‹ W.-A. MozartChapitre 60 sur 153 · Snlzbourg, 5 août · texte numérisé non relu

Snlzbourg, 5 août

Petit concerto de violon en la, intercalé dans la sérénade précé-

dente avec accompagnement de deux violons, alto, deux flûtes, deux cors et basse.

Ms. dans une collection viennoise.

Andante moderato

Andante moderato. — Allegro.

Ce concerto, évidemment écrit à la même date que la sérénade où il se trouve intercalé, nous offre, en vérité, un exemple singulièrement caractéristiquejde la disposition d'espritdu jeune Mozartdurant la période que nous étudions. Des deux morceaux qui le composent, l'un, Vandante moderato, est peut-être l'un des chants les plus poétiques que le jeune homme ait encore produits, plein d'une élégance pure et délicate, et puis, avec cela, manifestement très soigné dans les moindres détails de sa mise au point. Mais au contraire, Vallegro qui le suit n'est rien qu'un amas de formules brillantes et vides, un morceau de facile bravoure conçu et réalisé avec une hâte visible d'improvisation. Et ce soin exquis apporté aux chants, parmi le « lâchage» expéditif des autres morceaux, c'est bien là le spectacle que nous offrent toutes les autres œuvres de Mozart en 1775, sauf pour lui, dans ses mouvements rapides, à affirmer cependant son originalité, presque toujours, beaucoup plus qu'il ne l'a fait dans ce bruyant finale de son concerto.

Vandante moderato, comme nous l'avons dit, est un chant d'une élaboration très poussée, et, sans aucun doute, Mozart aura mis tout son cœur à en ordonner les moindres détails. Non seulement la partie du violon principal n'est, d'un bouta l'autre, que mélodie et beauté, évitant tout appareil d'ornementation superflue : mais l'orchestre qui l'assiste est toujours traité avec un souci merveilleux d'expression poétique, aussi bien pendant ses tutti que pendant ses passages d'accompagnement, où nous le voyons, parfois, dialoguer avec le violon principal en de fines et gracieuses imitations. Les divers instruments, parmi lesquels un rôle considérable est assigné aux flûtes, nous présentent sans cesse des combinaisons différentes, et ont également, dans les tutti, de nombreux passages en imitation.

Le morceau débute par un prélude orchestral où sont exposés deux sujets, séparés l'un de l'autre par un appel des cors : le premier sujet très pur et mélodique, le second, plus indécis de rythme, réparti en imitations entre les violons et les flûtes. Puis commence le solo : après une tenue, le violon principal dessine un chant nouveau qu'il poursuit, bientôt, sur un accompagnement où l'orchestre reprend des rythmes du premier sujet du tutti; et lorsque reparaît, à l'orchestre, le second sujet de ce tutti initial, c'est désormais entre le violon principal et les premiers

violons qu'a lieu le dialogue en contrepoint déjà signalé tout à l'heure. Le développement, lui aussi, accorde un rôle considérable à l'orchestre, et notamment aux flûtes : très court, mais d'une poésie charmante, il est fait sur le thème du début du solo. Enfin la rentrée, au lieu de se produire sans aucun changement, est relativement très variée, avec des modulations mineures du plus bel effet.

Quant à l'allégro final, son prélude ne contient proprement qu'un seul sujet, tout rythmique, exposé en imitation entre les violons et les basses, et suivi d'une longue ritournelle non moins vulgaire, avec ses contrastes faciles de forte et de piano. Seule, une petite cadence finale, en imitation entre les violons et les flûtes, relève un peu la banalité de ce prélude. Après quoi le violon solo reprend, un peu varié, le sujet du tutti, mais pour passer bientôt à un sujet nouveau, très chantant et très étendu, mais d'un caractère tout superficiel et accompagné par l'orchestre de la façon la plus insignifiante. Le développement, ensuite, se borne à reprendre dans d'autres tons le sujet du tutti et celui du solo, pour aboutir à une cadence rappelant l'opéra-comique. Enfin la rentrée reproduit complètement la première partie, mais avec quelques mesures ajoutées dans le chant du soliste et, parfois, de légères interversions des éléments de cette première partie. Impossible de rien imaginer de moins original, ni qui nous montre mieux à quel point Mozart, dès le milieu de 1775, s'était assimilé tous les artifices d'un style qu'il ignorait encore tout à fait quelques mois auparavant.

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