Salzbourg, août
Finale en ré, pour deux violons, alto, deux hautbois, deux cors et basse.
Ms. à Berlin.
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L'autographe de ce morceau ne porte aucune indication de date : mais aucun doute n'est possible sur sa destination, qui était de servir de finale à unepetitesymphonie ; et comme le style du morceau le rattache manifestement à l'année 1775, et que, d'autre part, nous allons avoir à étudier un allegro analogue composé pour être ajouté à l'ouverture du Re Pastore, tout porte à croire que le présent allegro aura été écrit, pareillement, pour transformer en symphonie l'ouverture de la Finta Giardiniera, formée d'un allegro en ré et dun andante en la.
En symphonie, ou plutôt en divertimento, peut-être pour les repas du palais archiépiscopal : car nous avons vu que Mozart, en 1775, avait cessé de produire des symphonies, et, d'autre part, la brièveté du n° 233, l'absence de barres de reprise, le caractère léger et rapide du morceau, tout cela rappelle moins le style de la symphonie que celui des « musiques de table » dont nous avons eu déjà et aurons encore à parler. Quoiqu'il en soit, d'ailleurs, ce petit allegro, avec l'élégance un peu superficielle de sa mélodie, avec ses soli d'instruments à vent, et ses faciles imitations entre les parties, surtout avec ses unissons caractéristiques, nous révèle une manière dont toute l'œuvre de Mozart en 1775 nous a présenté de nombreux exemples. Nous aurons notamment à étudier bientôt un concerto de violon en sol, n° 236, où nous retrouverons maintes des particularités du présent n° 233.
Celui-ci comporte, dans sa première partie, deux petits sujets reliés entre eux par une ritournelle, et qui se continuent à leur tour, après un arrêt imprévu et piquant, par une ritournelle très longue et très brillante, véritable strette d'opéra, aboutissant à une conclusion complète dans le ton de la dominante. Vient ensuite un petit développement dont les idées sont nouvelles, mais sans cesse entremêlées de rappels du rythme de la ritournelle précédente. Et puis la rentrée reproduit exactement la première partie, à cela près que, vers le milieu de la strette finale, Mozart a intercalé, en manière de coda, un troisième retour du premier sujet, légèrement varié.
Le style est très simple, et généralement homophone, sauf quelques imitations dans la ritournelle du développement. Mais tout l'effort de Mozart, comme toujours en 1775, a eu pour objet de varier agréablement l'instrumentation. C'est ainsi que, dans le développement, il arrive aux hautbois d'être, seuls, chargés du chant, pendant que les deux violons les accompagnent en imitations ; dans la rentrée, la seconde exposition du premier sujet, tout à l'heure confiée aux cordes, se trouve transportée aux vents, tout à fait à découvert; dans la reprise du début en coda, ce sont les hautbois et les seconds violons qui exposent ce premier sujet, sur un accompagnement des premiers violons, après quoi les altos et les basses se chargent du chant, pendant que les violons les accompagnent en un rythme continu de doubles croches : tout cela coupé sans cesse de grands unissons, à la française. En résumé, un petit morceau sans aucune trace des nobles ambitions esthétiques des périodes précédentes, mais nous manifestant, avec une aisance et une sûreté merveilleuses, la tendance générale de Mozart en 1775 à racheter, par la diversité de la forme extérieure, ce que l'élaboration et l'expression avaient perdu, sous l'influence toute puissante de la « galanterie ».