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vé ; des bancs sont réservés pour les étrangers. L'on évite ainsi le bruit insupportable qu'occasionne le mouvement continuel des chaises. De plus, les membres dr l'église paient une cotisation mensuelle. Beaucoup de congrégations sont ainsi parvenues à amasser des sommes très-considérables en sus de leurs frais.
Le nombre des églises est d'environ treize mille; dans beaucoup de villes de dix mille habitants, l'on en compte de douze à vingt.
Parini les dénominations que nous avons énumérées , l’une de celles qui excitent le plus l'attention de l'étranger, soit par l’orgucilleuse simplicité du costume de ses sectaires, soit par la familiarité obligée de leur conversation, dans laquelle les titres de frère et d'an:i sont les seuls qu'ils puissent donner, est celle des quakers, que nous confondons à tort, en France, avec les shakers ou trembleurs. Longtemps persécutés en Angleterre, ils se réfugièrent en Amérique sous la conduite du vertueux Guillaume Penn , et achetant le sol des aborigènes, ils élevèrent la somptueuse Philadelphie, la ville des Frères-Unis. Les principes de stricte justice formèrent toujours la base de leurs rapports avec les naturels, et souvent, lorsque le sanglant tomahac portait la dévastation au milieu des villages des frontières , l'habit brun du quaker fut respecté même du guerrier indien excité par le sang et la furie du combat; or, pour lui, abandonner un scalpe qu'il peut arracher, c'est demander à l'officier européen de rejeter volontairement l'une des plaques et des décorations qui ornent sa poitrine et qui attestent de sa bravoure et de ses hauts faits. Le refus opiniâtre de porter les armes contre les Indiens attira même à la secte dont nous parlons de cruelles persécutions de la part des puritains de la Nouvelle-Angleterre. L'extréme sévérité de leurs principes permet d'exiger beaucoup d'eux ; aussi, dès qu'ils s'en écartent, le reproche d'hypocrisie leur est-il lancé de toutes parts.
Quant aux trembleurs, le ridicule de leurs cérémonies relipieuses se joint à leur continuel attentat contre les mœurs, lequel sera jugé plus sévèrement encore par l'homme politique : je veux parler de leur éternel célibat. Bien que partisan de la liberté la plus étendue, je ne sais si des hommes qui volontairement se rendent inutiles à la société, ont le droit de requérir sa protection. Quant aux cougrégations de femmes , le voile de la sœur de charité les couvre de son égide protectrice , et les autres se dévouent et travaillent à l'éducation des jeunes filles, et s'en acquittent, en France du moins, avec des soins et un zèle que l’on ne trouve pas toujours dans les établissements séculiers.
Au Canada, la dime ecclésiastique existe , et les couvents de femmes sont encore chaque jour , dit-on , les témoins de scènes de regrets et de désespoir qui a/fligent
l'humanité. Les camp meetings des méthodistes présentent aussi un spectacle intéressant au voyageur : chaque été des milliers de personnes de tout âge et de tout sexe se retirent dans les bois et consacrent plusieurs jours à la prière. L'on assure que des excès sont assez souvent commis dans ces réunions champêtres.
On voit souvent, en hiver, les anabaptistes creuser une excavation dans la glace qui recouvre les rivières, et y tremper les victimes de leur fanatisme religieux. L'on dit qu'un jour un superbe chien de Terre-Neuve, appartenant à un des néophytes, et qui ne pouvait sans doute se figurer que ce fût pour l'agrément personnel de son maître qu'on le plongeât dans l'eau par un froid de dix-sept degrés, s’élança à la gorge de l’officiant, qui ne dut son salut qu’à une prompte fuite, et en abandonnant une partie de su robe à la furie du bel animal, qui fut probablement mal récompensé de son dévoüment.
Il y a généralement en Amérique peu d'idées superstitieuses, l'on n’y croit pas aux revenants et fort peu aux sorciers ; mais malheureusement il n’en a pas toujours été ainsi , et les annales de la ville de Salem (Massachusetts) nous parlent de plus de vingt personnes cruellement punies de mort pour le crime imaginaire de sorcellerie. C’est avec peine que l’on voit figurer comme instigateurs de ces crimes judiciaires les ministres d'un Dieu de paix ; triste exemple du fanatisme puritain! Bien qu'aux États-Unis tous les cultes soient également protégés par la loi, cependent, dans quelques états, certaines conditions religieuses sont requises de ceux qui occupent des emplois publics. Ainsi, dans le Massachusetts et le Maryland, nul ne peut remplir d'emploi de ce genre s’il n’est chrétien. La loi du New-Jersey dit que nul droit civil ne pourra être refusé à un citoyen sous prétexte qu'il est protestant. Dans la Pensylvanie , le Mississipi et le Tennessée , avant que de confier aucune fonction publique, l'on exige du récipiendaire la déclaration qu'il croit en Dieu et en une vie future. Dans la Caroline du Nord , aucun individu ne reconnaissant pas la vérité de la foi protestante , la divine autorité de l'Ancien et du Nouveau-Testament , ou dont les principes religieux pourraient être incompatibles avec la liberté ou la tranquillité de l'état, ne peut obtenir de fonctions.
Quant à ceux qui considèrent un serment comme contraire à leurs principes religieux, l’on admet dans tous les états leur déclaration solennelle. Ceux qui, pour des raisons semblubles, ne croient pas devoir porter les armes, ont la permission de se faire remplacer, La forme du serment varie aussi suivant la croyance de la nation à laquelle appartient l'individu; ainsi, un Chinois prête serment en cassant un vase de porcelaine, ce qui est la coutume dans son pays.
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Les prêtres et ministres de l'Évangile ne peuvent faire partie de la législature dans le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord ni le Tennessée. Dans la Caroline du Sud, le Kentucky et le Mississipi , ils ne peuvent être ni législateurs ni gouverneurs ; dans le Missouri, le seul emploi qu'ils puissent occuper est celui de juge de paix. Dans les états de New-York, de Delaware et de Louisiane, ils ne peuvent remplir aucune fonction quelconque.
DES NOIRS
Dans le Sud , l’on s'occupe généralement assez peu de la croyance religieuse des esclaves ; aussi n’ontils aucune idée d’une vie future , et beaucoup croyent encore à leurs fétiches nationaux. Dans le Nord, la plupart des nègres sont méthodistes ; dans les grandes villes, ils ont des églises particulières pour leur usage.
DES INDIENS
Toutes les tribus de l'Amérique du Nord ont l’idée d’un être suprême qu'ils nomment généralement Manitoo ou Manitou. Ils croyent à une vie future ; le paradis pour eux est une forêt sans bornes, remplie de gibier, et, pour rendre la fête complète, je ne doute pas qu'ils n'ÿ placent quelques prisonniers à torturer.
Beaucoup de peuplades admettent des esprits secondaires ; ceux des Chippeways sont de deux classes : les grands, qui habitent l'île de Michilimakimac; et les petits. qui ont pour résidence l'une des îles du lac Supérieur.
Ils ne paraissent pas adresser de prières à la divinité, mais lui vouent souvent des objets dont ils ne veulent plus ensuite se défaire ; ainsi, leurs armes et les ornements de leur tête sont souvent manitou (4). Ceux des États-Unis et du Canada n'adorent pas d'idoles ; cependant l'on en a déterré de très-anciennes dans des tumuli, et l'or sait combien ce genre de superstition était répandu chez les Mexicains lors de la découverte du continent. Quelques rivières , et particulièrement celles d’Appalachicola et du Mississipi (dont les deux noms signifient en langue indienne Pre des eaux). m'ont semblé inspirer aux Indiens une sorte de respect religieux. Ainsi, par exemple, plusieurs fois des Chattahoutchis, en me montrant leur corps rongé par un fléau qu'ils doivent aux licencieuses habitudes des blancs, me faisaient signe que si la maladie était incurable, ils monteraient dans un canot, se couperaient la gorge et
(t) Ceci rappelle la coutume des iles de la Polynésie, où les objets ainsi voués à la divinité sont dits tabou.
se laisseraient tomber dans le fleuve. Il est assez singulier que ces deux rivières, qui, avec le Gange et le Nil, sont probablement, de la terre entière , les cours d'eau les plus infestés par les diverses sortes de crocodiles, soient précisément ceux que l'esprit de l’homme véuère, et sur les bords desquels se pressèrent de tous temps les populations les plus nombreuses.
Le catholicisme obtint parmi les Indiens des succès beaucoup plus marqués que les autres églises chrétiennes. Les imposantes cérémonies de cette religion, et surtout la représentation matérielle des objets divins, produit une forte impression sur leur esprit, car leur constitution physique est certainement méridionale, et les peuples du sud ont généralement besoin de sensations plus fortes que ceux du nord, qui, au contraire, peuvent se contenter d'un culte tout de contemplation. Il est, du reste, bien à déplorer que les missionnaires des diverses sectes chrétiennes , qui parmi les nations sauvages de l'Amérique Septentrionale , peuvent faire tant de bien, cherchent généralement à se nuire mutuellement au lieu de former un seul faisceau , et les Indiens, dans l'impossibilité de saisir les nuances qui séparent les branches d'une même croyance, ne peuvent que concevoir une faible idée d’une religion dont les divers ministres leur semblent étre si peu d’accord. À chaque instant un missionnaire catholique ou ép:3copal est remplacé dans une tribu par un presbytérien ou un méthodiste, et à chacun de ces changements, le nouveau titulaire, au lieu de continuer les travaux de son prédécesseur et de chercher à adoucir les mœurs des naturels, et à les faire renoncer au manitou, dirige le plus souvent tous ses efforts vers la destruction de l'ouvrage de son devancier , et obtient pour seul résultat d'extirper les premiers germes de la foi chrétienne que celui-ci avait implantés. Quand est-ce que, tous réunis sous une même bannière, les ministres d'un mème Dieu uniront leurs efforts pour le triomphe du christianisme , sans s'occuper des différences de sectes entièrement incompréhensibles pour des idolâtres!
Lorsqu'en septembre 1838 je relevai les eôtes du Michigan , je vis sur les bords du lac Huron une roche blanche de forme carrée, et située devant un banc calcaire ; cette roche est regardée comme sacrée por les Indiens , et ils viennent encore trèsfréquemment y déposer leurs offrandes.
Les prodigieuses cataractes du Niagara étaient autrefois pour eux le séjour du Grand-Esprit, car l'homme ignorant et barbare a besoin d'être effrayé pour croire à un créateur ; pour lui, la divinité ne se montre que dans les grandes convulsions de la nature, il ne la comprend qu'accompagnée du déchirement des éléments;
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tandis que, pour l'esprit éclairé, Dieu est partout, aussi bien dans la mousse modeste que dans les éclats de la foudre, dans le doux gazouillement de l'oiseau de même que dans le tonnerre volcanique. Le philosophe adore Dieu et l’admire, le Sauvage ne le conçoit que lorsqu'il a peur.