‹ Vues pittoresques de la cathédrale de Paris et details remarquables de ce monumentChapitre 1 sur 5 · ÉGLISE CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

ÉGLISE CATHÉDRALE

A. CETTE ÉPOQUE où Ics Natioiis Gauloiscs, encore sous la domination des Césars, voyaient à-peine se dissiper les erreurs du Paganisme, les premiers Chrétiens, en butte aux plus affreuses persécutions, et presque sous la hache des bourreaux, ne pouvaient rendre hommage au vrai Dieu que dans 1 ombre du mystère : leurs temples n’étaient alors que de vastes souterrains ou des cryptes profondes; et tel fut le berceau de l’Église de Paris, fondée par Saint Denis vers le milieu du troisième siècle.

Mais à-peine Constantin eut-il arboré fétendard de la croix et donné la paix à la Chrétienté , que des Monumens religieux plus dignes de leur objet s’élevèrent librement de toutes parts; c’est alors que fut construite la première Basilique de Paris, sur les bords de la Seine, à peu de distance, à ce que l’on snppose, de celle qui existe aujourd’hui. Devenue trop petite pour le nombre toujours croissant des fidèles, un nouvel Édifice plus vaste, et dont rien n’égalait la magnificence, si l’on en croit l’évêque Fortunat, historien et poète contemporain, fut bâti en 555, par Childebert, à la sollicitation de Saint Germain, évêque de Paris, sur les ruines d’un ancien temple de Jupiter (i). Cette Église, dévastée par les peuples du Nord qui ravagèrent la France en 875, et presque entièrement détruite, subsista cependant, à l’aide de réparations successives, encore

(i) Cliilclebert, quelque temps auparavant, avait publié un édit par lequel il ordonnait la destruction lolale des idoles et des temples érigés aux dieux des Romains ( FÉlibien, Hist. de Paris, T. II , p. 2b ).

Des fouilles faites eu lyii sous le cbœur de l’Église actuelle firent découvrir divers débris de monumens du Paganisme , des inscriptions et des bas-reliefs curieux, sur lesquels Monifaucoii , Leibnitz, Baudelot , le P. Lohineau et autres savans ont publié des dissertations.

La plupart de ces débris, conservés par l’Académie des Inscriptions jusqu’en 178g, furent recueillis, k cette époque, par M. Alex, le Noir, dans le Musée des Monumens français.

près de trois siècles, c’est - à - dire jiisc|ii’eii rannée 1164, époque à laquelle Maurice de Sully parvint à rE])iscopat. Cet illustre Archevêque (2) conçut le projet de rebâtir sur un plan tout nouveau, et dans de plus grandes proportions, la Cathédrale de Paris. Secondé par la générosité des Princes de son temps et du Peuple, il jeta les fondemens de celle qui existe aujourd’hui sur le même emplacement que la précédente; le pape Alexandre IIÏ, alors réfugié en France, en ])osa la première pierre en ri63; les travaux s’exécutèrent lentement. Maurice de Sully, mort en 1 196, n’eut j)as la gloire de voir achever son ouvrage; et cette entreprise, souvent interrompue j)ar les guerres, les troubles intérieurs et le manque d’argent, paraît n’avoir été entièrement terminée qu’au bout de deux siècles; malgré ce long espace de temps, cette foule d’obstacles qu’il fallut vaincre, le changement d’architectes et les variations du goût, introduites successivement dans l’art de bâtir, cet immense Edifice est un de ceux du même genre qui joint, â l’aspect le plus imposant, le plus d’unité et d’accord dans son ensemble.

Beaucoup d’historiens ont décrit l’Eglise Cathédrale de Paris ; peu l’ont considérée sous le rapport de l’art, ou ce qu’ils en ont dit décèle presque toujours l’ignorance ouïes préjugés du temps; cependant, redevables â nos devanciers des nombreuses recherches et des faits curieux dont ils nous ont conservé la connaissance (3) , nous avons dû souvent, dans cette nouvelle description d’un des monumens les plus importans du moyen âge, nous approprier une partie du fruit de leurs laborieuses veilles, heureux si nous avons pu y ajouter quelques réflexions neuves , quelques considérations utiles.

(2) Maurice de Sully naquit à Sully, petite YÜle sur la Loire, d’une famille obscure; mais

sa science et sa vertu l’élevèrent à l’Episcopat, et le lii'ent succéder à Fierre Lombard à l’Evêclié de Paris. Il était libéral et magnifique; outre la Cathédrale de Paris , il fonda plusieurs abbayes. Il fut inhumé dans l’Eglise de PAbbaye de Saint-Victor, où l’on voyait son épitaphe.

(3) Nous citerons particulièrement la Description historique de l’Église métropolitaine de Paris , publiée en 1821 par M. Gilbert, i fort volume in-8.0 , où l’on trouve réuni , non seulement un choix judicieux des documens publiés dans les ouvrages précédons, mais encore des rectifications utiles, des inexactitudes échappées aux premiers écrivains, ainsi que des descriptions et des relations historiques sur les faits postérieurs qu’il n’est pas moins intéressant de connaître.

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