GENESE DE LA COMPOSITION
rents, qu'il mène pour ainsi dire de front avec une parfaite tranquillité d'esprit et de main. En cours d'exécution, la composition reçoit souvent des modifications importantes, provoquées par la constante préoccupation
de faire mieux. Tout en ayant, par un travail prodigieux, incessant et méthodique, par une conscience professionnelle rarement satisfaite, acquis une science extraordinaire, qui lui permet de ne redouter et de n'esquiver aucune difficulté technique, W. Bouguereau cherche toujours. Dans ses grandes compositions, telles des ligures complémentaires qui paraissent avoir été peintes du premier jet, tant elles sont fraîches et délicates, lurent reprises plusieurs fois, montées ou descendues, inclinées ou relevées, afin qu'elles donnent plus de plaisir à l'esprit et aux yeux.
Aucun tableau ne quitte l'atelier que le peintre n\ ait mis, déclare-t-il, tout ce qu'il pouvait y mettre de lui-même, se préoccupant toujours de faire aussi consciencieusement les petits tableaux que les grands, parce qu'il ne croit pas qu'il soit plus facile de faire ceux-là que ceux-ci, et qu'il y ait moins de mérite à les terminer avec soin. Les maîtres en ont donné l'exemple. Raphaël a peint son « Joueur de violon » avec autant de sévérité, de conscience et d'amour que « la Dispute du Saint-Sacrement ». Une des maximes favorites de W. Bouguereau, dont il ne cesse de faire l'application, est qu il faut ne jamais rien laisser au hasard, ne jamais se lancer dans l'inconnu. « On doit toujours aborder de front la difficulté, dont aucune ne peut être insurmontable pour l'artiste qui sait son métier; mais, il y a danger de compromettre l'impression de fraîcheur et de joie dans le travail, cpie doit donner toute œuvre
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sincère, à chercher la difficulté, pour paraître l'avoir vaincue. Le bon peintre doit avoir plus de simplicité, plus de modestie ». Il dit aussi qu'il ne faul pas trop s'analyser. A son opinion, l'analyse est incompatible avec la production; et la production doit être chez l'artiste, comme dans la nature, la raison d'être. C"cst pour cela que W. Bouguerean admire, avec respect. 'Titien. Raphaël, Paul Véronèse, llubcns et Rembrandt : ils ont produit des chefs-d'œuvre si nombreux, qu'ils stupéfient notre stérilité relative, et qui sont ainsi les plus magnifiques, les plus grandioses, expressions des forces créatrices de la nature, inépuisable de fécondité. Il estime que s'il a pu arriver à un âge avancé, en possédant encore toute sa vigueur intellectuelle et physique, s'il se seul toujours dispos au travail, et s'il peut peindre, chaque année, de nombreux tableaux de toutes dimensions, c'est à cette discipline de corps et d'esprit, dont il s'est fait une loi inflexible, qu'il doit ce privilège et ce bonheur.
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