‹ W. BouguereauChapitre 45 sur 58 · OPINIONS SUR LES MAITRES ANCIENS ET MODERNES · texte numérisé non relu

OPINIONS SUR LES MAITRES ANCIENS ET MODERNES

la vérité. II ne lit les romans qu'à un point de vue exclusivement objectif, pour ne point paraître un barbare, en ignorant complètement une littérature spéciale qui tient une si grande place dans le mouvement intellectuel contemporain.

\u fond, chez lui, l'art domine tout. Il ne vit, il ne pense, il ne travaille (pie pour l'art. Vu-dessus de tous les autres, il aime l'art de

sou pays, l'art qui, depuis le Moyen Age jusqu'à ce jour, a brillé d'un éclat si prestigieux. <|iii a revêtu des formes si originales, si grandioses, en harmonie parfaite avec le génie de la France, avec sa haute mission dans le monde ; et. cet art, il l'aime ardemment, pour l'avoir profondément étudié. Son patriotisme artistique a l'ardeur de la foi qui agit et qui crée. Peu de temps avant notre conversation, W. Bouguereau assistait à la grande fête donnée par le lord-maire de Londres, à l'occasion de l'Exposition de peinture française au Guildhall. Son émotion avait été profonde, en entendant faire par les Anglais l'éloge sans réserve de l'Ecole française, cpd mérite cet hommage international. L'exposition faisait grand honneur à notre pays; elle avait prouvé que nous sommes encore, en art. à la tète des nations. Aussi le maître se montre-t-il toujours hautement fier de son métier. Membre de l'Académie des Beaux-Arts, président d'Associations, il ne laisse passer aucune occasion (ïen manifester l'orgueil, et de l'imposer. Dans un discours aux membres de la Société Taylor, il disait, en 1898 :

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Nous ne devons pas oublier que, lorsque la patrie souffril d une angoisse indicible, l'art se tinl debout, et contribua à relever l'honneur de la France. » Il faisait directement allusion à l'incidenl de I Exposition des Beaux-Arts de Berlin, qui avait vivement agité le monde artistique, et où il avait pris une attitude si nette et si courageuse, pour la participation des peintres français. « Quand je devrais aller seul a Berlin, j'irai, avait-il dit; je considère comme un devoir de patriotisme d aller vaincre les peintres allemands dans la capitale même de l'Empire d Allemagne. S'abstenir est une désertion. »

La nuit était tombée dans le jardinet de l'hôtel. Je pris congé de \\ . Bouguereau, emportant l'impression délicieuse d un entretien tel qu'en devait avoir, avec ses amis. Le Sueur, dans le cloître de la Chartreuse de Paris, ou Poussin, dans la Campagne de Home, près du tombeau de Cécilia Metella.

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