‹ W. BouguereauChapitre 29 sur 58 · PORTRAIT DE M. X · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE M. X

Peu d'artistes de notre temps ont représenté l'enfance avec plus de tendresse, de charme et d'esprit que W. Bouguereau. Pour exprimer la naïveté, la malice, les sourires et les caresses de ces chers petits êtres, pour en peindre les chairs roses et blanches, les chevelures flavescentes, les attitudes, et les gestes, si simples, si ingénus, si gracieux, il a su inventer les scènes les plus aimables, les plus pittoresques, les plus originales, et d'une inépuisable diversité. Voici « la Guerre » : Sur un doux tapis d'herbe, deux enfants cherchent à se renverser, dans une lutte homérique, où ils jouent à la fois des pieds et des mains ; l'enche-

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vêtrement des membres potelés, que les coups et laideur teintent

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• I un chaud incarnat sur le satin blanc de l'épidémie, forme des lignes délicieuses ci des raccourcis piquants. C'esl ensuite <■ la Paix » : Le

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vainqueur baise à pleines lèvres sur les joues son adversaire, souriant de sa défaite, et qui lui offre en tribut les fleurs qu'il a cueillies. Ceux-ci jouent avec un agneau qu'ils tiennent fièrement sur les genoux et entre les bras, et qui leur rend leurs caresses en leur léchant les mains et le visage. Après mille folies joyeuses, sur un lit, ceux-là se sont endormis dans les bras l'un de l'autre ; leurs fronts se touchent, leurs souffles se mêlent, et ils semblent encore se sourire clans un rêve qui continue leurs jeux. Et, plus nombreux encore sont les tableaux, d'une exquise poésie, où, sous les regards attendris des mères, les enfants, avec des gestes fraternels, échangent des baisers, des fleurs et des fruits. A leur apparition, les critiques du temps répétaient à l'envi que tout cela faisait penser aux bambini de Raphaël, d'André del Sarte et de Léonard de Vinci.

Il est une autre série importante, celle dont les sujets sont tirés de la vie enfantine féminine. Ces peintures ont une origine particulière. Quand l'artiste prend ses vacances annuelles, ce n'est point pour se reposer, mais pour travailler en plein air, et à des compositions qui exigent moins de temps et moins de longues études que ses grands tableaux de mythologie et de sainteté. Alors, il fait, dans son jardin de La Rochelle, ces petits tableaux, dont les fillettes, qu'il trouve assez facilement dans les familles d'ouvriers et de pêcheurs, lui posent les ligures, le plus souvent uniques. Ce sont : « les Petites Mendiantes », « les Petites Pêcheuses », « les Petites Bohémiennes », « les Petites Bergères », « les Petites (iardeuses d'oies », « les Petites Paysannes », etc.; « la Leçon difficile », « la Tartine », « le Départ pour l'Ecole », l'Oiseau chéri », « Jeannine », « lvonnette », « l'Orage », « le Voile », « la Soupe au lait », etc.

Les jeunes filles ont servi fréquemment, aussi, de modèles pour des tableaux, où leur grâce, leur ingénuité et leur beauté fournissent des thèmes variés de compositions charmantes à deux personnages : grandes soeurs qui aident les petites à escalader les murs des vergers pour voler des pommes, qui les font boire aux cruches qu'elles viennent de remplir aux fontaines, qui les abritent de la pluie sous les jupes retournées sur la tète; bergères qui portent dans les bras des agneaux bêlants, etc.

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Dans la représentation de ces sujets, le peintre se montre toujours délicat et réservé; jamais il Délaisse soupçonner une intention, même finement voilée, de galanterie i oluptueuse, <l aimable libertinage. On trouve aussi (|uel<|ues peintures dont les compositions ont été inspirées par des études faites en Bretagne, au coins de l'année 1868 : « le Vceuà Sainte- Anne d'Auray ». « les Lavandières «le Fouesnant ». « Jeunes Filles de Fouesnanl revenant du marché ".une « Tricoteuse Bretonne ». « View et soeur bretons ». En décrivant le premier de ces tableaux, exposé an Salon de 1870, Théophile Gautier, qui sans doute a\ait reçu les confidences de \\ . Bouguereau, analyse avec précision l'idéal qu'il poursuivait dans ces compositions pittoresques: « Le Vœu à Sainte-Anne représente deux petites Bretonnes de quatorze ou quinze ans, agenouillées, un cierge à la main, devanl la chasse de Sainte-Anne. Bien qu'elles portent le costume et la coiffe du pays, elles n'ont lien de commun avec 1rs peintures des artistes bretonnants pour qui le monde tient entre Saint-Pol-de-Léon et Quimperlé. W. Bouguereau n'a pas voulu faire de la couleur locale à outrance, il a seulement cherché, dans un pax s où le sentiment religieux existe encore, une expression de foi pure et naïve, et certes il ne pouvait mieux rencontrer que ces deux charmantes têtes d'une candeur céleste, et qui semblent cacher des auréoles sous leur béguin de toile blanche. Lune d'elles prie avec un sérieux profond, et l'autre, alanguie ci comme en extase dans sa ferveur, ne prononce plus de paroles, et laisse avec un soupir monter son âme vers le ciel. Nous aimons beaucoup ce tableau, d'un sentiment si pur. d'une exécution si sobre et en même temps si parfaite. »

Quant à la représentation de la femme, dans les tableaux de fantaisie, dès la première heure, les peintures des maîtres italiens ont révélé à l'artiste la beauté dans la jeunesse, la séduction dans le sourire. la grâce dans la simplicité. Il peint surtout des jeunes mères avec leurs enfants. Ce thème, d'une inépuisable variété, d'une éloquence toujours nouvelle, lui a inspiré des tableaux au charme infini, dont les types ont été généralement empruntés à l'Italie. Dans « le sommeil ». une mère, niellant le doigl sur ses lèvres, fail signe à un enfant, qui vient de recevoir des cerises et \eiil les lui montrer, de s'a\anccr doucement pour ne pas

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