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DES RAPPORTS DES HOMMES AVEC LES CONDITIONS EXTÉRIEURES

Je ne dirai que peu de mots sur ce sujet, qui ne se rattache qu'iudirectement à mon plan. Dans une contrée aussi vaste que celle dont nous nous occupons, l’on trouve toutes les variétés possibles de sol et de climat; cependant ce dernier offre deux caractères particuliers.

4° Les changements si subits qu’éprouve la température; ce fait est non-seulement propre aux parties septentrionales du continent, mais on le ressent également sous les latitudes les plus rapprochées des tropiques , telles que la Floride et la Louisiane, À New-York et à Boston, les changements sont quelquefois de quarante degrés (Farenheit) dans les vingt-quatre heures ; on a cherché à expliquer ces variations par la présence des grands lacs et des fleuves du Canada , qui effectivement comprennent plus de la moitié de l’eau douce répandue sur la surface du globe. Il est aussi avéré que le climat éprouve de notables changements à mesure que le pays se peuple, et que les immenses forêts qui couvrent presque toute la partie située entre l'Atlantique et le Mississipi tombent sous la hache du bücheron.

Et 2, bien que, dans les parties boréales du continent, les étés soient trèscourts, on y éprouve cependant une chaleur égale à celle des par’ies tropicales : ainsi le thermomètre monte tous les ans de 95 à 105 degrés (Farenheit) sur le lac Supérieur et dans le Ouisconsin.

Aucun paysau monde n'est mieuxarroséque celui-ci : à l’est ses côtes sont baignées par l'Atlantique, au sud par le golie du Mexique, au nord lesgrands lacs lui servent de frontière sur une étendue de trois cents lieues, et à l'ouest sa partie civilisée est arrosée par le Mississipi, qui, en y joignant le Missouri qui est sa véritable continuation , a un cours de quatre mille quatre cent quatre-vingt-dix milles.

Les montagnes de l'Amérique Septentrionale ne sont pas généralement très-élevées ; cependant l'on assure que quelques pics des montagnes Rocheuses atteignent une élévation de plus de vingt mille pieds, bien que la hauteur moyenne de cette chaîne ne soit guère que de la moitié.

Les scènes de la nature sont, en Amérique, bien supérieures en grandeur à celles de l'Europe; rien ne peut donner une idée de la majesté de ses lacs gigantesques, de la grandeur du Mississipi et du Saint-Laurent, de la beauté de l'Hudson , etc.

Nous ne nous étendrons pas ici sur l'histoire naturelle de l'Amérique du Nord : nous dirons seulement quelques mots sur les races d'animaux dont l'existence est intéressante à l'homme.

Le bison ( bos americanus), que l'on nomme aux États-Unis buffulo, était autrefois répandu sur tout le nord du continent ; aujourd’hui l'on n'en trouve plus en deçà du Mississipi, si ce n’est dans les régions encore presque inconnues qui avoisinent le fac Supérieur. Il est à remarquer que , tandis que ces énormes animaux ne peuvent exister dans le voisinage des blancs, ils semblent ne pas diminuer en nombre, mais au contraire multiplier à un point excessif , là où les Indiens sont les seuls occupants, malgré la guerre d’extermination qu’ils ne cessent de leur faire.

L'espèce de la famille des cerfs que l'on trouve répandue sur tout le continent est le daim de Virginie, dont le jeune est couvert de taches blanches. Ces animaux se livrent des combats furieux, et il n’est pas très-rare d'en trouver dont les bois se sont tellement entrelacés les uns dans les autres , que , n’ayant pu se dégager , les deux combattants sont morts de faim dans cette position. Dans les parties du Nord et de l'Ouest, l'on rencontre deux autres espèces de très-grande taille, qui sont l'élan , ou moos deer, et le wapiti. Une autre encore habite les régions de l’ouest des montagnes Rocheuses.

Les ours sont assez cominuns dans les lieux écartés. L'espèce qui seule habite les États-Unis proprement dits est le petit ours noir, entièrement inoffensif. A l'ouest du Mississipi l'on trouve l'ours féroce (grizzly bear), qui est très-redouté des chasseurs et des Indiens. Le gigantesque ours blanc ne s'étend pas au sud de la baie d'Hudson,

Les chevaux sauvages sont communs dans l'Ouest , et l'on dit qu'il en existe encore dans quelques parties du Michigan. Les Indiens de la Floride m'ont assuré que ces animaux abondaient autrefois dans cette contrée marécageuse , mais qu'ils les détruisirent à une époque assez récente, ne pouvant autrement garder leurs

propres chevaux, qui continuellement allaient rejoindre leurs compagnons plus libres. Du reste, ils sont tous également descendants de race européenne.

Parmi les diverses espèces de chats, le couguar ou puma , appelé con aunément panthère , est la plus remarquable ; elle attaque rarement l’homme , et seulement lorsqu'elle est blessée. Cet animal est entièrement fauve, mais dans son jeune âge sa peau est couverte de taches arrondies ; il est répandu sur tout le continent de l'Amérique , depuis le Brésil jusqu'au Canada.

Le jaguar, ou grand tigre d'Amérique, ne s'étend pas généralement au nord du Mexique ; cependant l’on assure que quelques individus de cette espèce ont été tués dans les parties occidentales de la Louisiane.

Le chat sauvage (felis rufa) est assez commun, et on le chasse pour sa fourrure,

Les autres animaux qui sont dans ce cas sont particulièrement le castor, le raccoun , le rat musqué, le renard et l'hermine.

En 1742 l'on exporta 450,000 peaux du premier ; mais cette race tend à se perdre , étant l'objet d’une chasse continuelle, et en 4829 le nombre de peaux ne dépassait pas 45,000. Quant au rat musqué, près d'un million en sont envoyées chaque année en Europe.

Le raccoun ou raton est souvent servi sur la table, ainsi que l'écureuil ; mais le lapin inspire généralement du dégoût aux Américains.

Les loups sont assez rares dans les parties habitées de l'Amérique, et n’ont rien de la férocité de ceux d'Europe. Le chien des prairies est une jolie petite espèce de ce genre, que l’on trouve dans les régions de l'Ouest.

Lus Indiens ont un grand nombrede chiens, qu'ils élèvent non-seulement comme compagnons, mais encore comme objets de nourriture. Dans le Nord ils les attèlent aussi aux traîneaux. Fort peu sont de race pure; ceux-ci ressemblent à notre chien de berger.

Les cochons sont élevés en grand nombre, leur viande étant très-estimée ; les Américains les laissent courir en liberté dans les rues des grandes villes, et même dans celles de New-York.

Parmi les oiseaux, le plus remarquable est l'aigle à tête blanche, qui sert d'armes aux États-Unis.

Les reptiles sont généralement communs dans l'Amérique du Nord. Chacun à entendu parler du serpent à sonnettes, dont la morsure est presque toujours mortelle. L'alligator ou caïman abonde dans les rivières et les marécages du Sud ; il atteint or-

dinairement de douze à quinze pieds de long. La Caroline du Nord , où il est déjà fort rare, semble être son extrême limite septentrionale.

Le mousquite est un véritable fléau , non-seulement dans le Sud , mais encore à New-York et dans le Nord.

Je ne m'étendrai pas davantage sur le sujet de l'histoire naturelle de l'Amérique Septentrionale, que je traite dans un travail spécial qui sera publié prochainement, ( Mémoires scientifiques sur l'Amérique du Nord.)

Souvent, en écrivant cet essai, mes pensées se sont , à mon insu , portées vers l'avenir, et je me suis dit avec un sentiment pénible : N'est-il pas possible qu'un jour,

à une époque éloignée sans doute , mais qui, cependant, ne formera qu'un point

dans l'immensité des âges , les noms de Rome et d'Athènes ne soient oubliés , que le voyageur ne cherche vainement le lieu où furent et Paris et Londres, et qu'alors le centre de la civilisation ne soit quelque part entre le Mississipi et les montagnes Rocheuses !

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