‹ Wagner à Munich, Francfort, NiceChapitre 28 sur 28 · Nature, architecture, sculpture · texte numérisé non relu

Nature, architecture, sculpture

peinture, musique, poésie, féminité, tels sont les sept termes de l'art, les sept cordes de la lyre.

Mitsique. — Quand j'entends Beethoven, je deviens Achille, Hector.

Quand j'entends Bach , je deviens saint Pierre, saint Paul.

A entendre Wagner, « une femme de mes amies, au dénouement par exemple de la Gôtterdàmmerung , se sent resserrée, réduite, diminuée : ses bras ont raccourci de cinq et ses jambes de sept millimètres ». Pour moi c'est tout le contraire : de mes pieds sortent des racines et de mes mains des branches: je deviens un chêne, une forêt, puis la montagne sur laquelle elle s'élève, et en bas de ces Alpes, de ces Pyrénées, de ces Balkans, le Rhin, la Garonne, le Danube, toute la planète Terre; enfin avec Parsifal elle se recouvre du ciel étoile.

Pendant l'audition, je me décompose en mes éléments primitifs. Après l'audition, je

me recompose : un végétal, un animal, un homme, moi,

96. — L'artiste est l'amant des lignes, des couleurs et des sons.

L'artiste est l'amant de la nature.

L'artiste est l'amant de la mythologie, cette première représentation de la nature dans l'humanité; de là les Muses de Raphaël au Vatican; de là les Sibylles de Michel- Ange, où donc? en la voûte de la chapelle Sixtine.

Mais les Sibylles et les Muses servaient depuis des siècles : Wagner est parti pour le bout du monde, pour l'Islande, il y a trouvé, il en a rapporté les eddas, les sagas et les runes.

97. — L'artiste vit de la beauté. — « Wagner lui a dit : « Prends garde, ô fou! tu dois avant tout être pur; Fal, tu dois d'abord être Parsi : Parsifal. »

98. — Il y a dans l'existence Dieu, l'humanité, la nature : l'infini, l'indéfini, le fini.

Ces quelques pages de mon Wagner à Francfort présentent un défaut absolu de composition, d'ensemble, d'unité; ce sont des chapitaux, des fûts de colonnes, des pierres taillées qui attendent, épars, mêlés, confondus sur le sol, la main d'un architecte; or il ne viendra pas : Disjecti membra poetœ.

Ceci dit, je me rappelle le mot de Victor Hugo : « Une tempête sous un crâne. » Pendant huit jours, à Francfort, j'ai éprouvé cette tempête, et il en est sorti sur l'existence triple et une — Dieu, l'humanité, la nature — des éclairs.

Enfin, dans une apothéose, Wagner apparaît illuminé en sa double face de poète et de musicien. Les créatures animées, vivantes, transfigurées, de son drame lyrique lui font cortège et l'entourent, les Nomes, les Walkyries, les filles du Rhin, les Nibelungen, les géants, les héros et les dieux, Siegfried et Brunehilde, Wotan.

Page 1