Vienne, entre août et octobre
Ouverture (Intrada), en sol, de l'opérette allemande Bastien und Bastienne, pour deux violons, alto, deux hautbois deux cors et basse.
Ms. à Berlin.
Allegro
Nous dirons tout à Iheure, en étudiant la partition de l'opérette haïtien unà Bastienne, tout ce que l'on peut savoir des circonstances de la composition de cette petite pièce. Ici, nous nous bornerons à signaler que, au contraire de ce qu'il faisait dans ses opéras italiens, Mozart, pour l'ouverture de son opérette allemande, a suivi la pratique des auteurs d'opéras-comiques français, en faisant précéder sa pièce d'un petit prélude en un seul morceau, beaucoup moins développé que les ouvertures des opéras, mais, d'autre part, expressément rattaché à la pièce qui suit, aussi bien par sa forme que par son expression. En quoi Mozart, affirmant déjà une liberté individuelle dont il va bientôt nous donner maints exemples, s'est écarté de l'habitude suivie non seulement par les compositeurs italiens, mais aussi par le maître allemand dont nous verrons qu'il s'est inspiré pour la partie vocale de son Bastien et Bastienne, Jean-Adam Hiller, l'un des créateurs du Deutsches Singspiel, car celui-ci, même pour ses pièces les plus légères, avait coutume d'écrire des ouvertures beaucoup plus longues, et moins directement en rapport avec le sujet de la pièce. Déjà le goût merveilleux et l'extraordinaire intelligence musicale de l'enfant lui ont révélé que, pour des œuvres aussi superficielles et simplement amusantes que celle qu'il avait à composer, le système français d'une courte introduction appropriée était préférable à des morceaux plus développés et plus prétentieux.
Aussi bien sa petite ouverture de Bastien et Bastienne est-elle d'une grâce charmante, dans sa simplicité. Elle est faite surtout d'une idée mélodique toute « pastorale », qui, d'abord exposée en so/, est reprise en ré, puis, de nouveau, en sol, et reparaît en ut, aux dernières mesures, de façon à s'enchaîner avec le premier air, qui est dans ce même ton. Les retours de cette idée, — dont on a souvent noté la ressemblance, toute fortuite et extérieure, avec les premières notes de la Symphonie héroïque de Beethoven, — sont, chaque fois, entrecoupés de figures nouvelles, à la manière d'un rondo : mais l'ensemble n'en a pas moins un caractère très homogène et parfaitement adapté à la couleur
comme à l'expression de la pièce qui suit. Avec cela, nul essai de contrepoint, ni d'élaboration des thèmes ; et une instrumentation très simple, sans aucun rapport avec la belle tenue orchestrale de l'ouverture de la Finta Semplice. Les hautbois et les cors bornent leur rôle à quelques notes tenues; et le seul effet instrumental à signaler, dans tout le morceau, est une imitation de la vielle par les premiers violons, effet que Mozart avait employé déjà dans son Galimatias à La Haye, et dont l'exemple lui avait été fourni par les auteurs d'opéras-comiques français.
Mais, sans doute, cette pauvreté relative de l'instrumentation de ïintrada n° 62 se justifie par le petit nombre et la médiocrité des exécutants qui ont eu à accompagner la petite opérette.