ÉMAILLEUR
Les riverains des grands fleuves, épris du spectacle qu'ils ont sous les yeux, ne songent pas assez aux sources modestes des cours d'eau majestueux qui les captivent. Interrogez les gens de Honfleur, de Rouen ou de Paris, il en est bien peu qui se soient rendus sur le plateau de Langres, près des roches pittoresques, où la Seine, un <( ruisselet » moins large qu'une main d'enfant, distille en murmurant les gouttes d'eau qui, là-bas, à son estuaire imposant, auront l'aspect d'un bras de mer. Ainsi des hommes et de leurs ouvrages. Un chef-d'œuvre ou simplement une œuvre exquise n'ont jamais rien de fortuit ou de spontané. L'œuvre exquise est le résultat de la réflexion, des recherches patientes, des découvertes et en fin de compte de l'inspiration de l'artiste. Il n'est personne en France qui n'appré-
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cie les émaux de Fernand Thesmar. On les tient à juste titre pour des œuvres d'art du goût le plus achevé, de l'exécution la plus parfaite. Grâce à ce prestigieux créateur de chefs-d'œuvre familiers, nous n'avons plus à porter envie aux Japonais. C'est au contraire le Japon qui s'est fait tributaire de notre pays dans un ordre de travaux où jusqu'ici nul peuple d'Europe n'avait osé se comparer aux Japonais. Des émaux cloisonnés de Fernand Thesmar, officiellement acquis par l'État japonais, sont exposés au Musée de Tokio. Quels bulletins de victoire ont jamais vahi des parchemins conservés avec amour par le vaincu? Tel est le mérite, telle la suprématie des émaux de Fernand Thesmar que, sans hésitation, sans froissement, sans heurt diplomatique, les maîtres incbntestés jusqu'alors de l'art du feu au pays du soleil se sont inclinés avec gratitude devant un artiste de l'Occident, un homme de la vieille Europe, un Français fier de prouver que sur les champs de bataille de la pensée, de l'étude, du travail élevé, de l'art dans sa noblesse, l'épée de la France ne connaît pas les défaites.
Cette perfection, ce succès tiennent l'esprit en haleine. Il semble au premier abord qu'il faille se borner à lui décerner l'éloge et désespérer d'atteindre à l'habileté de Fernand Thesmar. Quelle faute! Lui-même s'offenserait, soyez-en sûr, d'une admiration stérile, si entière, si effective qu'elle se montrât. La plus vive ambition
des maîtres est de se survivre dans des continuateurs de leur œuvre, dans des disciples sérieux et bien doués qui s'inspireront du travail personnel que produit le maître. Quel titre plus beau que celui de chef d'école! Mais les disciples éventuels de rémailleur français, mesurant la distance qui les sépare, ne songent pas qu'il soit en leur pouvoir de le suivre et de l'approcher par des créations similaires de celles qu'ils admirent. Erreur d'optique. Ainsi les riverains de l'estuaire des grands fleuves omettent de s'enquérir des sources. Les sources, c'est le ruisselet dans le lit caillouteux de la montagne, c'est le cours pénible, empêché, précaire; c'est le bruissement ininterrompu qui ressemble à une plainte de vague fatiguée ; c'est parfois le roc dénudé, aride, anguleux qui triomphe pour une heure du filet d'eau absorbé par le soleil et laisse croire que la source est tarie. Je me suis attardé de longues heures aux sources de la Seine que décore depuis plus de vingt ans une superbe figure de femme sculptée par Jouffroy. C'est la Nymphe du lieu. Puissante de formes, elle est assise et garde une attitude reposée. Symbole du fleuve nonchalant qui se plaît aux détours à travers l'Ile-de-France et la Normandie, elle contraste avec les gouttes d'eau contrariées dans leur course par le granit abrupt du rocher qui lui sert de piédestal. Ces difficultés du départ inclinent à la rêverie. Que s'il s'agit non plus d'un fleuve, mais d'un homme,
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non plus des forces naturelles dont le secret nous échappe, mais de Tintelligence et de la volonté d'un artiste, le spectacle de ses débuts porte encore, je le concède, à la rêverie, niais ce retour sur soi-même ne laisse pas d'être fécond. Les jours difficiles, les tentatives, les échecs, les demisuccès de rhomme dont on constate le triomphe définitif, sont un enseignement utile. Il convient donc de reprendre pas à pas le chemin parcouru par Fernand Thesmar. Il nous sera de cette façon plus proche, plus accessible, plus imitable dans ses belles œuvres. Ses progrès se dérouleront sous nos yeux avec gradation. Nous ne serons pas tentés d'attribuer à une heureuse fortune des conquêtes lentement assurées.
Un paysan grec, présentant à Aristide la coquille sur laquelle il ne pouvait lui-même écrire son vote, lorsque le général athénien fut menacé d'ostracisme, avoua qu'il était ennuyé d'entendre appeler le Juste le vainqueur de Platée. A l'exemple de ce paysan, nous nous sommes lassés de l'éloge de Pénicaud, Laudin, Raymond, Courtois, Petitot. Et, voilà trente ans de cela, le Japon, la Chine éclipsèrent dans l'esprit de la nation les émaux français. Ce fut une vogue, plus encore, un engouement. On se piqua de connaître, de posséder des produits exotiques. Conférences, brochures, livres, expositions, tout concourut à l'enthousiasme factice, irraisonné, qu'il était de bon ton de manifester. On s'abor-
dait dans les salons par les mots : « Avez-vous des émaux cloisonnés? », comme autrefois La Fontaine demandait à tout venant : « Avez-vous lu Baruch? » Barbedienne, l'homme d'initiative et de goût affmé, s'émut de cette tendance nouvelle. Il résolut de faire exécuter des émaux, comparables, s'il était possible, à ceux du Céleste- Empire ou du Japon. C'est alors qu'il appela Fernand Thesmar dans ses ateliers pour composer les cartons qui serviraient de modèles aux émailleurs. Le nouvel auxiliaire de Barbedienne, dessinateur consommé, s'acquitta de sa tâche avec talent. Mais le voisinage des fours attira sa curiosité. Les confidences des émailleurs, traversés dans leurs plans par une force aveugle, indisciplinée, brutale, dévastatrice, le feu, le portèrent à chercher comment on devait s'y prendre pour dompter ce collaborateur intraitable. Les investigations patientes, ingénieuses; les essais multiples de Tartiste remplirent plusieurs années de sa vie. Mais il vint un jour où Fernand Thesmar put s'avouer à lui-même qu'il était maître du feu. Certes, sa victoire n'était pas ordinaire. Barbedienne avait trop d'équité pour ne pas applaudir au succès de son dessinateur devenu céramiste. C'est sous le nom de son auteur, Fernand Thesmar, que parut à l'Exposition Universelle de Vienne en 1873 un Faisan doré, en émail cloisonné, envoyé par Barbedienne. Le succès de cette première pièce fut complet. Le
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jury, la critique se plurent à louer rélégance du dessin, la vivacité et Tharmonie des couleurs qui distinguent l'œuvre de début, en quelque sorte le coup d'essai de notre émailleur. N'oublions pas que ce Faisan occupe le centre d'un plateau circulaire d'un mètre de diamètre, serti dans une bordure de bronze en relief, pouvant permettre d'employer Témail comme dessus de guéridon, si l'on ne préférait le conserver comme tableau sur la paroi d'un cabinet. Les détails du plumage sont accusés à l'aide de légers filets servant de limites à une infinité de cellules où s'épand l'émail lumineux. Ace travail de lapidaire, l'œuvre gagne en précision, en minutie, mais elle risque de perdre l'ampleur, l'aspect large et puissant qui conviennent à toute page d'une certaine étendue. Fernand Thesmar a très adroitement esquivé cet écueil. Sa composition est un tableau.
En 1874, le Faisan parut aux Champs-Élysées à l'exposition de V Union centrale des Arts appliqués à rikdustrie. Philippe Burty en fit l'éloge. A dater de ce jour, les connaisseurs de notre pays, les amateurs, les curieux eurent l'œil sur le nouveau venu. A la même exposition, Barbedienne envoya trois autres œuvres également dues à Fernand Thesmar : un Plateau, de mêmes dimensions que le Faisan, renfermant un bouquet de roses thé dans un cornet placé sur un coin de guéridon recouvert d'un tapis aux
couleurs éclatantes, et deux petits plateaux avec des fleurs d'azalées.
La presse comprit qu'elle devait initier le public à la fabrication de ces pièces de luxe. Nous empruntons les lignes qui vont suivre à une revue de Fépoque. Elles donneront l'idée de l'adresse que réclame l'exécution pratique des émaux cloisonnés :
« Lorsque Barbedienne entreprit d'imiter et de fabriquer les émaux cloisonnés, tout était à faire. Il fallait inventer ou retrouver les procédés de fabrication et former les ouvriers. L'art de l'émail cloisonné est d'une délicatesse excessive. Des lamelles de cuivre, d'une extrême ténuité, sont fixées sur le fond du plateau ou le corps du vase, ordinairement formés d'une mince lame de cuivre. Ces lamelles indiquent les contours du dessin ; elles en suivent tous les caprices ; elles en reproduisent les moindres détails. Lorsqu'elles sont fixées, l'artiste prend l'émail, à l'état de sable dans de l'eau et de toutes nuances, disposé auprès de lui comme les couleurs sur la palette, et il le distribue sur la plaque de cuivre. Il copie, par ce procédé, la peinture qui doit être reproduite, et il peint l'objet destiné à recevoir la décoration, plateau, vase ou potiche, dans son entier, en se servant de petites spatules pour déposer ses émaux dans les alvéoles, comme le peintre use de ses pinceaux et de ses couleurs. Il est facile de concevoir les difficultés d'un semblable
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travail, et ce n'est là cependant, qu'un préliminaire. L'opération la plus délicate est la cuisson. Sur un plateau présenté horizontalement à la chaleur du four, l'émail reste d'une manière uniforme; mais sur un objet au ventre arrondi, ^ur un cornet évasé du haut, l'émail en fusion coule de haut en bas pendant la cuisson, et on ne parvient à le fixer que par des tours de main successifs. Huit et quelquefois dix cuissons sont nécessaires pour réparer les désordres causés par le coulage, pour que la pièce soit apte à recevoir l'opération du ponçage, qui lui donne le fini, le poli, le brillant qui la rend parfaite, prête à être montrée et admirée. »
Edmond About, François Coppée, Laurent Pichat, pour ne citer que les plus illustres parmi les critiques, applaudirent aux efforts de l'émailleur dès 1875.
Deux compositions le Printemps V Automne, constituèrent l'envoi de l'artiste â l'Exposition Universelle de 1878. Le commissaire du gouvernement du Japon en fit l'acquisition pour le Musée de Tokio. Un Lansquenet ^d^vuX l'année suivante. Ces trois œuvres valurent à leur auteur un surcroît d'éloges. Le grand et lumineux médaillon le Printemps renferme des chardonnerets dans des églantiers en fleurs; V Automne a pour emblème un ciel gris chargé de pluie, des hirondelles qui fuient à tire-d'aile vers des climats sans froidure, tandis que çà et , là se
dressent des pampres jaunis de vigne vierge, avec quelques grappes de baies violettes. Le Lansquenet, contemporain de François P% a le regard dominateur, la poitrine cambrée, la jambe tendue, la batte au poing et les plis de son oriflamme s'agitent autour du reître orgueilleux. L'État s^empressa d'acquérir le Lansquenet de Fernand Thesmar pour le Musée de Sèvres. Laurent Pichat mit le public en garde contre la perfection de ces émaux qui pouvait le rendre trop exigeant envers l'artiste. <( Sur un fond d'or, dit-il, dans des dimensions importantes, vous voyez un lansquenet cloisonnéjaune et violet, terrible, vaillant, aussi exact que le pinceau le ferait; vous avez sous les yeux de la verve réfléchie, de l'imagination incrustée. y> Laurent Pichat avait raison. Pour un peu, devant les œuvres de Fernand Thesmar, on songerait à une peinture fraîchement appliquée sur une toile. On omet de tenir compte à l'émailleur des hasards, des mystères du travail compliqué à l'aide duquel il est tenu de fixer sa composition. L'écrivain terminait son étude en félicitant l'État d'avoir acquis le Lansquenet, et il ajoutait : (( Les artistes d'un genre aussi difficile ont besoin de deux forces, vaincre le hasard par la science et atteindre l'idéal par l'imagination, créer et cuire : être éclairé par une idée et ne pas la brûler. »
Mais, outre le mérite très réel que revêtent au
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point de vue de Finvention les émaux de Fernand Thesmar, un progrès capital demeurait acquis dès 1878. Notre artiste avait découvert le moyen de faire des cloisonnés de grandes dimensions, fond or. Est-ce tout? Non certes, ce n'est pas tout. Une conquête d'un autre ordre se trouvait réalisée. Ici je laisse la parole aux initiés.
(( Jusqu'à ce jour, dans l'émaillerie dite cloisonnée, chaque ton différent, chaque nuance de couleur était emprisonnée dans des cellules ou cloisons particulières, faites pour se rapprocher et s'unir ; mais un arrêt de divorce préalable, obstacle qui paraissait invincible, s'opposait à leur union. Quel en était le résultat? Un travail plat, dans le ton général, doux et harmonieux, dont la minutie et la rectitude géométrique faisaient le mérite principal et la préciosité. S'affranchir, en certains cas, des cloisons, juxtaposer ses nuances vigoureuses et délicates qui par leur dégradation harmonieuse, font l'ombre et la lumière, le modelé et la perspective, soit cette magie de l'art du peintre qui donne à l'objet représenté l'aspect saisissant de la réalité et de la vie, tout cela était jusqu'à ce jour une difficulté réputée insurmontable. Un homme de génie, au nom prédestiné, artiste plein de goût, chercheur patient et laborieux, M. Fernand Thesmar, après des années de recherches et de luttes, a résolu le problème de la façon la plus savante. »
J'emprunte ces lignes au compte rendu le plus
étudié qui ait paru sur l'exposition internationale des sciences appliquées à l'industrie ouverte à Paris en 1879. Voilà donc une double conquête remportée par l'émailleur français sur la coutume adoptée, suivie jusqu'à lui, et dont les Japonais ont fait leur profit. Mais ne nous y trompons pas. Notre artiste se cantonne avec àpreté dans le domaine du beau. C'est en vain que la science est à la base de ses études et de ses découvertes, c'est bien à l'art le plus délicat et le plus élevé qu'il fait hommage de ses compositions. Toutes sont des pages d'une finesse, d'une grâce achevées. Souvenez-vous de ces panneaux, de ces coupes, je devrais dire de ces joyaux, où se jouent dans la lumière des chardonnerets sur des églantines roses, des mésanges sur des ronces ! Le retour des hirondelles qui tournoient sur des pommiers en fleurs, les hirondelles traversant l'espace au-dessus de la mer bleue, les narcisses, les fuchsias, les violettes, cette flore magique aux colorations pleines de saveur et de justesse rendrait jaloux Redouté, le peintre des roses, qui, lui, n'était pas tenu comme Fernand Thesmar de jeter dans des fours incandescents ses fraîches créations. Laissez faire. Tant de labeur, tant de talent ne pouvaient passer inaperçus. C'est en 1879 que les œuvres charmantes dont je viens de parler, hirondelles et mésanges, se sont envolées vers les riches musées de Saint-Pétersbourg, de Genève et de Limoges. Aujourd'hui,
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les musées du South-Kensington, de Nuremberg et de Vienne conservent avec fierté des émaux de notre compatriote.
Dix années s'écoulent, années fertiles en belles œuvres pour Tartiste, pendant lesquelles les meilleurs écrivains, en mesure de parler avec autorité des arts du feu, MM. de Fourcaud, Louis Énault, Édouard Garnier, font cortège aThabile créateur de cloisonnés transparents. Qui ne se rappelle cette grande et merveilleuse coupe dont la place indiquée serait au Musée du Luxembourg? Non content de supprimer Texcès des cloisons, nuisibles à Teffet cherché, l'artiste parvint à faire disparaître l'excipient sur lequel elles étaient soudées, et il créa ces émaux transparents, vrai régal des yeux, qui suggéraient à M. de Fourcaud, en 1893, cette apostrophe justifiée : « Salut à l'une des authentiques créations de notre temps ! »
Mais voici une réforme importante. On réorganise la Manufacture de Sèvres. Il apparaît logique de faire bénéficier cette grande maison de toutes les forces vives dont on dispose dans les arts appliqués. Et sans plus tarder, Henri Gros, Levillain, Fernand Thesmar sont appelés à produire des pièces qui rendront à la Manufacture son renom d'autrefois. Des ateliers, des fours, la matière première sont mis avec empressement par l'État à la disposition de ces vaillants artistes. Je ne puis parler de tous, je me borne à suivre
notre émailleur. Que se passe-t-il? Quelle surprise nouvelle nous ménage Fernand Thesmar? Le chercheur infatigable at toujours heureux a trouvé le secret d'appliquer des émaux cloisonnés d'or sur porcelaine tendre. Jusqu'alors le problème avait rebuté les plus courageux. On le disait insoluble. Vaines appréhensions. C'est l'émailleur lui-même qui prend soin de nous le dire : « La pâte exquise de Sèvres fait un fond laiteux admirable aux émaux cloisonnés d'or, un flou charmant qui rend moins crues les arabesques de l'émail. »
Ainsi notre artiste, intrépide et doué d'une sorte de divination, marque ses années de luttes et de travail par autant d'étapes glorieuses. Fernand Thesmar est jeune encore. Il est grand, robuste dans sa sveltesse. Le front haut et large annonce l'homme de pensée; l'œil caressant et vif révèle la douceur et la ténacité. La franchise du geste et de l'allure est celle d'un soldat. Quoi de surprenant? Fernand Thesmar a brillamment combattu l'ennemi en 1870. La croix qu'il avait méritée peut-être depuis longtemps lui a été décernée en 1893. Pendant ce temps, son frère, Émile Thesmar, capitaine de frégate, et qui, lui aussi, a contribué à la défense de Paris, passait officier de la légion d'honneur et le jour où les amis de Fernand Thesmar, MM. de Lajolais, Carjat, Roumanille, etc., fêtaient le nouveau chevalier dans un banquet intime présidé par M. Rou-
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jon, directeur des Beaux-Arts, toujours prêt à encourager les novateurs, l'un des fils de Fernand ïhesmar, sous-offlcier d'infanterie de marine, rentrait à propos du Sénégal comme pour donner à son père le vivant souvenir de sa jeunesse, et pour s'associer aux succès si noblement gagnés par l'artiste.
J'ai passé sous silence bien des œuvres de Fernand Thesmar exposées en ces derniers temps. Une courte halte aux Musées du Luxembourg, des Arts décoratifs ou de Sèvres, en face des pièces de l'émailleur, sera plus instructive que toutes les critiques . A l'heure où j'écris ces lignes, les visiteurs s'aîrêtentsous le dôme du Champ de Mars devant les cloisonnés sur pâte tendre exécutés par l'artiste pour l'État, devant ses tasses, ses soucoupes, ses broches, une cuillère rustique, vrais chefs-d'œuvre de grâce et d'invention, destinés à M. Waldeck -Rousseau. La Manufacture nationale de Sèvres a donc le droit de s'enorgueillir de la gloire acquise par l'émailleur que ses découvertes attachent à la destinée de cette noble maison.