‹ W. BouguereauChapitre 34 sur 58 · A L'ECOLE DES BEAUX-ARTS PRINCIPES ET MÉTHODE D'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

A L'ECOLE DES BEAUX-ARTS PRINCIPES ET MÉTHODE D'ENSEIGNEMENT

ans un discours prononcé en séance publique annuelle des Cinq académies, le :i\ octobre 1880, W. Bouguereau résumait ainsi, à propos d'une réforme apportée au programme de l'École nationale des beaux-Arts, ses idées sur l'enseignement :

« La première organisation de l'Institut s'est distinguée par un prudent partage de ses travaux en académies différentes, et par des subdivisions dans chaque académie; méthode sage dans sa conception, heureuse dans ses résultats, et cpii a une tendance à s'accentuer de plus en plus. Aussi, n'est-ce pas sans regret que j'ai vu l'Ecole des beaux-arts réagir contre cette nécessité de notre époque; elle veut s'émanciper de ce que quelques-uns considèrent comme les étroits préjugés de nos devanciers, et, trouvant que ce n'est pas assez des premières difficultés

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dans l'étude de la peinture, de la sculpture et de l'architecture seules, elle exige des aspirants des épreuves dans les trois arts à la fois, compliquant encore les concours par des examens d'histoire. Je redoute les fatigues d'espril qui résultent de cette innovation, et je saisis l'occasion, probablement unique, où il m est permis de prendre la parole, devant une assemblée aussi éclairée, pour dire ma pensée.

« J'estime que la théorie u'a pas à intervenir d'une façon si tyrannique dans l'éducation élémentaire des artistes, (l'est l'œil et la main qu'il faudrait exercer dans les années impressionnables de la jeunesse. Quand nos élèves sauronl dessiner et se servir des procédés matériels de leur art: quand ils auront choisi le genre vers lequel les portent leurs goûts et leurs aptitudes, ils sentiront le besoin de l'aire les études spéciales que réclament leurs travaux, et ils les feront avec beaucoup pins de profit. On peut toujours acquérir les connaissances accessoires qui concourent à la production d'une œuvre d'art, mais jamais. et

j'insiste sur ce point, -jamais la volonté, la persévérance, l'obstination, ne réparent dans l'âge mûr l'insuffisance de la pratique. Et, conçoit-on une angoisse semblable à celle qu'éprouve l'artiste qui sent la réalisation de son rêve compromise par l'impuissance dans l'exécution?

« Oui voudra tout apprendre dès le début restera élève toute sa vie; il deviendra très instruit sans doute, mais il n'atteindra pas le lnii de son art, qui est de produire; il étouffera son originalité et ne donnera pas à son imagination le temps de s'exercer. Nous ne devons pas caresser la chimère de former des grands hommes comme la Ilenaissance en a fourni. Léonard de Vinci, Raphaël, Michel- Ange, ces robustes cariatides qui ont porte-' sur leurs épaules de géants le poids de toute la science de leur époque, ont été les produits extraordinaires de circonstances exceptionnelles, et connue la résultante d'une force mystérieuse. Cependant, l'arl moderne laissera aussi des noms dignes de souvenir. <|iii viendront augmenter le nombre de ceux dont la postérité conservera la mémoire : car si la science de nos artistes ii 'est pas universelle, ils cherchent du moins dans la nature le Beau, l'Expressif el le \ rai. »

On pourrait croire qu'un artiste qui a des idées aussi arrêtées,

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