Bologne, septembre
Menuet (sans trio) en mi bémol, pour deux violons, deux hautbois, deux cors et basse.
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Le manuscrit de ce menuet, à la Bibliothèque de Vienne, ne porte point de date : mais, sur la même petite feuille de papier réglé, se trouve le billet suivant, écrit parLéopold Mozart à sa femme : « Le P. Martini m'a demandé un exemplaire de ma Méthode de violon. Il faudra donc que tu demandes à M. le commissionnaire Haffner qu'il ait la bonté d'en emporter un avec lui à Botzen, et puis de l'expédier à l'adresse de M. Brinsecchi, avec son prochain envoi de marchandises. Mais tu devras avoir soin de le faire d'abord relier... » De ce billet résulte la conclusion certaine que le n° 98 a été envoyé par Mozart à Salzbourg pendant son séjour à Bologne, et vers le mois de septembre, puisque, le 6 octobre, Léopold Mozart écrit à sa femme que le livre demandé vient de lui arriver.
Plus encore que le n 97, ce menuet du petit Mozart, dans sa brièveté et sa simplicité, atteste une inspiration très sûre et déjà tout originale, qui en fait l'une des œuvres les plus caractéristiques de toute cette première période italienne. Expressément destiné à la danse, il ne comporte point de reprise, complète ni partielle, de la première partie dans la seconde, et l'influence italienne s'y manifeste encore par l'allure brillante des idées : mais les deux violons ne font guère que se doubler à la tierce, et tout l'accompagnement est fait par les basses. Le rôle des instruments à vent se réduit à quelques accords, marquant le rythme. Enfin nous devons signaler, çà et là, de petits effets de contrepoint fort imprévus dans un menuet de ce genre, mais charmants, et qui achèvent de rattacher ce morceau aux œuvres composées sous l'action immédiate du P. Martini.
99. — Bologne, fin de septembre ou premiers jours d'octobre 1770.
Antienne : Cibavit eos, pour soprano, alto, ténor et basse avec accompagnement d'orgue.
Ms. à Berlin.
L'autographe de cette antienne ne porte aucune date : mais sa ressemblance complète avec l'antienne Quœrite, qui a servi de morceau de concours à Mozart, le 9 octobre 1770, devant l'Académie philharmonique de Bologne, ne peut laisser aucun doute sur son origine et sa date. Ayant appris de quelle nature allait être l'épreuve qu'il aurait à subir, le jeune garçon, probablement sous la direction du P. Martini, a voulu s'essayer dans une tâche toute pareille à celle qu'il aurait à traiter ; et c'est donc quelques jours avant la date du concours qu'il aura composé le Tï° 99.
Le travail imposé aux postulants consistait à mettre en musique, pour quatre voix réelles, un texte liturgique pris au hasard, dans l'antiphonaire grégorien, en y conservant, autant que possible, le rythme et la suite harmonique des notes accompagnant le même texte dans le plain-chant. A ce programme général se joignaient, comme nous l'apprend une lettre de Léopold Mozart, toute sorte de prescriptions et de défenses particulières qui, obligeant l'auteur à observer les lois harmoniques du plain-chant, rendaient la composition du morceau extrêmement difficile, en même temps qu'elles achevaient de lui donner une allure à la fois religieuse et scolastique. Et à tout cela Mozart s'est entièrement conformé dans son exercice préparatoire, comme il allait le faire ensuite dans son morceau de concours. Le n<^ 99 est même plus étendu, et d'une exécution plus poussée que l'antienne Quserite, ce qui s'explique par le loisir et l'aisance supérieurs dont l'enfant a pu disposer. Le contrepoint des quatre voix (la basse de l'orgue se réduisant toujours à doubler celle du chant) est conduit d'une main habile, sans d'ailleurs revêtir jamais la forme régulière du canon ou de la fugue ; encore que l'alleluia final nous présente une série d'imitations d'un rythme plus accentué que le reste du morceau.
A la même période se rapportent diverses esquisses de contrepoint dont plusieurs figurent sur la même feuille, et dont on pourra trouver quelques-unes dans l'appendice du Mozart de Jahn. Parfois l'enfant y fait débuter les voix en canon : mais, le plus souvent, il s'en tient à un contrepoint libre, tout voisin encore du vieux style religieux des maîtres italiens.