du premier, atteignit le meme endroit et déborda.
L’intérieur du cratère avait un peu changé d’apparence ; les crevasses s’étaient élargies et décrivaient une courbe du N. N. E. à l’O. N, O. autour des petits cratères. Un de ces derniers , son côte septentrional excepté , s’était écroulé : les restes exliibaient un mur de basalte qui avait 20 pieds de haut ; la partie tombée n’était qu’uu monceau de masses cubiques de lave et de scorie couvertes de belles nuances de vert. Tout l’espace enfermé par les crevasses était d’un jaune brillant marbré et rayé de rouge.
On observa le 20 du mois, que la lave était descendue 200 pieds au S. E. de l’extérieur du
grand cône ; ella coula encore avec rapidité et prit la direction de Bosco Reale; elle cessa de couler dans la même direction le 27 , alors se divisant à la Pedementina , elle s’avança autour de la hase du cône et se dirigea vers les Pocoli ou cratères de l’éruption de 1760 au-dessus d’un courant sorti en 1822, cependant elle s’arrêta le 5o après les avoir dépassés d’un demi raille environ. Ensuite elle reprit sou cours primitif, et au commencement du mois d’Oclobre, s’avança Jentement jusqu’à ce qu’elle attaignît le bord de la Pedementina. Le soir du 20 l’éruption était à son plus beau point ; la colonne de feu qui sortait du cratère était grande et superbe , et la lave qui jaillissait du côté septentrional du petit cône, s’avança vers le bord occidental du grand cratère qu’elle eut bientôt atteint, et là, enveloppant la grande pierre placée où. le sentier qui conduit sur le cône, arrive à la cime, elle déborda à quarante pieds environ à gauclie; ensuite elle s’arrêta le 20 après avoir parcouru un espace de 260 pieds de long sur 20 de large.
Pendant la nuit du 22 le petit cône subit un cliangement très-considérable, car les côtés au N. et au S. ayant été emportés, il perdit plus de la moitié de sa hauteur, tandis qu’à l’est et encore plus à l’ouest il s’accrut tellement qu’il devint visible même à Naples. ,A.u dedans du cra-
tère il y avait, le 28 Octobre, cinq bouclies de plus ou moins de profondeur , variant de 20 à 60 pieds 5 d’une de ces bouches sortait une vapeur blanche chargée d’acide muriatique ou sulphurique ; le côté septentrional du grand cône semblait une masse solide de lave , mais le côté opposé était couvert de scorie de cendres et de poussière. Ensuite tout le cratère du grand cône redevint tranquille.
Quelques petites éruptions eurent lieu dans le mois de Novembre et au commencement de Décembre; des changemens s’opérèrent continuellement dans la surface de la plaine du grand cratère; des crevasses s’ouvraient un jour , se refermaient le lendemain ; des plateformes s’élevaient à un endroit , se déprimaient à un autre , et , peu à peu , les petits cônes s’écroulèrent presque entièrement : tout indiquait qu’un mouvement violent mais silencieux , s’opérait dans les profondeurs du volcan.
Le 20 Décembre une colonne de fumée accompagnée de plusieurs pluies de pierres , s^éleva du petit cône et un courant de lave sortit du côté au S. E. , se porta d’abord vers le point qui est au-dessus de la Torre del Greco et ensuite suivit la courbe du cratère. Le 22 la fumée et les jets de pieiTes augmentèrent , et , autour de la plateforme qui, comme nous avons déjà dit, s’élevait au-des-
sus (le la lave, au sud du polit cône, la crevasse s’ouvrit tellement (pi’on ne pouvait plus y passer, excepte; à un seul endroit : la plateforme dès-lors devint une pe'ninsnle et preîsenta un côLc perpendiculaire, (|ui avait ] 5 pieds de liant au-dessus du Lord extérieur de la crevasse. La Louche à rextéricur du petit cône avait été comLlée, mais les trois soupiraux dans l’intérieur rejetaient toujours de la lave fondue , ou en grandes masses informes ou en morceaux qui avalent la grandeur et la forme des œufs de dinde. G(;s derniers eu étaient expulsés avec des silïlemens ou des détonations, et ces matières igné('s, au moment de l’explosion, faisaient l’circt d’une LomLe qui éclate en sortant du mortier.
De la lave était aussi sortie du petit cône au ]V. E. et avait suivi le tour de la hase vers l’endroit , au Lord oriental du cratère, où le courant déLorda en OctoLrc. Cinq petits famaroli, tout près les uns des autres, disposés sur une ligne droite et s’élevant au-dessus du milieu de ce courant, laïu-aicnt jusqu’à 8 pieds en l’air et avec un Lruit comme celui d’un pistolet, des morceaux de lave de la grandeur de petits Loulcis de canon.
]jC jour de Noël entre dix et onze heures A. M. la lave partie du côté méi'idional du cône, arriva au Lord et se jeta sur le sentier par lequel on montait ordinairement. A deux heures cette
lave était descendue jusqu’au milieu du cône et, vue de nuit depuis JNaples, faisait un efl’ct magnifique. La vapeur de la lave et la fumce du cône descendirent et enveloppèrent le torrent de feu et le cackèrent à la vue ; ensuite e'tant chassées par le vesit elles laissèrent voir une ligne rouge laquelle semblait , à cause de l’obscurité qui régnait autour, s’élever en l’air et ressemblait beaucoup à une fusée volante d’une grandeur énorme.
A mi-chemin de la descente, la masse de lave quitta le sentier et se tourna vers Résina, coulant ensuite avec grande rapidité jusqu’au pied du côzie où elle arriva avant minuit Le 26 Décembre vers midi, elle avait fait un trajet de 1200 pieds depuis la base du cône, ce qui faisait en. tout une distance de 36oo pieds qu’elle avait traversée en vingt-six heures-; elle était divisée en trois courans, présentait un front de 280 pieds de large et passait par-dessus les courans de lave de 1767, 1775, 1810 et 1822. A deux heures environ, la lave du côté du nord, atteignit le bord, et, jusqu’à un tiers de la descente, passa par-dessus la lave sortie en Octobre, après quoi elle se réunit à l’autre courant.
Pendant la nuit du 27 il y eut une très-fortepluie à Naples , et le lendemain on vit la partie supérieure du Vésuve couverte de neige; le cours-
de la lave ëialt marqué par une lii^ne noire, qui traversait le cône depuis la cime jusqu’à la Itase.
En même-temps le petit cône devint presque tranquille et il rejetait rarement de la lave quoique la fumée en sortît toiq’ours; le premier jour de l’an pourtant, les détonations se renouvcllèrent avec grande violence et beaucoup de scorie en fut lancée. La lave s’avançait encore lentement ^crs le haut et ne s’arrêta pas entièrement avant le douze, mais en bas tout mouvement cessa le lo Janvier, et alors le courant avait ySoo pieds de long sur 280 de large. La lave était encore ebaude ; un tbermomètre placé sur la pente de la dernière couebe s’éleva à 106 Fabrcnhcit, et l’on ne pouvait pas tenir en main la scorie cpio^ l’on prenait à quelques pouces au-dessous de la surface. Le même joitr t^iie l’evttémité inférieure du courant s’arrêta, le cône devint absolument tranquille et continua ainsi jusqu’au 18 Février; alors on sentit sur la montagne de fréquentes secousses très-violentes accompagnées d’un bruitsemblable à celui de la mer pendant une tempête : elles se renouvel lèrent à plusieurs reprises la nuit suivante. Le même soir deux ouvertures rondes qui avaient 4t> pieds de circonférence et autant de profondeur, se formèrent au-dedans du petit cône, presque au même endroit oii existaient celles qui s’ouvrirent en Décembre dernier: de ces
ouvertures il sortait une colonne de fumée blanche , de la scorie rouge cl des cendres ; ces dernières emportées par le vent se répandirent sur le flanc de la montagne vers le Piano delle Ginestre. La fumée, chargée de soufre et de sel marin, frappa la parois méridionale du cratère et y déposa une couche d’une couleur mêlée de jaune et de blanc. La vapeur sortait pourtant du cratère et était tellement imprégnée de diiférens acides, cpi’on ne pouvait la respirer que pendant <|uelqucs secondes.
Un courant de lave sortit , le 20 du mois , de cette partie du cratère où les petits cônes s’élevèrent au mois d’Aoiit, et ce coiuant s’étendant sur la partie méridionale du lit du cratère, couvrit la vieille lave, remplit les creux et forma une surlace nivelée. Près du point d’où sortait la lave, à 20 pieds de distance des restes des petits cônes, de la lave liquide et comme du bitume, sortait à grand flots, do même que l’eau dans de certaines fontaines jaillit du centre, décrit une parabole et retombe sur la construction fantasque qui lui sert de base. Ces flots de lave se refroidirent, devinrent durs et ressemblèrent alors à un cable épais disposé en rond.
A une heure après-midi du 21 , on ressentit à Pozzuoli et aux alentours, un tremblement de terre qui avait lui mouvement d’ondulation
cl (jui passait du midi au nord, accompaj^në d’un oiiujucmcnt (pii scmblail le bruit d’une voilure traversant nu pave inégal: ce tremblement qui fut léger à la ville de Pozzuoli , ne le fut pas à d’autres endroits, et surtout à Monte S. Mage lo où il lit écrouler des murs et endommagea considérablement plusieurs ebaumicrcs. En memetemps le courant de lave s’augmenta de beau-
coup ;
sortit à l’endroit où la dernière lave avait
débordé et la côtoyant du côté du midi, arriva avant le jour à la base du cône. A cause de la roideur de la partie du cône par où la lave descendit , il n’y avait que peu de scorie sur sa surface, de sorte que l’elfet en fut superbe; caria ligne brillante de feu étincelait à travers les ténèbi'cs comme un météore, et parfois une vague plus éclatante que le reste de la^jnasse enflammée, s’élançait en avant et semblait traverser au vol une distance considérable. Le petit cône ne cessa pas de rejeter des matières ignées et une fumée épaisse , la([uellc , suspendue au-dessus de la montagne, prit des formes arrondies, et de jour ressemblait en (picbpie sorte à un eboiiHeur trèsdémesuré ; tandis ([uc de nuit elle était illuminée par le rcllet du feu, cl présentait les plus belles nuances de couleurs et la plus grande variété de formes.
Le 25 un ruisseau se séparant , au dedans du
nuit le 2/ fVvrifT
cratère, de celui qui coulait depuis quelques jours, s’avança en deux Lranchcs et déborda ; une de ces branches atteignit le milieu de la descente et s’arrêta, mais l’autre brandie descendit avec rapidité vei’s la base, dans la direction de la Punta delle Crocelle , située sur les Canteroni. Pendant le 26 et le 27 le petit cône ne cessa jamais de faire des éruptions et de rejeter de la lave ; le soir du 27 le courant qui se dirigeait vers les Canteroni , préeipita sa marclie et couvrit les pierres près desquelles on laissait d’ordinaire les mulets ; la largeur et la hauteur de ce courant en lit un objet magnifique , et en réunissant sous le même point de vue ce courant-ci avec l’autre qui avait pris une direction différente, on jouissait d’un spectacle à la fois sublime et unique dans son genre. Ce nouveau courant pourtant ne coula que pendant peu de jours ; la force en diminuait peu à peu, et il s’arrêta tout-à-fait le jour du 22. Le courant qui déborda le 21, s’avança lentement jusqu’au 5 et alors il cessa de couler ; cependant le 7 un autre courant déborda au nord des autres, mais il s’arrêta au bout de deux jours.
Le soir du 8, à sept heures et quatorze minutes, un tremblement de terre se fit sentir à Naples, et une autre secousse eut lieu à deux heures après minuit : ces <lcux secousses avaient un mou-
vcmcnt oscillatoire du sud au nord ; elles furent légères pourtant et ne firent aucun tort ni à la ville ni aux environs; aussi on n’entendit point de bruit souterrain. Le temps avait été orageux tout le jour, et vers la nuit le vent souilla du sud avec beaucoup de violence, s’élevant souvent à des bouffées aussi terribles cpie soudaines. Les secousses ne furent pas limitées au golfe de jNaples ; elles s’étendirent jusqu’en Calabre, et la belle ville de Catanzaro qui en est la capitale, ville bâtie sur une eolline à huit milles de la mer, fut réduite en ruines par les premières convulsions, presque à la même licure où l’on en sentit l’effet à Naples: on n’a pas encore eu les détails de cet événement. Ce n’élait pas la première fois que cette ville avait souffert de semblables malheurs: en 162G elle avait été presque détruite, et en 1783 une partie considérable en fut renversée ou endommagée, par le grand tremblement de terre qui eut lieu alors.
Le volcan en attendant est resté tranquille, quoiqu’il en sorte toutefois de la fumée et de la scorie fondue. La masse des vapeurs passe quelquefois comme un brouillard sur la cime du cône; d’autrefois elle s’élève eomme une pyramide renversée ou comme un entonnoir; souvent, pourtant, chassée par les vents du nord qui dominent .à ecLlc époque de l’année, elle s’étend au
travers du ciel en couches minces et éparpillées ou en une ligne noire cpii se prolonge Lien au loin et se perd à la lin , ou se confond avec l’iio-
nzon.