Tome I — p
des scherzos, des thèmes variés, etc. Plus tard, lorsque le petit Wolfgang a commencé à jouer du clavecin, Léopold Mozart lui a fait jouer ces divers morceaux, et a inscrit, au-dessus de chacun d'eux, la date où l'enfant l'avait joué. Ces dates vont depuis « la quatrième année de la vie de Wolfgang » jusqu'au « 6 février 1761 » ; après quoi, sans doute, l'enfant aura été en état de jouer des choses plus difficiles que celles que contenait le cahier. Mais lorsque, au début de l'année suivante, Wolfgang, non content de jouer les morceaux des autres, s'est mis à en composer lui-même, c'est encore sur le beau cahier de 1759 que le père a transcrit les premiers essais de son fils : seulement, suivant toute vraisemblance, il les a transcrits sur les dernières pages du cahier, en laissant un grand espace vide entre eux et les morceaux notés pour Marianne ; car le menuet n» 3, le premier dont' on possède l'autographe, a été copié sur la page 64 avec la date du « H mai 1762». Puis, au fur et à mesure que l'enfant composait d'autres morceaux, le père continuait à les transcrire sur le cahier ; et bientôt les dernières pages se sont trouvées pleines, de sorte qu'il a fallu revenir en arrière, et remplir maintenant les pages blanches du milieu du cahier. C'est ainsi que la première sonate de Mozart, composée en octobre 1763, commençait à la page 60 et se continuait à la page 22. Sans compter qu'à ce moment Mozart s'était déjà mis lui-même à écrire directement ses morceaux sur le cahier, au hasard des pages blanches qu'il y rencontrait çà et là.
Et c'est à cela, sans doute, qu'il convient d'attribuer le misérable état de dépècement où est aujourd'hui ce précieux cahier. Jusqu'au jour où il a été légué au Mozarteum, tous ses propriétaires successifs en ont découpé des pages pour les donner ou les vendre à des collectionneurs d'autographes. A présent, il ne contient pour ainsi dire plus que ce qui est de la main de Léopold Mozart; et nombre de ses pages ont disparu dont les unes auraient peut-être eu à nous révéler des compositions inédites du petit Mozart, tandis que d'autres nous auraient fait connaître exactement la date de plusieurs des morceaux dont on a conservé des copies.
C'est sur ce cahier que Léopold Mozart avait transcrit le menuet n° 1, avec la mention que son fils l'avait « composé en janvier 1762 ». Sans aucun doute possible, ce menuet est la première œuvre de Mozart que nous connaissions. Il est très simple, avec un seul petit sujet, successivement présenté dans divers tons; et son rythme est tout pareil à celui des menuets de Léopold Mozart, notés au commencement du même cahier. Mais il suffit de le comparer avec ces menuets du père, pour sentir la profonde différence des deux natures, et combien l'enfant, par instinct, a toujours eu le don de faire « chanter » sa musique et de la rendre vivante. Il y a une suite évidente entre les diverses reprises du petit sujet du morceau ; et celui-ci, grâce à elle, d'un bout à l'autre nous apparaît comme un tout organisé, au contraire des juxtapositions inertes que sont toujours les œuvres de Léopold Mozart *.
1. Nous reproduisons ici, comme témoignage de cette différence instinctive des deux natures, un menuet de Léopold Mozart, dont celui-ci nous apprend que Wolfgang l'a «joué dans sa quatrième année », et le n» 1 tout entier, « composé par l'enfant en janvier 1762 ».
Menuet de Léopold Mozart.
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Premier menuet de Wolfgang.
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Le style, d'ailleurs, est encore d'une simplicité tout enfantine ; la basse reste sèche et pauvre, se bornant à marquer le rythme. Le seul trait intéressant est la manière dont, dans la reprise de la première partie, l'exposition du sujet s'arrête brusquement sur un point d'orgue et ce même sujet est ensuite répété, en manière de coda. Enfin, nous devons noter que, dans ce morceau ni dans aucun de cette période, Mozart n'emploie encore le procédé de la basse d'Alberti, qui commençait alors à se répandre dans toute l'Europe, et qui consistait à briser les accords de l'accompagnement, de façon à occuper sans arrêt la main gauche pendant que la main droite dessinait le chant. Ce n'est probablement que pendant son voyage de 1763 que l'enfant aura connu ce procédé : car nous le verrons en faire un usage continu dans sa première sonate, du 14 octobre 1763.