‹ W. BouguereauChapitre 43 sur 58 · ÉTUDE DE JEUNE BRETOSNE · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE JEUNE BRETOSNE

et, peu à peu, la pleine lumière s'est faite dans son esprit sur ce génie merveilleux. C'est que le peintre n'accepte point les jugements des autres, qu'ils répondent ou non à ses idées et à ses sentiments. Nul moins que lui n'est conformiste. Tout jeune homme, il écrivait dans son mémorial : « Insti'uis-toi à fond avant de décider une question » . Comprendre a toujours été son unique critérium, en tout et pour tout. Quand il a une hésitation, il étudie. Il ne formulera jamais une opinion

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qu'il n'en ait toute la conscience. Aussi, la critique lui est-elle indifférente, de même qu'une opposition, collective ou individuelle, officielle ou privée, ne lui a jamais fait modifier une décision, ni une ligne de

conduite. Rubens et Rembrandt sont pour lui des dieux, comme Raphaël, Léonard et Michel- Ange. Des wu" et xviii* siècles, il admire Le Sueur. Poussin et Boucher. Mignard et Lebrun ne lui plaisent guère, parce qu ils sont maniérés. Quant aux artistes contemporains, W. Bouguereau me déclare que, dans l'École anglaise, il n'est point pour les Préraphaëlistes, autour desquels on a l'ait tant de bruit, excepté Millais, ipii ne resta pas longtemps avec eux d'ailleurs, el dont il goûte fort le

OPINIONS SUR LES MAITRES ANCIENS ET MODERNES t3g

talent original et vigoureux. Dans le plus grand nombre des œuvres de Burne- Jones, pour lui, le fond de mysticisme obscur emporte la forme vague et indécise, étrange et bizarre. L'esprit clair de notre race

est réfractaire à ces logogriphes, à ces apocalyptiques inventions. Tout ce qui a été si fort loué dans l'Ecole anglaise par des écrivains récents, l'amour de la nature, le sentiment de la poésie rustique, la simplicité de la conception, et la loyauté du métier, se trouve bien plus cbez nous qu'au delà de la Manche, où précisément on nous fait honneur du privilège de ces qualités.

W. Bouguereau place Ingres et Delacroix parmi les plus grands

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artistes. < Le respecl et l'admiration que j'ai pour eux, me dit-il, et qui paraîtront peut-être contradictoires, viennenl • le ce que l'un et l'autre ont représenté avec sincérité ce qu'ils voyaient el sentaient, par des moyens conformes à leur idéal et à leur tempérament. Ingres a vu surtoul la ligne; avec quelle délicatesse, avec quelle netteté, il enveloppe les chairs, il en décrit les courbes, fortes, fines, et gracieuses ! Delacroix, lui, s'était fait une palette merveilleuse; avec les tons fulgurants et vibrants qu'il v puisait, il a traduit vigoureusement ses idées et ses sensations, la grâce primée par la puissance, le dessin dominé par la couleur. » W. Bouguereau qualifie Paul Baudrj un des plus grands talents des temps modernes et de tous les temps; il vante la force. la délicatesse et la grandeur de conception de ses tableaux et de ses œuvres de décoration, le charme infini de leur harmonie de couleurs. \ son opinion, François Bonvinesl « un artiste ('■mérite qui, s'inspirant des œuvres des maîtres hollandais, et s'appuyanl sur nue étude approfondie de la nature, a l'ait des tableaux pour lesquels il doit être tenu comme un précurseur ». DeGustave

Moreau il goûte la plus grande originalité d'invention, l'exécution Une el

délicate, el l'amour de la couleur.

« Je Miis donc fort éclectique, connue vous voyez, ajoutait-il en

souriant; j'admets et je respecte toutes les Ecoles de peinture, qui ont

pour bases de doctrine l'étude sincère de la nature, la recherche du

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