‹ Vues et souvenirs de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 14 sur 53 · DES BLANCS ET DES NOIRS · texte numérisé non relu

DES BLANCS ET DES NOIRS

Le point le plus frappant du caractère américain est l'esprit d'entreprise, qui lui a fait exécuter en peu d'années , avec des ressources bien insuffisantes , des travaux gigantesques. Bien que la probité préside généralement à ses transactions, les habitants du Nord cependant, se font quelquefois honneur de petites ruses commerciales frisant parfois la friponnerie, et que l’on connaît sous le nom de yankee tricks. Le caractère américain est peu liant; les rapports entre les deux sexes sont généralement honorables avant le mariage, tendres et constants après. Quoique le divorce soit admis par la loi, il n’est cependant pas très-fréquent. Les affaires absorbant toutes les pensées, l’on reste en général peu de temps à table, et le diner ne dure pas quelquefois plus de dix minutes. Il est peu d'usage de donner des

(t) L'homme a cependant droit de vie et de mort sur la femme. L'on montre à Washington le portrait d'une belle Indienne, appelée Reine-de-Beauté (queen of beauty), qui ayant accompagné son mari, chef célèbre, et envoyé par sa nation pour assurer leur père (le président) d’un attachement au moins problématique, attira tous les regards par la grâce et la régularité de ses traits; chacun l'entourait, et on la comblait de présents. Le guerrier paraissait impassible , mais à peine eut-il atteint la frontière de la peuplade, qu’il la tua d’un coup de ‘omahac, en disant : « Tu as été trop admirée des visages pâles pour te plaire actuellement avec des Sauvages!

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repas, et lorsqu'on invite un ami, c'est le plus souvent à venir prendre le thé dans la soirée, L'habitude est que les femmes quittent la table en même temps que les hommes. Dans le Sud, l’ivrognerie est très-générale; dans le Nord, les sociétés de tempérance, qui exigent de leurs membres une abstinence complète de toute liqueur (le vin, la bière et le cidre compris), font peut-être tomber la population dans un excès contraire, mais cerles moins dangereux. Les visites sont peu de mode, à l'exception du jour de l'an, où, à New-York surtout, il est d'usage que tous les hommes qui ont été dans la société d’une femme, ne serait-ce qu’une seule fois, lui fassent une visite ce jour-là. Les réunions et les amusements publics sont peu dans le goùt des Américains : le dimanche, toutes les boutiques sont fermées ainsi que les théâtres, et il ne paraît pas de journaux. Le 4 juillet, anniversaire de la déclaration de l'indépendance, est célébré par des réjouissances nationales. Dans les états de la Nouvelle-Angleterre, un jour de l’année est aussi indiqué par le gouverneur pour ce qu'on appelle éhanks giving; tout ce que j'en sais, c'est qu’on y mange prodigieusement.

La chasse est non-seulement la récréation, mais encore l'occupation des habitants de la frontière , et ils sont très-adroits au fusil, ou plutôt à la longue carabine (rifle).

Ilest probablement plus facile de gagner sa vie aux États-Unis que dans aucune autre contrée. Le salaire des ouvriers est élevé : la journée du laboureur lui vaut de 5 à 7 fr. 50 cent.; dans le Sud, un bon charpentier, serrurier, etc., peut facilement se faire de 45 à 20 fr. par jour.

Le nombre des indigents est très-petit; la mendicité n'est pas permise.

Le gouvernement étant purement démocratique, il n’y a ni décorations individuelles, ni titres féodaux; mais ces derniers sont, jusqu’à un certain point, remplacés par les grades militaires, qui, dans le Sud surtout, sont répandus avec profusion. Lorsqu'en Floride je voyais passer un homme que, par sa mise, je jugeais devoir être un planteur, je demandais toujours : « Quel est le nom de ce colonel? » et je me trompais rarement.

La population des États-Unis était, en 1830, de 12,866,020, dont 2,009,043 esclaves, et en 4840, de 47,062,566, parmi lesquels 2,487,213 esclaves. Le tableau suivant en montrera la répartition par états, et l'augmentation qu’elle a subie depuis 4790, par conséquent en cinquante années.

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