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Vues et souvenirs de l'Amérique du Nord [microforme]

Votre Altesse Royale , en daignant accepter la dédicace de cet Ouvrage, m'accorde une grâce que je sais apprécier, et que je considère moins comme une récompense de mes faibles travaux, que comme un encouragement au grand voyage pour lequel je me prépare.

Je sais que le seul moyen de reconnaitre les bontés de votre Altesse Royale est de chercher, durant cette exploration de régions nouvelles , à rendre quelques services aux sciences et au commerce français, et je serai heureux si je puis, même au risque de ma vie, remplir cette glorieuse mission.

Je suis, Monsrineur, avec le plus profond respect ,

de Votre Altesse Royale,

Le très-humble, très-reconnaissant et ir4-dévoué serviteur,

Francis ne CASTELNAU.

PRÈRAGE,

Dans nn pays de publicité, lorsqu'après une longue absence un voyageur revoit son pays, il semble qu'il doive compte à ses concitoyens des résultats de ses recherches, afin que le tribunal de l'opinion publique puisse décider avec impartialité s’il a su employer utilement le temps qu'il a passé loin de la mère-patrie; et bien que mon séjour en France ne doive être que très-limité, et seulement préparatoire à une exploration des parties centrales de l'Amérique Méridionale. j'ai cru cependant devoir me soumettre à cette coutume. Le but de cet ouvrage n'est pas d'entrer dans le récit de mes voyages dans l'Amérique du Nord; ce travail exigerait un temps qu'il me sorait impossible de lui consacrer en ce moment, Cependant, si mes faibles écrits avaient su exciter la curiosité du lecteur, il pourrait on trouver un extrait dans la Bibliothèque des Voyages. que public l'éditeur Dumesnil , et je viens de soumettre un travail de quelque étendue sur 1a Floride du Miliou au jugement de l'Académie royale des Sciences.

Mon but est ici simplement de présenter au public quelques essais de genres divers, les uns sérieux el encore on partio inédits, les autres plus légers et ayant déjà été publiés sous forme de feuilletons dans les journaux politiques. J'y ai joint un certain nombre de vues de diverses parties de l'Amérique du Nord, de portraits des races d'hommes qui les habitent, ete., ete.: la plupart ont été esquissés par moi sur les licux, mais j'en dois plusieurs à M. Desobry de New-York : l'on en trouvera à la fin du volume la description détaillée,

Lo travail qui se trouve placé on tête de cet ouvrage sous le titre des États-Unis et de leurs Habitants, est une réponse à une série de questions ethnologiques que m'adressa à New-York M. Edwards , de l'Institut, Ces questions très-nombreuses comprenaient presque tous les points importants de l'histoire physique et morale d’un peuple ; en cherchant à y répondre, mon plan à été d'esquisser à grands traits ot comparativement les mœurs des trois races si différentes de l’'Amérique Septentrionale : je reproduis aujourd'hui cet essai tel que je l'envoyai d'Amérique en 1839, après y avoir seulement ajouté quelques détails de statistique. 1 contient certainement des erreurs

vi PRÉFACE.

plus ou moins nombreuses; mais le lecteur voudra bien se souvenir qu'il a été écrit on pays étranger, sans livres ni secours d'aucune sorte, et que, sous ce rapport, il a peut-être quelques droits à son indulgence,

J'aiété amené, dans le cours de cet Ouvrage, à traiter un sujot qui, depuis quelque temps, préoccupe l'esprit public, et qui, malheurousement, a quelquefois excité à un degré déplorable les passions de quelques écrivains d'un talent supérieur : je veux parler de l'esclavage en Amérique. Je présenterai mes observations à cet égard avec impartialité, et en cherchant à rester neutre entre les deux opinions qui sont en présence ; car je crois que c'est rarement dans la violence que se rencontre la vérité. Pour compléter ce que je dis à cet égard, qu’il me soit permis de présenter ici un passage extrait d’un autre de mes écrits :

«En résumé, si quelque état particulier de l'Union, car le Gouvernement fédéral ne peut, on aucune manière, s’interposer dans des questions de ce genre, si quelque état, dis-je, se décidait à opérer la libération de ses esclaves, cet acte devrait s'opérer d’une manière réfléchie et circonspecte , et le projet suivant pourrait peut-être parvenir à son but.

» Le Gouvernement nommerait un certain nombre d'officiers publics, dont le principal emploi consisterait à estimer la valeur de chaque esclave d'après les prix du marché. Cette valeur serait inscrite sur des registres tenus à cet effet, et les maîtres seraient obligés, sous peine d'une forte amende , à faire estimer de la sorte tous leurs esclaves.

» Le dimanche serait, ainsi qu'il l'est déjà, considéré comme appartenant à l'esciave, sans que le maître püt s'en approprier le travail. Le nombre des jours de travail étant ainsi réduit à six, je voudrais qu'aussitôt que l'esclave se serait amassé une somme suffisante pour se racheter un jour, il pût, en s'adressant à l'officier public en question, obliger son maitre à le lui vendre; il aurait alors deux jours de la semaine à lui, ce qui lui faciliterait les moyens d'en acheter un troisième, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il fût entièrement libre, ce qui , par ce procédé, ne coûte rait rien ni à l'État, ni au maitre : on y trouverait aussi l'avantage immense d'habituer l'esclave au travail, avant que de lui accorder le don précieux de la liberté; en un mot, pour l'obtenir, il faudrait qu'il l'eût mérité. » { Essai sur la Floride du Milieu.)

DE

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