‹ Vues sur le systeme genral des operations industrielles ou plan de technonomie;Chapitre 9 sur 17 · TITRE VII · texte numérisé non relu

TITRE VII

Résumé des titres précédens) Considérations générales sur la Technonomie.

Il résulte de ce qui précède, que toute opération manufacturière, de quelque nature qu’elle

soit, consiste uniquement dans l’emploi d’une seule chose , qu’on ne définit point , et qu’on appelle force.

L’industrie en fait usage sous toutes les modifications qu’elle peut affecter matériellement, tantôt, comme nous l’avons déjà dit, lorsqu’elle produit des effets ou des mouvemens dans l’espace, et tantôt lorsqu’elle s’exerce mystérieusement entre les molécules des corps. En dernière analyse, c’est là l’agent et le seul agent immédiat de toute production industrielle.

L’art , dans le système général de cette production, consiste donc évidemment dans la manière de régler cette force, de l’approprier, de la modifier conformément aux vues de celui qui opère. D’où viennent ses progrès? D’une connoissance plus approfondie de la force dans le mode d’emploi sur lequel l’art est fondé.

On sait bien où l’on peut apprendre à connaître les lois générales de cette force, indépen- <lamment de toute application industrielle ; on sait aussi où l’on peut en voir l’usage, sans qu’on y puisse apprendre à la connaître, sans qu’on y sache ordinairement comment elle opère : et en effet, d’un côté le sanctuaire des sciences physiques spéculatives est ouvert , et de l’autre , la pratique des ateliers , ainsi que les moyens de

copier leurs procédé , sont à la portée de tout le inonde.

Ainsi, s’il ne s’agissait, pour hâter les pro^ grès des arts, que de connaître ou les lois générales de la force , dans ses rapports avec les phénomènes de la nature et dans des vues purement spéculatives , ou hien les diverses manières empiriques d’en faire usage dans chaque genre de production industrielle , il ne resterait rien à faire pour l’instruction des hommes qui se destinent à la carrière des arts; la science dont nous essayons de donner ici une idée générale, n’aurait aucun domaine spécial. Mais l’intervidle qui sépare les sciences naturelles de la routine des arts immense ; il faut jeter du jour sur les relations nécessaires qui les lient; s’il est diffîcile que la spéculation pure les démêle et y porte la lumière , il est impossible que l’empirisme les comprenne et sorte des voies que d’aveugles traditions lui ont ouvertes.

L’esprit a donc besoin d’être guidé par un corps de doctrine fondé sur l’étude des arts mêmes, pour passer de la contemplation de la force qui anime tout le travail de la nature, à l’examen des travaux dans lesquels l’homme met' luî-tnême cette force en jeu , et pour apprendre à en régler l’action conformément aux

lois immuables qui régissent cette grande variété de modifications qu’elle présente dans les difïérentes opérations de l’industrie.

Ces considérations nous paraissent non-seulement assigner d’une manière générale le domaine de la technonomie , mais encore poser les limites précises qu’elle ne pourrait dépasser qu’en empiétant sans utilité sur les sciences naturelles, ou qu’en .s’égarant, sans aucun fruit, dans les manipulations spéciales et dans les plus petits détails de toute espèce d’arts et de métiers.

Ainsi la technonomie, dans sa partie purement technique, déroule devant elle le tableau général des opérations de l’industrie ; elle eu étudie les agens; elle explique leur action par les principes qu’elle emprunte aux sciences physiques spéculatives, et s’arrête invariablement là où les lois de la nature cessent d’être ou de pouvoir être les ressorts principaux du travail , et où commencent nécessairement celui de la main et l’adre.sse individuelle que donne l’apprentissage d’un art ou d’un métier quelconque.

Les agens mécaniques et les agens chimitjues dont nous avons parlé, représentent la force en' exercice dans la production industrielle ; il est donc permis de conclure, comme nous l’avons

fait, qu’une connaissance approfondie de ceS agens.dans leurs applications immédiates aux travaux de l’industrie, comprend une théorie complète, générale des manufactures ; qu’elle met par conséquent à même d’expliquer et de diriger, avec cette sécurité que donne l’intelligence des causes, toutes les opérations des arts. Et, en effet, que resterait-il à faire à quiconque aurait cette connaissance , pour être un habile manufacturier? d’aller recueillir dans les ateliers de la branche d’industrie à laquelle il se destinerait,. les documens pratiques, les tours de main, en un mot la méthode de /aire qu’on n’apprend point sans voir et sans voir long-temps, souvent même sans faire soi-même.

Remarquons bien qu’il ne s’agit, dans l’étude de ces agens, ni de se placer en dehors des faits qui rentrent dans la théorie directe des opérations manufacturières , ni de les étudier sous les divers points de vue qu’ils peuvent présenter d’une part aux spéculations de l’esprit, et d’autre part à l’adresse du travail individuel.

Ainsi, l’on n’a point à étudier, par exemple, la vapeur, Voir, Veau, le mouvement , etc., etc , dans tous les faits et les déductions que la chimie ét les sciences physico-mathématiques explorent, mais simplement dans leurs rapports

avec l’usage qu’en fait ou que peut en faire l’industrie ; l’on n’a point non plus à montrer à fabriquer une roue hydraulique , ou une machine à -vapeur; à montrer à filer ^ à tisser, à tondre, à laminer, à distiller, à teindre ou à fondre, comme métiers ; mais bien à expliquer les principes d’action et l’usage des machines , les difSérens genres de construction ; à faire la comparaison et la critique de chacun ; à exposer la théorie de chaque opération , le but qu’on se propose, les -divers appareils qu’on emplpiç ou qu’on peut employer; enfin la perfection qu’on atteint ou qu’on peut atteindre.

Mais il ne suffit pas de savoir produire, il jfaut encore produire avec le plus d’économie et le plus d’avantages possibles ; c’est sous ce dernipr point de vue qu’il nous reste maintenant à considérer la technonomie.

Les sciences agissent, s’il est permis de le dire, sur elles-mêmes, et n’ont de relations qu’avec elles-mêmes ; les arts n’existent et ne prospèrent que par leurs relations avec les besoins de la consommation ; aussi les règles d’une bonne administration économique doivent-elles toujours dominer et tracer la marche technique d’une entreprise industrielle quelconque , pour en assurer et en étendre le succès.

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