‹ W. BouguereauChapitre 30 sur 58 · SUJETS DE GENRE · texte numérisé non relu

SUJETS DE GENRE

réveiller le petit frère endormi sur ses genoux. Dans « le Baiser », on voit une femme assise sur un banc de pierre; un bambin l'embrasse tendrement, pour la remercier de l'orange qu'elle vient de lui donner. Une jeune mère, en habit de fête, sourit de la joie de son enfant à serrer dans sa petite main un fruit qu'un chevreau gourmand voudrait lui prendre. Agenouillée près du berceau, une autre tient, au-dessus de la tète de son nouveau-né qui se soulève pour la saisir, une des grappes de raisin qu'elle vient de cueillir dans la vigne; etc., etc.

Fort rares sont les sujets tristes, mélancoliques ou sévères. Les vêtements de deuil, la douleur, les larmes et les rides ne vont pas avec les tons de sa palette, frais, tendres et éclatants, faits pour les jeux et les ris, pour les baisers et pour les sourires. Dans cet ordre d'idées, les tableaux les plus connus sont « le .four des Morts », et « la Famille indigente ». A son apparition, le premier étonna par le contraste avec un composition idyllique, « l'Amour blessé »; mais la critique fut unanime à en louer l'idée et les qualités. « Le Jour des Morts », écrivait Théophile Gautier, ne fait aucun appel à la sensiblerie vulgaire. Il n'y a pas là le moindre sujet de gravure à l'aquatinta. Une veuve, belle encore, est agenouillée devant une tombe; elle lève vers le ciel, comme pour y chercher l'âme dont la dépouille git sous la terre, un long regard résigné, tandis que sa jeune fdle cache dans le sein maternel un visage noyé de larmes; on ne les voit pas. ces larmes, maison les devine; les épaules pleurent, le flanc sanglote, et la douleur soulève convulsivement ce jeune corps sous la sombre livrée du deuil. Quel beau groupe à placer sur une tombe on ferait de ce tableau sculpté en marbre! » Paul de Saint- Victor n'était pas moins poétiquement élogieux : « Il y a loin de « L'Amour blessé » au « Jour des Morts », disait-il, mais Vénus n'a-t-elle pas pleuré Adonis? Sous nos habits de deuil, la scène funèbre en reste athénienne comme une élégie de Bion.... Par l'harmonie de ses lignes, la science de ses attitudes, le groupe pathétique serait digne de pleurer sur la tombe d'une jeune Grec tué à Marathon ou à Salamine ». « La Famille indigente » fut mal accueillie. Le premier écrivain déclarait nettement que « l'artiste eût pu mettre plus de sentiment et de douleur dans ce groupe qui devrait être lamentable et qui n'inspire aucune pitié » .

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Le second reconnaissait que cette mère, assise au seuil d'une église et tenant ses trois enfants embrassés, forme un groupe grassemenl peint et largement dessiné; « mais, ajoutait-il, sa froideur académique, réchauffée de sentimentalité bourgeoise, m'empêche d'apprécier son exécution. Il \ a de l'affectation dans la figure de la femme. Elle a l'air de poser dans un atelier pour une Mater dolorosa de Calvaire. C'est à la porte de I Institut qu'elle devrait mendier: AI. Beulé lui donnerait une drachme, et M. Picot une obole M. Boùguereau possède

à fond la science et la pratique de son art. Que lui manque-t-il pour devenir un maître? Plus de hardiesse et moins de sagesse; la haine du lieu commun et le dédain du vulgaire. »

\\ . Boùguereau n'est point le peintre de la laideur, delà tristesse. de la misère; il est le Maître de la joie, de la grâce, de la beauté.

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SIMPLICITÉ ET UNITÉ DE VIE GENÈSE DE LA COMPOSITION ET MÉTHODE DE TRAVAIL

La vie de W. Bouguereau est dune simplicité et dune unité admirables, tout entière consacrée au métier, au professorat de l'École nationale des Beaux-Arts et d'ateliers privés, aux fonctions de membre ou président d'Associations corporatives, auxquelles l'ont appelé l'estime et la confiance de ses collègues. W. Bouguereau a l'aversion des relations purement mondaines; mais il prend plaisir à se trouver au milieu des artistes, à causer avec eux. La société des jeunes gens lui est une joie; il aime la jeunesse, et il en est aimé. Pour ses nombreux élèves, pour ceux cpii sont arrivés aux honneurs comme pour ceux cpii ont adopté une vie modeste, il est toujours le « Patron », à la sollicitude et au dévouement inaltérables, dont les conseils sont constamment réclamés avec confiance, et reçus avec reconnaissance. Les plages à la mode, les villes d'eaux, les pays consacrés par les touristes et par le high-life ne l'ont jamais eu comme hôte signalé dans les gazettes. Il ne voyage ni par curiosité, ni par plaisir de dilettante.

11 quitte Paris seulemenl pendant les vacances de L'École nationale des Beaux-Arts, pour faire, depuis quarante ans. une cure d'air natal

U, BOUGUEREAU. DANS S(l\ JARDIN, A L. \ nOCDELLl

dans sa chère ville de I>a Rochelle. Et, là, il mène la même \ie de travail, de recueillement et de simplicité. Sa maison des champs est un vieil hôtel du siècle dernier, entre cour et jardin, sis dans l'enceinte murale, à quelques mètres de la Porte de l'Horloge, de la

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