Salzbourg, mars ou avril
Ouverture en ré de 1 Action théâtrale : Il Sogno di Scipione, pour deux violons, alto, deux llùtes, deux hautbois, deux cors, trompettes, timbales et basse.
Allegro moderato Ms. à Berlin.
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Allegro moderato et, andantino (mouvement non indiqué)
Comme nous l'avons dit déjà à propos du Sogno lui-même, dont le manuscrit porte simplement la date de l'année 1772, ce n'est pas pour « l'élection » du nouvel archevêque Colloredo, le 14 mars de cette année, mais bien pour son « intronisation », célébrée le 29 avril et les jours suivants, qu'a été écrite cette « action théâtrale ». Et tout porte à croire que l'ouverture, cette fois, a été composée en dernier lieu, tout à fait vers la fin d'avril : car, en plus d'une ressemblance générale très frappante avec les deux symphonies n"» 140 et 141, écrites au début de mai 1772, on y trouve des rythmes qui reviennent, presque tout pareils, dans la seconde de ces symphonies.
Sans doute Mozart, désirant flatter le goût exclusif du nouveau prélat pour la musique italienne, aura-t-il tùché à se dégager complètement de toute trace de l'influence allemande, qu'il recommençait à subir durant les mois précédents : car son ouverture est plus foncièrement italienne en toute façon que celle même à'Ascanio inAlba. Et probablement aussi l'aura-t-il composée très vite, comme le corps de la cantate : car, avec des idées charmantes, son exécution parait improvisée, ce qui d'ailleurs contribue encore à lui donner l'allure facile et rapide d'une véritable « ouverture » italienne.
Pour la coupe d'ensemble, Mozart s'est souvenu de son ouverture A'Ascanio, qui consistait en un allegro s'enchaînant avec une sorte de danse, d'un mouvement plus lent : mais tandis que, dans Ascanio, cette coupe se justifiait par le caractère du morceau chanté qui suivait, et qui, malgré ses chœurs, équivalait à un finale de symphonie, cette fois, Vandaatino forme l'unique finale de l'ouverture, s'enchaînant avec le grand récitatif du réveil de Scipion. Mozart a d'ailleurs, plus tard, de même qu'il avait fait pour l'ouverture à' Ascanio, composé pour cette ouverture de Scipione un second allegro (n<» 155), permettant à l'ouverture d'être jouée au concert comme une symphonie.
Dès le début du premier morceau, nous apercevons clairement l'imitation des ouvertures italiennes. Un grand tutti, tout rythmique, est suivi d'une figure mélodique des deux violons, s'opposant à lui en un contraste marqué ; et il n'y a pas un détail de ce premier morceau qui ne nous ramène de deux ans en arrière, évoquant le souvenir des sym-
phonies composées jadis à Milan et à Rome. Répétitions constantes séparation absolue des sujets, réduction du travail musical aux deux violons, emploi constant et peu utile des instruments à vent, nombreuses ritournelles, développement toni nouveau, et jusqu'à des procédés de modulation rencontrés déjà dans ces ouvertures italiennes de 1770 (par exemple l'attaque subite d'un ton nouveau, au début du développement). On peut dire, sans trop d'exagération, que tous les chants sont exposés à découvert par les deux violons, tandis que les bruyants tutti se trouvent réservés pour les ritournelles. Dans la reprise, le second sujet est entièrement passé (ce qui nous ramène encore aux symphonies de 1770), et la rentrée de sa ritournelle aboutit à une longue strette 'nouvelle, destinée à préparer i'aiidantino suivant, mais non pas sans que, au milieu de cette strette, reparaisse brusquement le rythme du premier tutti.
Ainsi la forme de ce premier morceau atteste, chez Mozart, ce que l'on pourrait appeler une régression, sous l'influence du désir dimiter pleinement le style italien : mais il n'en résulte pas que, au point de vue du choix des idées et même de la mise en œuvre, Mozart revienne pareillement en arrière, oubliant les progrès accomplis chez lui depuis 1770. Le chant qui sert de développement, par exemple, a beau n'être exposé que par les violons, il nous l'ait voir une pureté]de lignes et une extension mélodique bien éloignées déjà du style de Mozart pendant son premier voyage d'Italie : et tout le long passage nouveau qui termine ce premier morceau, après la rentrée du premier sujet, abonde en modulations imprévues et hardies qui permettent de prévoir l'originalité des œuvres symphoniques immédiatement suivantes.
Ouant à Vandantino, nous avons dit déjà que Mozart en a fait une danse pastorale rappelant celle de l'ouverture d'Ascanio : deux sujets juxtaposés y sont repris sans développement, mais avec de belles variations expressives où les instruments à vent jouent un rôle considérable. Et rien n'est plus gracieux, ni d'un chant plus pénétrant, ni plus « mozartien » que tout ce délicieux morceau, aboutissant à une série de modulations puissantes et singulières, sur un rythme grave et entrecoupé qui doit avoir servi, dans lintention de Mozart, à traduire les derniers instants du sommeil de Scipion.