MAGASIN À KEY WEST
Key-West est un ilot situé dans le golfe du Mexique et qui peut être considéré comme faisant partie des Antilles, bien qu'il appartienne aux États-Unis ; sa position à l'entrée du golfe du Mexique lui donne une importance réelle. Il fait partie d'un petit groupe d'iles distribuées le long de la côte, et appelées the Florida Keys. Ce petit archipel se termine à l'occident par les récifs des Tortugas.
L'ile qui nous occupe a sept milles de long sur deux de large ; l'extrémité orientale est divisée par un chenal dans lequel la mer s'introduit et entretient un marais salant qui couvre un tiers de l'ile; la partie occidentale est assez bien boisée, mais pierreuse ; le sol est très-stérile ; les orangers a’y portent pas de fruits, mais l’on y trouve quelques cocotiers.
Le village, qui est situé à l'angle nord-ouest de l'ile, ne fut incorporé qu'en 1829. Il contient un hôtel-de-ville, une prison , deux magasins, dont l’un de très-grande dimension et que nous avonfiguré planche xr. Les maisons sont en bois et au nombre d'une centaine. 1 y a sept à huit cents habitants, parmi lesquels l’on compte des marchands , des médecins et un grand nombre d'avocats : mais l'ile doit toute sa prospérité à une circonstance particulière et qui montrera qu'il est rare que le bien fait à l'un ne soit pasle résultat du malheur de l’autre : effectivement, c'est aux naufrages si fréquents dans ces parages que ce petit ilot doit sa richesse. De nombreuses barques sortent continuellement de son port sans autre objet que de rechercher les navires en danger. Il y a peu d'années encore, le wrecker, c'est ainsi que l’on nomme ces embarcations , s'approchait du vaisseau naufragé et proposait un marché : si le capitaine refusait les conditions onéreuses auxquelles on attachait le secours qu'on lui proposait , le wrecker s'éloignait et courait des bordées en faisant entrer dans son calcul sordide la force de chaque lame, les craintes des passagers, etc.; chaque planche enlevée était pour lui une bonne fortune, car lorsqu’enfin il se voyait rappelé, ses prétentions augmentaicnt en proportion de la détresse des malheureux que, dans sa barbarie, il n'arrachait à la mort qu'après avoir obtenu l'abandon de tout ce qu'ils possédaient. Aujourd'hui, pour remédier à ce mal, l'on a établi à Key-West une cour de justice spécialement chargée de connaître les aïaires de sauvetage, et tout arrangement particulier fait d'avance est considéré comme nul par ce tribunal ; mais ce remède n'est qu'illusoire, car toutes les affaires étant jugées par le jury, et tous les habitants étant intéressés d’une manière ou d’une autre dans les questions de ce genre, la ruine du naufragé n'en est pas moins le résultat immanquable du procès.
L'on aurait tort de croire , d’après le nombre des sinistres, que ces mers sont fréquemment agitées par les ouragans et les tempêtes , elles sont au contraire remarquables par la tranquillité pres— que perpétueile de leurs eaux, et c'est par le calme le plus profond que la plupart des désastres ont lieu : des courants d'une violence extraordinaire portent constamment vers la côte de la Floride,
et c'est trompé par la beauté du ciel que le navigateur s'endort trop souvent au sein de la sécurité et n'est réveillé que par le talonnement de son navire sur les bas-fonds et les bancs de sable ; en tout l'on ne saurait se tenir trop éloigné de cette côte, sur laquelle périt chaque année dix fois plus de navires que dans les parages les plus agités du globe,
Le climat de cette ile passe pour très-malsain , et à plusieurs époques la fièvre jaune y à fait de grands ravages.
Un bateau de poste régulier a été établi entre Key-West et Saint-Marck ; il part tous les quinze jours, |
Le poisson abonde dans la mer voisine, et l'on y trouve aussi beaucoup de belles tortues. La muuière de se procurer ces dernières est la suivante : une légère embarcation sort du port pendant la plus grande chaleur du jour, et ne tarde pas à rencontrer des tortues endormies sur la surface des eaux ; on s'en approche avec précaution , et si l’on à pu en saisir une, on la retourne sur le dos, et l'on continue la chasse. Lorsqu'on s'en est procuré un nombre suffisant, l'on revient sur ses pas et l’on remorque , au moyen d'une corde , les tortues qu'on a laissées en arrière et qui sont restées immobiles sur le dos. L'on parle beaucoup aussi d’une sorte de congre dont la morsure serait venimeuse ; mais je pense qu’il faut attacher peu d'importance à ces récits de pècheurs.
Il n'y a que très-peu de bestiaux sur l'ile, et l'on ne peut généralement s’y procurer de viande fraiche ; les légumes y sont aussi apportés du marché de la Havane, ce qui fait que tout y est à un prix excessif,
La malignité du climat peut se concevoir lorsque l'on songe que le village n'est guère situé à plus de cinq pieds au-dessus de la mer, et qu'il y a un étang assez considérable à son centre, avec une température dont la moyenne est plus élevée que celle de la Havane. II faut aussi ajouter l'ennui ou plutôt la véritable souffrance produite par les moustiques et les puces irrilantes, pour sc faire une idée de l'agrément du séjour, Du reste, le ciel est presque constamment pur, et les nuits sont souvent très-fraiches. Les personnes nouvellement arrivées ont encore à éprouver une sensa— tiou assez pénible, qui consiste en une extrême irritabilité de la peau,
Je me suis étendu sur la description de ce petit point, parce que je crois qu'aucun voyageur ne l'a encore publié, et aussi à cause de la grande importance qu'il a pour le commerce, à cause des relâches forcées que les navires n'y font que trop souvent. Je dirai aussi, pour les mèmes raisons, quelques mots sur Indian-Key, autre ilot du raême groupe qui est aussi habité. li se trouve indiqué sur les vieilles cartes sous le nom de Matanzas , et, à une époque déjà ancienne, l'équipage d'un navire français s'y étant perdu, fut massacré par les Indiens Caloosas qui alors l'habitaient. Sa distance de Key—West est de soixante-quinze milles vers l'ouest. Ce n’est, du reste, qu'un rocher d'environ douge acres d'étendue. Lorsque les blancs s'y établirent, il n’y existait pas un atôme de sol végétal; on en apporta des iles voisines, et l'on pécha de :la boue du fond de la mer : aujourd'hui l’on y trouve des cocotiers, des bananiers, des orangers, etc., mais pas un buisson ni un animal sauvage, si ce ne sont les ours qui viennent quelquefois à la nage de la côte voisine. I n'y a que trente blancs et une vingtaine d'esclaves; les maisons sont au nombre de douze. Les habitants ne vivent que du produit des naufrages, si abondants sur tonte cette côte.
Malgré son peu d'importance numérique, cette population envoie ‘n député à l'assemblée des Florides ,.et.cet étæblissement est le siège d'un comté, a une cour de jusir” et possède cinq ou six avocats; il est défendu d'y vendre de l'eau-de-vie aux matelots. Cet tlot n’est qu’à un tiers de mille de la petite île de Matacombé , et comme le bras de mer qui les sépare n'a qu’un pied de profondeur à la basse marée, on pense à les joindre au moyen d'une chaussée. Le climat est fort
beau et sain; l'on assure que la chaleur y est constamment modifiée par des vents (trade Winds qui y soufflent constamment, et un habitant instruit m'a assuré que le thermomètre n'était jamais monté au-dessus de quatre-vingts degré de Farenheit, ni presque jamais descendu au-dessous de cinquante; il ne citait qu'une seule exception à ce dernier fait, arrivée plusieurs années auparavant , et où cet instrument n'en avait indiqué que quarante-huit,
Mais, depuis lors, cette île a éprouvé un désastre qui n'a été que trop commun depuis quelques années dans ces malheureuses régions. Les Indiens Séminoles l'attaquèrent en 1839 durant la nuit, et presque tous les habitants tombèrent sous le sanglant tomahac; quelques uns parvinrent à se réfugier sur les iles voisines, mais pendant trois jours les Sauvages continuèrent à les chercher , et bien peu échappèrent à une mort d'autant plus affreuse c'e leurs barbares ennemis firent tout ce qui était en leur pouvoir pour prolonger leurs tortures.
PLANCIL£ XII,
LA GHATTAKG :VORIE,
Ces chutes sont situées au-dessus de Columbus ; la rivière, qui est fort large et peu protunde en cet endroit , se précipite avec furie au milieu d'une immense quantité de roches en partie submergées ; elle forme la limite entre les États de la Géorgie et d'Alabama.
La scène est fort belle, et le lieu était, il y a peu d'années, le séjour favori de nombreuses fa— milles indiennes.
Les bateaux à vapeur remontent d'Appalachicola jusqu’à ce point, et sans ces chutes la navigation pourrait être continuée à cinquante lieues plus loin.