‹ Vues et souvenirs de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 12 sur 53 · DB L'ÉDUCATION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

DB L'ÉDUCATION PUBLIQUE

DES BLANCS

Il n’y a pas de pays au monde où l'éducation primaire soit aussi universelle qu'aux États-Unis. Tout le monde y sait lire et écrire, et a une connaissance plus ou moins étendue de l'histoire, de la géographie et de la législation du pays.

Le principal revenu des écoles consiste en terres; car sur toutes les terres publiques, une section sur trente-six est réservée dans chaque township à cet usage, lors des ventes à l’encan.

Sous le rapport de l'instruction, les états de la Nouvelle-Angleterre sont trèssupérieurs à tous les autres. Dans cette partie de l'Union , une loi, dès 1628, ordonnait que tout enfant apprendrait à lire et à écrire, et une autre, en 1647, établissait une école pour chaque agglomération de cinquante familles. Le nombre des collèges aux États-Unis est de 68, celui des écoles de médecine de 25, des écoles de droit de 9 , et des séminaires de 37.

Les écoles du dimanche (sabbath-schools) sont très-répandues et contiennent plus de 700,000 enfants et de 82,000 instituteurs. Ces établissements ont le plus grand rapport avec nos catéchismes, l'instruction étant presque entièrement religieuse : seulement les maitres ne sont pas rétribués ; ce sont des jeunes gens et des jeunes personnes qui dévouent ainsi leurs dimanches à l'instruction gratuite. Les études collégiales sont généralement inférieures à celles de l'Europe; sur un point, cependant , elles remplissent une lacune déplorable de notre instruction : je veux parler de l'établissement d’une chaire constitutionnelle qui apprenne à la jeunesse les droits politiques qu’elle sera appelée à exercer un jour. Parmi les agents les plus actifs de la diffusion des lumières, l'on doit naturellement placer les journaux. Le

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premier fut établi à Cambridge (Massachusetts), en 4638; en 4700, il y en avait quatre; en 4800, trois cents. [ls étaient, en 4854, au nombre de 4,265; au 4" juillet 1839, ils avaient atteint le nombre de 4,555, répartis de la manière suivante :

Maine........ és OT OT ET EL ki New-Hampshire..... sonneries due dore . 26 Vermont.......... A sérrsdenestes 00 Massachusetts (65 à Boston).................. 12% Rhode-Island............ nn piscoscoces LE Connecticut. «esse soseocsesesssosesenosssess OL New-York (71 dans la ville)......... converse 274 New-Jersey......... does ee 6 00 0 Sense … 39 Maryland ( 20 à Baltimore }..... susrosesserese k8 Pensylvanie (Philadelphie, 71)............... 253 . Delaware....o.seoss.ose.es assis rose se. ‘8 District de Colombia (Washington, 11)........ 16 Virginie ( Richemond , 10)............. soso D2 Caroline du Nord........... dote tease .. 90 Caroline du Sud..... see Se Géorgie. ...esssessessososese disroneresooses. 93 Floride............ OO RL Alabama......... etant OT ... 3 Mississipi. -c.ossososeseseosesroneeseosesee 31 Louisiane (10 à la Nouvelle-Orléans). ......... . 26 AFTKANSAS. cs oooversssosevveosee se ess.

Ténessée........ eo ssreseoresoseee sésscccisve. 00 Kentucky.......... ses servent 31 Ohio (27 à Cincinnati }......... Soooies 6 ire 164% Michigan.............. se see Gi 0e nee nee &1 Ouisconsin.......... PR disssess 5 Iowa. ...... pense Sert és desss es 6 …. 3 Indiana ....... de en sta de sb eue ... 69 HLINOÏS « « sooce snocosoososcoovosoeneovesessee O3 Missouri....... De ses Du ren iss OO) 25 1,555

Sur ce nombre, 466 sont publiés tous les jours, 44 trois fois par semaine, 30 deux fois, et 994 seulement une fois par semaine ; les autres périodiquement.

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DE L'AMÉRIQUE DU NORD. a

38 sont en allemand, 4 en français, À en espagnol; plusieurs de ceux de la Nouvelle-Orléans sont à deux colonnes, l’une en anglais et l'autre en français. Le journal indien Cherokee a cessé de paraître. Le tirage annuel se monte à environ cent millions de feuilles , ce qui fait près de trois fois celui de la France, pour une population blanche près de deux fois et demie plus faible: la proportion en faveur des États-Unis serait donc de cinq à un.

DES NOIRS

Dans le Sud , l’on emploie tous les moyens imaginables pour empêcher les lumières de pénétrer parmi la race noire : dans plusieurs états , la loi punit d'une forte amende et quelquefois de la prison le blanc qui montre à lire à un esclave. Du reste, le peu d'aptitude de cette race pour tout travail intellectuel vient en aide à la volonté des planteurs.

DES INDIENS

Bien peu d'Indiens peuvent lire ; cependant les missionnaires catholiques, épiscopaux et presbytériens ont établi quelques écoles parmi eux. Au village des Sénécas de Duck-Creek (Ouisconsin), je vis une école formée de vingt-cinq élèves indiens, et j'eus occasion de m'’assurer qu'ils avaient une facilité pour apprendre égale à celle des blancs. Sur la rivière des Renards (Fox River), je vis une autre école établie parmi les Folle-Avoines. La femme du missionnaire, jeune et belle personne, élevée avec soin dans une bonne pension de New-York, consacrait depuis deux ans tous ses soins à l'éducation morale et religieuse des jeunes Indiennes. Je fus viment touché et frappé d'admiration à la vue de cette femme qui, par pur esprit de charité chrétienne, préférait la profonde solitude des bois à la société civilisée dont elle eût fait un des ornements.

Quant à l’utilité de ces institutions, il est malheureusement permis d'en douter: presque tous les élèves sont du sexe féminin, et lorsque, livrées à un époux sauvage, elles retourneront dans les forêts, pourront-elles et oseront-elles se souvenir de ce qu’elles auront appris ?

En ce moment, le nombre total des écoles fondées parmi les Indiens est de cinquante-un. Elles comprenaient , en 4836 , 1,581 élèves. Le Gouvernement accorde à ces institutions, comme encouragement, une somme annuelle de 7,840 dollars,

DB L'ÈPAR,

DES BLANCS

Si, comme je le pense, le meilleur gouvernement est celui qui donne la plus grande masse de sécurité, en n'exigeant que le sacrifice de la plus petite portion de liberté, celui des États-Unis s'approche singulièrement de la perfection.

Lorsque les hommes quittent l’état de barbarie pour entrer en celui de société, ils comprennent qu'il est nécessaire qu'un pouvoir modérateur exerce son influence sur eux; ils mo semblent alors dans la position de capitalistes qui veulent former une société commerciale : dans ce cas, chacun examine avec soin quelle est la quantité du numéraire utile au succès de l’entreprise; mais s'il comprend la nécessité de lui apporter tous les fonds dont elle a besoin pour fonctionner, l’actionnaire conçoit aussi que toute portion de capital non employée serait perdue, et que, dans ce cas, il vaut mieux qu'il la garde pour la faire valoir lui-même. Or, dans la formation des sociétés politiques, le directeur de l’entreprise commerciale est remplacé par un roi ou un président; entre ses mains doit être déposée la quantité de liberté dont le sacrifice est indispensable pour le bien-être de la chose publique ; car la liberté des hommes est un bien trop précieux pour que la moindre parcelle en soit sacrifiée en vain, ce qui aurait lieu si l'on mettait par trop de parcimonie dans son apport social ; mais , d’un autre côté, toute portion non absolument nécessaire doit être retenue avec soin. Tout atôme de liberté sacrifié inutilement au vouvoir gouvernemental me semble être un crime de lése-nation, de mème que toute parcelle retirée à ce pouvoir, lorsqu'elle est nécessaire au mouvement de la machine publique, constitue celui de lèse-majesté, Le traité passé entre le gouvernant et les gouvernés se nomme charte ou constitution, et tous ses ariicles doivent être également obligatoires pour les deux parties, sans quoi l'un des deux absorbera nécessairement à son profit la portion qui forme l'héritage de l'autre.

La tranquillité et la paix qui existent aux Etats-Unis depuis la déclaration d'indépendance , prouvent que le pouvoir dont jouit le gouvernement est suffisant pour ce pays, tandis que la prospérité sans exemple à laquelle il est parvenu , ei dont le développement est toujours constant, montre que le peuple a su retenir dans ses mains le germe de toutes les libertés.

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Sous le rapport de la stabilité, il me serait fort difficile d'émettre une opinion appuyée sur autre chose que des probabilités. Or, il est peut-être à craindre que la question de l'esclavage n’engendre un jour un sentiment hostile entre les deux grandes divisions du Nord et du Sud, d'autant que, sous bien des rapports, les intérèts de ces deux portions du pays sont opposés ; cependant, si on les considère sous leurs vrais points de vue, c’est-à-dire comme pays de consommation et pays de production, on verra qu’elles ont aussi de grands intérêts communs, et l’on concevra quelque espérance du maintien de la grande Union américaine. Quoi qu'il en soit de l'avenir, cette forme gouvernementale fait, depuis cinquante ans, la gloire et la prospérité de ce pays; et c’est sous son égide qu’un peuple, sortant du servage colonial et ayant à conquérir chaque pouce de son territoire sur le désert et ses sauvages habitants, est venu s'asseoir au premier rang des nations , et a appris au vieux monde étonné que la civilisation de l'Occident pouvait lutter avec celle de l'antique Europe. Or, la forme qui a obtenu ces beaux résultats doit être bonne, si un mot aussi positif que celui-là peut être employé en politique, science où tout est essentiellement relatif.

De ce qui précède, l'on aurait grand tort de conclure que je crois que la conslitution américaine pourrait être profitablement importée chez nous; je pense, au contraire, que, même plus que les lois, les pactes fondamentaux doivent &tre l'expression vraie et entière des mœurs d’une nation, et ainsi, à moins que l'on ne trouve deux peuples ayant absolument les mêmes gnüts, les mêmes idées, la même manière de voir, etc., ce qui est impossible, l'on ne pourra jamais appliquer avec profit à l’un la forme politique qui a été conçue par l'autre (L); or, rien n'est plus différent que les races françaises et américaines (2).

(4) En un mot, l'on ne peut pas faire une constitution , on peut seulement l'enregistrer.

2) Si un fait aussi simple que la démonstration des premières règles de l'arithmétique avait besoin de preuves, on pourrait, entre mille, les trouver dans le spectacle que nous présentent les soi-disant républiques de l'Amérique du Sud, Là, avec une population fort ignorante et entièrement espagnole, on a voulu singer la constitution des Américains du Nord: qu'en est-il résulté? C'est qu'au lieu d'avancer on a prodigieusement reculé, Sous le rapport de la civilisation, il nous semble que les sociétés humaines peuvent être réparties en six classes :

{1° L'état de barbarie, Les habitants de la terre des Papous et des parties centrales de Bornéo nous en offrent seuls des exemples parfaits, Vivant isolément dans des grottes et des cavernes, n'ayant ni chefs, ni esprit de famille, le principal caractère physique qui les distingue des orangs-outanus est la protubérance du menton et la faculté d'articuler des sons, bien que l'on ne puisse peut-être pus donner à ces derniers le nom de langage, H est remarquable que les variétés les plus dégradées de la race humaine habitent les mêmes contrées que les singes les plus avancés en organisation

Chez nous, à côté d'hommes qui étonnent le monde par leur vaste capacité scientifique ct littéraire, nous avons une population ignorante qui, sous le rapport de l'instruction , n’est guère plus avancée que le Sauvage des forêts de l'Amérique, et qui, sous celui des idées de liberté et du développement de plusieurs autres nobles sentiments, lui est bien inférieure. Là, au contraire, l’on aurait peut-être peine à trouver six hommes dignes de s’asseoir dans le fauteuil de l’une de nos sections de l'Institut (si l'on en excepte toutefois les sciences politiques et financières, car les Clay, les Adams, les Van-Buren, les Webster, les Calhoun, les Coushing, les

2 L'état de famille ou patriarchal, où la volonté du chef de famille est la seule loi; la Bible nous en montre de fréquents exemples. Les peuples de ce genre sont généralement voués à l'agricul!ure.

3 L'état de tribu, où des hommes auront , par leur courage ou la force, acquis un ascer.dant marqué sur leurs compagnons, La plupart des nations sauvages sont parvenues à ce degré. Tels sont les Indiens de l'Amérique (le Mexique et le Pérou étaient, avant la découverte, parverus au degré suivant ), les peuplades nègres, Les sociétés féodales sont le degré le plus élevé de cet état, et les peuplades cannibales de la Nouvelle-Zélande le dernier, Ces nations seront guerrièret.

°° L'état de monarchie absolue, où un des chefs de peuplades aura soumis tous les autres et les maintiendra sous son bras de fer. Sa volonté seule fera loi, les peuples lui seront inféodés. et pour sanctionner cette monstruosité , il cherchera à lui donner une origine religieuse. Cette forrae est la seule qui convienne à des peuples ignorants. En l'empioyant d'une manière éclairée , l'rdre des Jésuites avait acquis un pouvoir incroyable sur les peuples de l'Amérique du Sud; ce qi prouve bien que cette race n'était parvenue qu'à cet état, car depuis qu’elle l’a secoué violemment, elle à été à reculons, et pour avoir voulu arriver au sixième état sans passer par le cinquième, c:le est retournée au troisième,

ÿ° L'état de monarchie représentative, Le peuple se fait représenter par des mandataires chargés de ses intérêts, et reconnait en même temps un chef politique, comme pierre de couronnement de l'édifice social. Dans cet état, l'aristocratie représentant les anciens chefs de peuplades, peut sou-vent exercer une influence salutaire: car sous cette forme les peuples seront trop éclairés pour qu'elle puisse acquérir une autorité dangereuse pour la liberté, et en même temps, par esprit naturel de jalousie contre le supérieur, et par besoin de popularité, elle formera un intermédiaire souvent utile entre le prince et les gouvernés ; elle constitue aussi un but aux grandes ambitions, et peut, en lesexcitant, rendre d'importants services au pays: mais il faut que ses prérogatives n'aient rien de contraire à l'égalité civile, ni d'humiliant pour un peuple libre. Cette forme d'abord conçue en An-— gleterre, semble devoir être bientôt adoptée dans toute l'Europe. La France a eu l'honneur de donner l'exemple au continent; mais si l'état de l'éducation d'une grande partie de notre territoire est d'accord avec son développement , une partie considérable en est encore restée à la période précédente : le grand danger chez nous, c'est que nous voulions avancer trop vite, ce qui serait certainement reculer,

6° L'état de république fédérative, qui n'est qu'un perfectionnement du mode précédent, Là les lumières étant universellement répandues, et la raison publique mürie, l'on peut sans danger affaiblir le pouvoir. Avec des hommes parfaits, cette forme serait certes la meilleure,

Pour placer un gouvernement dans une de ces catégories, il faut ne pas s'attachor à son nom, mais à sa nature : ainsi, la soi-disant République française fit tomber la France, qui était presque parvenue au cinquième degré, au troisième, et menaçait de la rejeter au premier, Le règne impérial, si glorieux, mais si hostile à la liberté, l'a maintenu au quatrième , et aujourd'hui elle cherche à s'établir solidement au suivant: mais notre centralisation exagérée et d'invention absolutiste, lui sera un obstacle bien diMcile à surmonter,

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Biddle et tant d'autres pourraient, sans désavantage, être comparés aux premiers hommes d'Etat de l'Europe); mais le paysan, ou plutôt ce qui remplace le paysan de nos contrées, est un homme sachant lire et écrire, parlant purement sa langue, connaissant l’histoire et les lois de son pays, et n’ignorant pas les points les plus importants de la constitution des autres peuples. Dès son enfance , il commence son éducation politique, et les facultés de son intelligence, en se développant, lui apprennent que, comme électeur, il formera l’un des membres actifs, bien que modestes, du gouvernement de son pays, et que, artisan ou laboureur, il aura voix au grand conseil de la nation. Or, il ne suffirait pas, pour obtenir un semblable résultat chez nous, que la loi donnât à tous les droits politiques, il faudrait auparavant que leur éducation première assurât de leur gestion et de l'usage qu'ils feront de l'arme dangereuse que l'on confierait à leurs mains inexpérimentées. Ce fait devient tous les jours de plus en plus visible même aux Etats-Unis, où l’on éprouve déjà le mauvais effet produit par l’admission trop prompte aux droits de citoyen (au bout de cinq ans de résidence), des ignorants émigrants de l'Irlande, de l'Allemagne et de la Suisse.

Une seconde objection est dans leur bon sens national, qui, sans rien avoir du brillant de l'esprit français, lui est infiniment supérieur sous le point de vue utilitaire. Croit-on , par exemple, que chez nous la machine publique pourrait fonctionner si, comme cela est continuellement le cas en Amérique, les gouverneurs d'une partie des provinces (élus par le peuple) étaient les ennemis politiques du chef de l'Etat et suivaient une ligne en tout opposée à la sienne ; bien plus, si encore sous la propre juridiction de ces derniers, les maires des villes et villages , élus dela mème manière, uppartenaient à un parti tout différent des deux précédents ? 11 ne sorlirait chez nous que confusion d’un semblable état de choses ; là l’ordre est en tout et partout.

Une autre grande différence entre le caractère des deux peuples est que, tandis que tout chez nous se fait avec emportement et sous l'empire de la colère et des passions, tout, au contraire, en Amérique, est exécuté avec calme et réflexion. Voyez combien de temps le congrès américain mit à déclarer son indépendance ! Tous les moyens de conciliation furent d'abord employés. Un vieillard qui avait assisté à cette mémorable séance m'en a raconté plusieurs fois les principaux détails. Lorsque l'écrit de Jefferson eut été discuté avec maturité, le moment de le signer arriva; chacun sentait que dès-lors les chances de la guerre devenaient pour lui une ques-

tion de vie ou de mort. John Hancock présidait, et, en cette qualité, à lui apparte-

nait de signer le premier : le silence était profond; il se recucillit un instant, et leva les yeux au Ciel avec une expression qui rendait tous les sentiments de religion et de devoir qui se pressaient dans son ame, puis apposa sa signature d’une main ferme. Son exemple fut suivi par tous ses collègues, et ce jour glorieux assura la liberté des états confédérés.

En France aussi le pouvoir a encore, aux yeux des masses, un prestige nécessaire dans nos mœurs, mais né du pouvoir absolu de la monarchie et de l'empire; en Amérique, au contraire, le président est un gentleman (A) qui, occupant l'emploi le plus élevé de la magistrature du pays, a droit au respect public et à des égards universels de politesse, mais à rien de plus; et tous les autres fonctionnaires étant rétribués par le peuple, sont considérés comme ses hommes d’affaires : ils lui doivent leur temps et leurs lumières, et se trouvent à son égard dans la position de commis envers leur patron. Il n'existe pas même ici l'influence des dîners ; car que peuvent , à cet égard , un président avec des appointements de cent vingt mille francs, des ministres avec trente mille francs (sans fonds secrets), et des gouverneurs dont le traitement varie de deux mille francs (Rhode-Island) à vingt mille francs (New-York et Pensylvanie) et trente huit mille francs (Louisiane) ?

Le sentiment de la dignité de l'homme est aussi inhérent à l'Américain, mais n’a rien de la morgue qui le dégrade trop souvent chez l'Anglais : ici ce sentiment est réel et non affecté; ainsi, par exemple, il serait à peu près impossible de trouver un Américain qui consentit à servir en qualité de domestique (2); et cela se conçoit sans peine, quand on réfléchit que tout homme qui sait lire et écrire peut, chez eux, trouver à s'employer d’une manière plus honorable, comme commis, etc., et que tous sont dans ce cas. Cette prétention n'a donc rien de commun avec la sotte vanité des domestiques français pendant la première Révolution : eux avaient été laquais, le redevinrent peu de temps après, et reprirent avec joie leurs livrées aux couleurs de l'arc-en-ciel. Aux Etats-Unis, un ouvrier qui aura besoin de parler à un ministre ou même au président, le fera avec une calme dignité, en commençant par

lui prendre la main en signe d'égalité.

Dans ce pays encore, tout se fait pour le bien réel de la nation , tandis que chez

(4) Par ce terme, on entend ici un homme honorable par sa conduite, sa moralité, ete., et non, comme en Angleterre, une personne jouissant d'un certain revenu ; ainsi l'ouvrier (the mecanique) pourra être considéré comme un gentleman, tandis que ce titre scra peut-être refusé au sénateur.

(2) Les fonctions de domesticité sont généralement remplies par les Irlandais et les nègres.

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nous , peuple essentiellement vaniteux , l’on sacrifie sans cesse notre intérêt matériel à des idées brillantes, mais creuses, de gloriole nationale : c’est ainsi qu’en supposant qu'aux Etats-Unis, il püût entrer dans l'esprit du Gouvernement d'entreprendre une guerre injuste et d'agression, il ne trouverait certes pas dix mille hommes qui consentissent à soutenir ses projets ambitieux, tandis qu'une invasion du territoire projetée par une Puissance étrangère quelconque, aurait à résister à un ou deux millions d'hommes déterminés, et animés du même esprit qui, lors de la guerre d'indépendance, couronna de succès leurs prodigieux efforts.

Je sais que l'Amérique n'ayant pas de voisins puissants n’a pas besoin, comme nous, de réveiller l'esprit militaire de ses populations; aussi je consigne seulement ce fait (en admettant qu'il est impossible de suivre cet exemple), que, tandis que chez elle huit mille hommes de troupes régulières répondent à tous les besoins , chez nous de trois à cinq cent mille hommes sont sans cesse, par leur appel sous les drapeaux, rendus non-seulement inutiles au bien-être matériel du pays, mais deviennent pour lui une charge des plus onéreuses. A quel degré de prospérité la France ne pourrait-elle pas atteindre, si cette portion de sa population, entièrement jeune et vigoureuse, pouvait être rendue aux sciences, aux arts utiles et à l’agriculture?

Mais la différence la plus marquée que l'on observe entreles races françaises et américaines, se fait sentir sous le rapport religieux : pendant que chez nous chacun croit faire preuve de force d'esprit en ridiculisant les choses les plus saintes, là, au contraire, il y a un respect profond pour tout ce qui tient au culte. N’est-il point remarquable que, tandis que de notre côté de l'Atlantique une population fort ignorante (prise en masse, bien entendu, et faisant abstraction des classes éclairées de la société ) s’imagine par là prouver l'étendue de ses lumières , de l'autre côté, une population sans contredit infiniment plus éclairée , se fait honneur du contraire! Les principes que la majorité affecte de rejeter chez nous, ne sont donc pas nécessairement contraires au bon sens, puisque des esprits plus instruits peuvent les admettre. On m'objectera peut-être qu’en Amérique ce sont les principes de la réformation protestante qui sont adoptés par la masse, tandis qu'elle est, elle-même, hostile au catholicisme ; mais je répondrai que cette hostilité tient bien plus aux hommes qu'aux choses, et que voyant principalement cette religion professée par les émigrants irlandais, elle ne peut nécessairement concevoir qu’une idée défavorable d’un culte dont elle n’a sous les yeux que des sectaires trop souvent d’une immoralité notoire et se faisant un jeu de la sainteté du serment, tandis qu'aux yeux de l'Américain, il est considéré comme tellement sacré, que, dans beaucoup de cas, l’accusé lui-mème est cru sur

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son serment, et qu'il fait foi dans toutes les affaires de douane, etc. ; car, peuple moral et religieux, il pense qu’un homme préfèrera même encourir un châtiment temporel plutôt que de s'exposer à la perdition de son ame.

Je crois que lorsqu’elles seront plus éclairées, les masses ne se croiront plus en droit de jeter le ridicule sur ce qui devrait être un sujet de respect et de profonde méditation ; car ce ne peut être que par un déplorable malentendu que la religion du Christ passe pour être inféodée aux idées du pouvoir absolu et de l’esclavage politique, elle qui fut et devrait être encore le symbole sublime de la liberté et de la régénération universelle.

Pour me résumer, je crois que, si l’on aurait tort de vouloir copier servilement les institutions de l'Amérique, en cherchant à les adapter de force à des mœurs et à des coutumes différentes, d’un autre côté, de leur étude profonde et consciencieuse pourrait sortir beaucoup de lumière et de bien.

Enfin, si je ne me trompe, la fin de ce siècle est appelée à de grandes destinées, et déjà chez nous la génération nouvelle, plus heureuse que celles qui l’ont précédée, pouvant s'enorgueillir de toutes les gloires de la France, soit qu’elles aient été acquises sous l’ombrage du drapeau de Louis XIV, ou sous l’étendard aux trois couleurs, entrera d'un pied ferme dans la voie du progrès. Alors, décentraliser le pouvoir politique et constitutionnaliser l'église sera sa tâche, et puisse-t-elle se souvenir toujours que sa devise doit être non pas changer, mais améliorer !

Je n’entrerai pas ici dans le détail de la constitution des Etats-Unis ; on trouvera tous ceux que l’on pourra désirer dans l'excellent ouvrage de M. de Tocqueville. Je dirai seulement qu'il faut distinguer aux États-Unis deux sortes de gouvernement, le fédéral et le local : le premier exerce son influence sur toute l'Union, tandis que le second appartient à chaque état en particulier.

Le gouvernement fédéral se compose : 4° du président , qui doit être citoyen de naissance ; il est élu pour quatre aus ; 2° du congrès, lequel est lui-même formé de deux chambres : celle du sénat, composée de deux membres pour chaqneétat, nommés pour six ans et élus de manière à ce qu'un tiers soit réélu tous les deux ans; celle des représentants , dont les membres sont renouvelés tous les deux ans. Chaque état en envoie un nombre proportionné à sa population : dans les états libres, autant qu'il y a de fois 47,700 habitants ; dans ceux où l'esclavage existe, un pour chaque 47,700 personnes blanches, et un pour chaque 79,500 esclaves.

Le gouvernement local est constitué sur la même base, mais ses formes varient dans chaque état ; il y a toujours un gouverneur et deux chambres, dont les membres

ple sont tous nommés par le peuple. Dans la Caroline du Nord, les sénateurs sont noment més exclusivement par les propriétaires fonciers , et les représentants, par tous ceux payant des taxes. Dans le New-Jersey et la Virginie, le droit de suffrage est restreint à en ceux qui possèdent la propriété d’une portion du sol. Dans le Maryland, les sénateurs ide sont élus par des députés délégués à cet effet par le peuple. Le temps pendant lequel ion les représentants exercent est d’un ou de deux ans ; les membres du sénat sont dans age quelques états élus tous les ans, et dans d’autres tous les deux, trois, quatre et e la même cinq ans. La constitution de l’état de Massachusetts est la seule qui donne des titres aux fonctionnaires : celui d'excellence est affecté au gouverneur, et le viceent gouverneur y est appelé son honneur ; mais le premier est généralement donné par s et courtoisie aux gouverneurs des autres états. en-

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