‹ W.-A. MozartChapitre 66 sur 153 · Salzbourg, octobre · texte numérisé non relu

Salzbourg, octobre

Concerto de violon en ré, avec accompagnement de deux violons, alto, deux hautbois, deux cors et basse.

Ms. à Berlin.

A llcgro

\7T\jm

te

Allegro. — Andante cantabile (en la). — Rondeau : andante grazioso entremêlé d.' allegro ma non troppo, et avec un intermède : allegrello.

Si le concerto en sol nous révèle merveilleusement les progrès de Mozart dans la conception musicale du concerto, ce concerto en ré, écrit le mois suivant, nous montre le revers de ces progrès sous la forme d'un développement excessif de la virtuosité. Le premier morceau, notamment, abonde en traits imprévus et brillants, mais obtenus au détriment de la contexture musicale, qui est ici, d'ailleurs, encore

piano, violon, et violoncelle, qui doit dater environ de la même période. Dans ce finale, également traité en rondeau, les retours d'un thème andante sont coupés d'intermèdes dont l'un a pour mouvement : adagio ma non troppo, et un autre encore ; allegro. Mais nous aurons bientôt à revenir plus longuement sur ce trio de Michel Haydn, communément publié sous le nom du frère aîné Joseph.

1. A noter encore une amusante ritournelle qui, chaque fois qu'elle reparaît, est dessinée à découvert par les hautbois et les cors. C'est elle qui, précisément, termine le morceau, et l'on peut imaginer tout ce qu'a d'original cette fin, uniquement confiée aux instruments à vent.

plus homophone que dans les autres œuvres de la même période. L'instrumentation de l'orchestre, elle aussi, apparaît beaucoup plus simple et moins travaillée ; sans compter que, au lieu de dialoguer avec le soliste, comme dans le concerto précédent, l'orchestre, désormais, se borne le plus souvent à l'accompagner ou à le doubler.

L'unique trait intéressant de ce concerto est, pour nous, la manière dont Mozart s'efforce à varier et renouveler la coupe extérieure de morceaux. Chacun des trois morceaux nous offre, à ce point de vue, sa particularité originale. Dans le premier allegro, le premier sujet du tutti ne reparait pas après le développement, et se trouve entièrement omis dans toute la rentrée. Dans Validante, le violon principal ne s'interrompt pas de jouer jusqu'à la cadence finale, sans qu'un seul tutti s'entremêle à ses soli qui, du reste, se contentent de répéter toute la première partie du morceau après la seconde, sans l'ombre d'un développement intermédiaire. Enfin le rondeau final nous fait voir de nouveau, et employée ici avec plus de liberté encore, la coupe singulière que nous avait présentée déjà le finale de la sérénade n° 2 (0 : le mélange imprévu d'un rondeau et d'un morceau de sonate. Ainsi toujours le jeune homme tâche à racheter l'indigence musicale de son style a galant », en donnant du moins à ses morceaux un peu de l'allure fantaisiste qui la séduit dans les sonates et les concertos français.

Le premier morceau débute par un très long prélude, où deux sujets très distincts sont exposés tour à tour, chacun escorté de sa ritournelle, et suivis encore d'une troisième petite figure en coda, qui, tout a l'heure, servira de thème au développement. Le soliste, après avoir repris le premier sujet, tout de suite aboutissant à un premier grand trait, attaque le sujet qui lui appartient en propre, et qui, lui aussi, consiste en deux petits chants aussitôt suivis de longs traits de virtuo site. Puis, sans aucun tutti intermédiaire, le soliste reprend le second sujet du prélude, cette fois en la, et arrive ainsi à sa première cadence. Le développement, très court, qui vient ensuite, offre la nouveauté que nous avons dite : le soliste, au lieu d'y exposer un sujet nouveau, s'amuse à reprendre, en le variant parmi des modulations mineures, le petit sujet qui servait de coda au prélude; après quoi, toujours sans tutti préalable, il reprend, non pas le premier sujet du morceau, mais seulement le chant qui lui appartenait en propre dans la première partie ; et, depuis lors, toute cette première partie se reproduit jusqu'à la cadence finale, sans autre changement que l'addition, à l'orchestre, d'un morceau de la ritournelle du premier sujet, et, au solo, un allongement du trait qui terminait la partie susdite. Une reprise complet*» des deux ritournelles du premier et du second sujet sert de conclusion au morceau, avec insertion de la cadence facultative entre l'une et l'autre de ces ritournelles.

L'andanle, comme nous l'avons dit, n'est, d'un bout à l'autre, qu'un solo du violon principal, ou plutôt la partie de celui-ci ne s'arrête pas une seule fois entre ses premières notes et.le point d'orgue de sa cadr libre. Ici encore, de même que dans le concerto en sol, le prélude d'orchestre se borne à exposer un chant unique, qui est ensuite repris par le soliste : mais ce dernier, au lieu d'étendre et de varier ce chant, comme dans le concerto en sol, y ajoute deux autres phrases toutes

différentes, constituant la première partie de Vandante ; après quoi, sans aucun développement, il reprend cette première partie tout entière, avec à peine un petit changement dans le dessin mélodique de l'un des sujets. Une reprise de la ritournelle du prélude, à l'orchestre, succède à ce long solo, et semble devoir terminer le morceau, comme elle le terminait en effet dans la première pensée de Mozart : maris celui-ci, se souvenant de l'admirable coda qui finissait l'adagio du concerto précédent, a imaginé après coup d'introduire de nouveau ici un petit chant du soliste, où reparaît le rythme du premier sujet; et cette conclusion imprévue relève étrangement la portée poétique du morceau, qui, dans son ensemble, est bien loin de valoir le bel adagio du concerto en sol.

Quant au rondeau, nous avons dit que Mozart y a repris, mais plus librement encore, la coupe imaginée par lui pour le finale de sa sérénade n° 230. Dans les deux cas, le finale a la forme d'un morceau de sonate, allegro ma non troppo, précédé et entrecoupé d'un andante grazioso toujours invarié, qui fait ainsi fonction d'un thème de rondeau. Mais au lieu de la coupe régulière qu'avait le morceau de sonate terminant la sérénade, ['allegro ma non troppo est ici, lui-même, traité librement de la façon suivante :

Après l'exposé de V andante grazioso avec ses deux couplets, Yallegro ma non troppo nous présente d'abord deux sujets distincts, accompagnés d'une longue ritournelle. Puis reparait Vandante grazioso, tenant lieu de développement; et le premier sujet de Vallegro ma non troppo est repris, en manière de rentrée, avec une extension de sa propre ritournelle et une reprise variée de la longue ritournelle qui achevait la première partie : mais alors Mozart, se rappelant qu'il écrit un rondeau, amène tout à coup un long intermède nouveau, que son manuscrit appelle, par erreur, andante grazioso, car il s'agit évidemment d'un allegretto. A cet intermède s'ajoute une reprise de Vandante grazioso du début, mais dont Mozart ne reprend ici que le second couplet. Puis, de nouveau, Vallegro ma non troppo nous fait entendre la longue ritournelle de la première partie, cette fois reprise intégralement, et aboutissant à un dernier retour du premier couplet de Vandante grazioso. Enfin une grande coda, sur le rythme du premier sujet de Vallegro, forme la conclusion de ce curieux morceau. En résumé, un morceau de sonate coupé de reprises d'un thème de rondeau, comme dans le finale de là Béfénade : mais ici c'est le thème du rondeau qui remplace le développement; et la rentrée, au lieu d'être pareille, se trouve à la fois variée et renforcée d'un long intermède nouveau.

Quelques mots, maintenant, sur le contenu musical de ce cadre singulier. L' andante grazioso, attaqué aussitôt par le soliste, comme le thème du rondeau servant de finale au premier concerto en ré du la même année (n° 227), est une sorte d'ariette manifestement inspirée à Mozart par le fameux andante varié de la symphonie de Joseph Haydn dite l'Impériale, et datant de l'année i774. Le soliste, après avoir exposé le chant, s'arrête un moment, et recommence à chanter, de la façon la plus imprévue. Quant à Vallegro ma non troppo, d'un rythme délicieusement léger et moqueur, nous nous contenterons d'y signaler une ritournelle chromatique de l'orchestre qui reparait plusieurs fois, au cours du morceau, et semble conçue pour en relier les diverses parties.

ii. 17

Enfin l'allégretto placé en intermède dans la rentrée de Vallegroesl une série de variations sur un rythme de musette qui doit, lui aussi, avoir été emprunté par Mozart à un recueil français.

Tel qu'il est, ce long finale se distingue des deux autres morceaux par un charme mélodique tout particulier : c'est évidemment le morceau que Mozart a composé avec le plus de joie; et le fait est qu'il a rarement écrit un finale d'une gaieté à la fois plus légère et plus débordante. Mais il faut bien dire que, ici encore, tout le charme vient de l'invention mélodique, sans que l'élaboration du morceau réponde à l'adorable beauté des phrases qui s'y déroulent infatigablement. L'orchestre, d'un bout à l'autre, est réduit à un rôle tout accessoire, et les soli eux-mêmes ont toujours une allure extrêmement simple, sans ombre d'élaboration thématique ni de contrepoint.

Page 1