DÉCORATIONS D ÉGLISES
Pendant son séjour en Ombrie, pour s'initier au métier de la peinture religieuse, W. Bouguereau a copié toutes les fresques d'Assise, ne se laissant rebuter par aucune fatigue, peignant des journées entières, dans la solitude absolue, par des chaleurs caniculaires; à Ravenne, il a étudié, le crayon et le pinceau à la main, les monuments de l'art
ETLDr. POL'B LA DIÎCOBATION DE SA1XTF.-CI.OTILDE
décoratif des premiers siècles. Son dernier envoi de Rome, le plus important, fut « le Triomphe du Martyr », dont Paul fie Saint- Victor écrivait : « Cette toile dénote d'excellents instincts de composition et un vrai sentiment de l'expression religieuse. Il y avait longtemps que l'Ecole de Rome n'avait envoyé une page de cette importance. » Le jeune artiste attendit six ans le commencement de la réalisation de son rêve. En i85g, l'Administration de la Ville de Paris lui commanda la décoration de la chapelle Saint-Louis, dans l'église Sainte-
6', w . B01 Gl ERE \l
Clotilde. dette décoration se compose de quatre panneaux, de i m. 67
en hauteur et de 2 m. 92 en largeur, représentant les sujets suivants : 1 Saint Louis rend la justice: 20 Saint Louis rapporte la couronne d'épines à Paris; ! Saint Louis soigne les pestiférés; 1 la Dernière Communion de saint Louis, \u-dessus de ces panneaux, sont de grandes figures allégoriques, mesurant 1 m. 3o de hauteur : la Foi, l'Espérance et la Charité; la Tempérance, la Justice et la Prudence. Ces peintures furent pavées à l'artiste ioooo francs. Les compositions historiques témoignent de la préoccupation sérieuse d'un bel arrangement des personnages, mais elles ne marquent point une personnalité décisive, ni une originalité caractérisée. Les figures ont une allure et les visages une physionomie qui ne datent pas une époque, qui ne déterminent pas une race, une nation. Ce n'est ni de l'histoire, ni de l'allégorie, ni nue synthèse, ni une analyse. Après que l'artiste m'a déclaré qu"il n'aime pas l'histoire, qu'il n'en comprend point esthétiquement les événements, la froideur qui se dégage de ces compositions s'explique. Combien sont plus personnelles, plus décoratives, les simples allégories des Vertus, encore qu'elles restent quelque peu engoncées dans le symbolisme traditionnel! Mais, déjà, elles ont. dans les attitudes et dans les expressions, une grâce et une élégance particulières. Cependant, on hésite à croire que ces peintures sont contemporaines des délicieuses idylles antiques : « le Départ du Berger », « le Retour des Champs » ; et postérieures aux compositions caractéristiques des hôtels Pereire et Bartholoni.
Trois ans après, on confiait à W. Bouguereau une partie de la décoration de l'église Saint- Augustin, à Paris, commande dont le de\is s'élevait à 12 000 francs. Dans la chapelle de Saint-Pierre- Saint-Paul, qui ouvre sur la deuxième travée de gauche par trois arcades reposant sur des colonnes, et qui est formée d'un demi-octogone donnant trois grandes faces et deux petites, l'artiste a peint sur les fuseaux trois compositions d'une hauteur de 3 m. 20. La première représente saint Pierre baptisant un catéchumène; la deuxième, saint Paul enseignant la doctrine chrétienne à une jeune femme et a un homme; la troisième, les princes des apôtres adossés à un autel, et
L ADORATION DES BERGERS (Église Saint-Vincent-dc-Paul, à Paris.)
DECORATIONS D'EGLISES f>7
bénissant. Dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, cpii offre les mêmes dispositions, en vis-à-vis, on voit la Prédication de saint Jean-Baptiste dans le désert, le Baptême de Jésus, et Hérodiade recevant la tête du précurseur. L'artiste adopte résolument, pour ces peintures, un principe et un thème de décoration tout à fait différents de ceux qu'il avait choisis, à Sainte-Clotilde, pour les épisodes de la vie de saint Louis. Les personnages, réduits, dans chaque panneau, à deux ou à trois, sont traités en figures purement ornementales, sur fond monochrome, qui se silhouettent avec netteté par de grandes lignes très vigoureuses accentuant les attitudes et les gestes, simples et majestueux. Évidemment, W. Bouguereau, évoquant ses sensations et ses études de Ravenne, s'est inspiré de l'esthétique décorative des mosaïstes anciens; et, ainsi, il a réussi à restituer, dans ses peintures, le caractère monumental de leurs compositions. Il ) a là des groupes d'une haute allure et d'une superbe physionomie, notamment les auditeurs de saint Paul et de saint Jean, qui rappellent les plus belles figures religieuses de Paul Flandrin.
En 1877, Mgr Thomas, évêque de La Rochelle, soumettait à la municipalité le projet de la décoration de la chapelle de la Vierge, dans la cathédrale, qui devait être exécutée par W. Bouguereau; la municipalité approuva ce projet et vota la moitié de la somme, aoooo francs, l'évêché prenant à sa charge l'autre moitié. L'artiste s'était réservé le droit de faire ce travail à son gré comme sujets, et comme dates de livraisons. Il l'acheva seulement en i<S8'L La décoration comprend un plafond circulaire de 12 mètres de diamètre, l'Assomption ; et six voussures de 4 mètres de largeur sur 3 mètres de hauteur, où sont représentés : i" la Visitation, a0 l'Annonciation, 3" la Nativité, 4° la Fuite en Egypte, 5° l'Evanouissement de la Vierge et 6° la Pietà. Toutes ces peintures ont été faites sur feuilles de cuivre, rivées dans la coupole, pour éviter la salpêtrisation.
Cette décoration superbe est la synthèse des qualités particulières de noblesse, de grâce et de douceur dans le coloris et dans le dessin, qui caractérisent le talent de W. Bouguereau; elle résume son idéal en art religieux. L'évêque désirait orner le sanctuaire de la Vierge, glorifier
68 W. BOUGUERE \l
la mère de Dieu, et offrir aux fidèles le motif de pieuses méditations, élevant leur âme et réjouissant leur cœur par le spectacle attendrissant des périodes de la vie de Marie, où elle connut huiles les joies et toutes les douleurs; où, vierge, elle sentit, à l'annonciation de l'ange, tressaillir dans ses entrailles le futur sauveur <\u monde: où. jeune mère, elle se penchait en adoration sur le berceau de l'Enfant Jésus, que venaient saluer les bergers et les niâmes; où elle fut la mater dolorosa (\\\ crucifié. En conséquence, l'artiste a fait une peinture à la fois simple et naïve de conception et d'expression.
comme les esprits auxquels elle devait s'adresser, fraîche et gracieuse comme le sentiment qui l'inspirait, liante et noble comme le but qu'il rêvait d'atteindre. Autour du plafond se déroulent chronologiquement, — feuillets couverts d'enluminures des Heures de la Vierge, des scènes, calmes, se-
reines, où les personnages peu nombreux, aux vêtements de couleurs tendres et claires, détachent leurs figures souriantes sur des fonds d'or, i ruDE poun la dans la verdure et dans les fleurs d'un
décohation de saintk-clotilde édénique Ori011t , sortes d appar i t ions
célestes (\u mirage de la foi. Et, au milieu, radieuse comme une aurore, belle d'une beauté surhumaine, la Vierge monte au ciel, sur les bras des anges, aux ailes roses et bleues. C'est le triomphe divin. Au gré des tempéraments divers que guide une esthétique plus ou moins élevée,
W. B®'Kr©uj]EiK.ieAig