‹ Vues sur le systeme genral des operations industrielles ou plan de technonomie;Chapitre 10 sur 17 · DE L’ÉCONOMIE MANUFACTURIÈRE · texte numérisé non relu

DE L’ÉCONOMIE MANUFACTURIÈRE

Introduction^

Avant il’aborder le sujet de l’économie ma-* tiufaclurière que nous allons tâcher d’esquisser* et de distinguer de tout autre sujet analogue , en marquant les limites que la raison et l’observation attentive des faits semblent lui prescrire, il est nécessaire d’expçser brièvement nos vues sur la science économique ^ envisagée sous les divers rapports qu’elle peut présenter.

La science économique a pour objet l’étude des moyens qu’emploient les hommes pour améliorer leur sort, et de ceux qui peuvent servir à augmenter leur aisance ou leur fortune , tant sous le rapport de l’intérêt privé que sous celui de l’intérêt public. •!

Améliorer son sort est, comme le dit Smith , une tendance naturelle de l’homme et le principe de vie de toute société. S’il y a pour quelque individu aberration dans cette ten-«

( ÏOO )

dance, il n’y a jamais pour aucun refus absolu de s’y soumettre.

Deux seules voies légitimes lui sont ouvertes pour se procurer à lui-même cette amélioration ; i“. 4’économie de ses dépenses; a®, l’activité et l’habileté de son travail.

Ainsi l’économie et le travail sont les sources premières de toute prospérité ou de fortune privées. Ils le sont aussi, en dernier résultat, de la fortune publique. ' ' ■ «

l^es individus ou les familles, considérés iso'^ lément et dans leur conduite privée,^ puisent à l’une et à l’autre > de ces sources, mais ne consultent que leur propre intérêt sans se croire obligés d’y comprendre celui des autres. Il y a dès-lors dans la société autant d’intérêts divers, et même opposés sous quelques rapports, qu’il y a d’individus ou de familles. A leurs yeux , la prospérité de l’un ne dépend point de celle de l’autre; elle parait même contraire. Il faut s’élever à de plus hautes réglions pour voir tous les intérêts individuels d’un peuple dans une dépendance réciproque et indissoluble.

Là, il faut le dire, les calculs de l’intérêtprivé disparaissent; il ne s’agit plus de savoir comment s’aoquieit la fortune individuelle,

( lOÏ )

Ainsi que doit le savoir le chef d’une faindle ou d’une entreprise quelconque, mais de reconnaître quels sont les moyens de mettre chaque membre de la société dans le cas d’améliorer sa fortune ou d’acquérir de l’aisance par le travail. Un peuple ne serait pas dans un état prospère parce qu’une portion de ce peuple jouirait d’une immense fortune avec économie ou la dépenserait avec profusion, mais bien lorsque tous les individus jouissent chez ce peuple de quelque aisance qui leur permette au moins de se procurer les douceurs ordinaires de la vie..

La science économique se présente donc sous trois rapports généraux; savoir: i°. sous celui de Y économie domestique y quiapourhutde^éjournellement moins son revenu , sous

quelque forme qu’il ait lieu ;

2 ®. Sous celui de Y économie industrielle, dont le but est de produire le plus, avec le moins de dépense qu’il est possible ;

3®. Enfin sous le rapport de Y économie politique, qui ne peut avoir pour but que Y aisance générale^

Il importe grandement, selon nous, de ne pas. confondre ces trois rapports divers , puisqu’ils ne donnent rigoureusement lieu ni aux mêmes observatiaos, ni aux mêmes conséquences»

"V économie domestique tend à accumuler des capitaux pour chaque famille, et par conséquent à augmenter progressivement la masse générale des capitaux de la société ; Y économie industrielle, à les employer fructueusement dans des entreprises particulières; Y économie politique , à en favoriser généralement l^emploi et la répartition par le travail.

Les deux premières montrent les règles d’une bonne administration, dans l’intérêt exclusif de chaque individu ou de chaque famille; la troisième, dans les intérêts réunis de la société toute entière.

Or, tant qu’on voudra confondre l’économie politique avec les deux autres branches de la science économique dont nous venons de parler, il arrivera fréquemment dç trouver à une même question des solutions différentes et quelquefois opposées, selon qu’on sé' mettra' dans le point de vue spécial de l’économie domestique , ou dans celui de l’économie industrielle. De là peutêtre le défaut d’accord qu’on remarque dans les ouvrages d’économie politique. Si l’on traitait donc chaque branche de la science économique dans le point de vue qui lui est propre^ nous pensons qu’on éloignerait de l’ééonomie politique tin assez grand nombre de questions con-

Iroversées, et qui le seront aussi long-temp* qu’on ne se placera pas sur le même terrain pour discuter.

On ne peut néanmoins disconvenir que ces trois branches de la science économique n’aient entre elles des relations intimes et nombreuses; mais chacune a une marche et des principes qui la caractérisent : les déductions de l’une ne sont pas toujours applicables à l’autre ; et dans bien des cas, faire d’un principe général d’économie domestique ou industrielle, un principe d’économie politique , ce serait un paralogisme insoutenable. Ainsi, par exemple, restreindre le plus possible ses consommations d’utilité ou d’agrément, et acheter au plus bas prix possible, est une règle d'économie domestique : l’individu , la famille qui la suivent, peuvent y trouver leur bien-être, le maintien ou l’accroissement de leur fortune ; mais faites-en une règle d’économie politique, vous sacrifiez les intérêts de tous ceux qui vivent des objets de consommation dont on se prive , et dont le prix est avili.

Employer le moins de bras possible pour un travail quelconque, en payer le plus petit salaire , et en vendre les produits le plus cher possible, est une règle d’économie industrielle, îiaus ne pensons pas qu’on puisse jamais, en

( io4 )

bonne logique et de bonne foi, en faire une règle d’économie politique.

Si donc chaque individu, chaque famille d’un état, se soumettaient entièrement aux. règles les plus sévères de l’économie domestique ; si chaque entreprise pouvait suivre librement et rigoureusement celles de l’économie industrielle , on ne voit point où pourrait s’arrêter le déclin d’une nation qui présenterait ce phénomène économique. Mais par une admirable combinaison de sentimens et d’intérêts divers, les penchans et les besoins sociaux de toutes espèces pour l’économie domestique et pour l’économie industrielle , la grande variété de travaux que ces penchans et ces besoins excitent d’un côté , et de l’autre, la concurrence dans les entreprises, multipliées sur tous les points, tempèrent la rigueur des règles, et mettant d’accord des in» téréts qui semblent désunis et opposés, les font marcher de concert vers la prospérité publique. Tel est le mécanisme social dont l’économie politique est appelée seule à considérer et à favoriser le mouvement, sans pouvoir jamais prétendre lui imposer légitimement une direction spéciale, et chercher ainsi à imiter le chef de famille ou d'entreprise dans celle qu’il donne> à la marche de ses affaires. Aux yeux de l’éco-i

( ïo5 )

homic politique, telle que nous la comprenons^ l’homme n’est jamais un moyen, mais un but.

Nous ne pouvons nous arrêter plus long-temps sur les distinctions fondamentales qu’il importe de faire dans l’étude économique, pour ne pas tomber dans l’erreur grave de soumettre à une théorie commune, des faits de nature fort différente. Ce que nous en avons dit, suffira, nous l’espérons, pour justifier le point de vue sous lequel nous nous proposons d’examiner l’économie manufacturière , et pour marquer les bornes qu’il nous a paru utile et même nécessaire de lui assigner.

- Ajoutons • cependant que l’économie manufacturière n’est qu’une branche de d’économie industrielle', qui, ainsi que l’industrie générale elle-même, doit être considérée sous trois points de vue distincts; savoir: sous celui, i<>. de l’agriculture: économie ruTxile ; a°. des manufactures: économie manufacturière-, et 3”. du commerce pur: économie commerciale.

L’économie rurale et l’économie commerciale comportent chacune un traité particidier , et sortent du domaine de la technonomie , par les raisons que nous avons données au commen-* cernent de cet ouvrage, et qui peuvent s’appli-

quer à l’économie du travail, comme aux divers modes de l’exercer, f <

TITRE 1er.

Du Travail en général y sous le rapport économique.

'Le travail est une condition sans laquelle il est impossible de concevoir l’existence de l’homme, considéré soit isolément, soit en société. A quelques étroites limites qu’on bomeses besoins^ on ne peut se soustraire à cette condition impérieuse; et le droit de propriété, qui est le fondement de tout l’édifice social , dérive primitivement du travail. Suspendez-le par la pensée;le repos qui s’ensuit, anéantit l’espèce humaine : c’est comme si ,vous ôtiez l’attraction du code des lois de la nature physique.

Le travail cependant n’est un moyen de subsistance ou de fortune dans la vie civile, qu’autant qu’il s’applique à des choses de né-p cessité, d’utilité ou d’agrément; et dans ce cas, les avantages qu’on en retire croissent toujours en raison composée de l’intelligence et de l’habileté de celui qui s’y livre, et de l’étendue de la demande des produits de ce travail. - - Les divers degrés des qualités inhérentes aux

produits du travail, nécessaires, utiles ou agréa-^ blés, et quelques circonstances , comme la rareté , la nouveauté, et sur-tout le prix, eu égard à la situation économique du pays où il a lieu , concourent à en fclendre la demande, ou plutôt tendent à augmenter le rapport de la demande à la production.

Or , c’est vers l’accroissement de ce rapport que doivent se > diriger tous les efforts du travail, en se perfectionnant sans cesse, et en combattant la concurr^ce qui tend, sur tous, les points«tdans tous les genres de travaux, h niveler la production et la demande. »

Depuis que le travail s’est divisé, c’est-à-dire, que ses produits ne sont plus en général destinés à la consommation immédiate de celui-là même qui les crée , mais bien à des échanges journaliers qui seuls l’animent et le soutiennent dans nos sociétés modernes, il présente des combinaisons d’une variété infinie , et des difficultés sans nombre à ceux qui veulent le faire servir à améliorer leur fortune.

Ces difficultés sont de plus d’un genre, et semblent se multiplier avec les progrès de l’industrie générale; progrès extrêmement remarquables depuis trente à quarante ans. Aujourd’hui une pratique nouvelle devient bientôt

commune; il est rare qu’on puisse asseoir la fortune du travail sur des secrets que la rivalité ne tarde jamais long-temps à pénétrer : toutes les routes même paraissent battues et encombrées par la concurrence.

L’économie manufacturière s’attache à montrer, dans l’intérêt privé, sur quoi se fonde véritablement le succès du travail, au milieu de tous les intérêts rivaux, et de quelles armes il faut se servir dans cette lutte inévitable. Ce n’est ni en prodiguant son activité dans une routine obscure et usée, ni en s’abandonnant aux faux calculs de la tromperie , qu’on pourra en sortir victorieux.

Elle montre enfin qu’il reste bien à faire à, l’habileté persévérante , et à une bonne-foi in-< flexible : car il en est dès combinaisons du travail comme des idées et des opinions. La plupart des hommes aiment mieux suivre un chemin tracé, que de s’en faire un.

Page 1