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autre ouvrage de Wagner ne se marque d'une manière plus éclatante la prodigieuse fécondité de l'invention mélodique chez le maître de Bayreuth. Elle s'épanche ici librement, sans contrainte, avec une superbe allégresse. La musique, dans les Maîtres, s'ébat, selon l'ingénieuse comparaison de M. Dauriac, comme un écolier en vacances qui s'en donne à cœur joie.
Un autre trait caractéristique de cette musique c'estle style vieil-allemand si original que Wagner a créé en vue de sa comédie musicale, l'alliage si savoureux qu'il a su obtenir en combinant les formes les plus scolastiques avec les raffinements les plus complexes de la technique moderne. Ici il se sert, pour caractériser la respectabilité un peu pédante des maîtres
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d'un thème qu'on a pu rapprocher de certains motifs de Bach et de Schutz :
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oudun motif emprunté au « Long ton » de Heinrich Mùgling
tout il a fait l'éclatant thème de la Bannière
Ailleurs il donne aux vocalises de Beckmesser une forme toute scolastique qui rappelle les fioritures du maître chanteur Frauenlob. Il se plaît à des combinaisons de contrepoint qui sont des merveilles d'ingéniosité. Ainsi le célèbre passage de l'ouverture où il s'est amusé à faire marcher ensemble en une étonnante synthèse le motif expressif de Walther chanté par les violons, le thème delà Bannière et le thème des Maîtres qui se déroule majestueusement à la basse. Ainsi les eoq-à-1'âne harmoniques qu'il obtient en faisant intervenir brusquement l'immuable fa dièse donné par la corne du veilleur de nuit au milieu d'épisodes établis dans un ton très éloigné. Ou bien encore il se sert avec un humour amusé des formules familières aux anciennes écoles, comme dans le prodigieux finale du second acte où il emploie — avec quel brio étourdissant — la forme la plus austèrement classique de Tari
LlCHTENBERGEH.
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musical, la fugue, pour décrire la dispute nocturne des bourgeois de Nuremberg.
Cette richesse mélodique, cette virtuosité stupéfiante dans le maniement de la technique musicale, cette exubérance de vie, de couleur, de mouvement, cet alliage unique du lyrisme le plus exalté ou le plus profond avec la bouffonnerie la plus folle et la parodie la plus débridée font des Maîtres une des productions les plus merveilleuses de la maturité épanouie de Wagner. (Test une œuvre d'un art magnifique, surchargé, pesant, d'une splendeur peut-être un peu barbare, — tout moderne dans son inspiration dernière mais qui, pourtant, à travers les siècles, tend la main à celui du grand Sébastien Bach — d'un art monumental et puissant, savant et raffiné et qui, pour être compris, suppose vivants deux siècles de musique allemande. On peut assurément trouver une pareille musique chargée, compliquée, touffue. Elle n'a pas, à coup sûr, la lumineuse clarté des œuvres de Gluck ou de Mozart! Elle manque de cette noble simplicité de lignes qui fait la beauté de l'art classique. C'est une œuvre septentrionale, germanique, surprenante de symbolisme, lourde de pensée, une œuvre où la joie même est quelque chose de complexe, de raffiné, de profond, je «lirais presque d'attendrissant et d'émouvant.
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Mais qu'elle est vivante et saine et débordante de robuste allégresse ! Et comme elle est, dans tous les cas, représentative du génie allemand ! C'est ce que sentait bien Nietzsche lorsque, au temps ou déjà il condamnait sans rémission Pm'sifal, il saluait dans les Maîtres « quelque chose d'allemand au meilleur et au pire sens du mot, une chose qui est, à la façon allemande, complexe, informe, inépuisable... une expression exacte et authentique de l'âme allemande à la fois jeune et vieillotte, plus que mûre et trop riche d'avenir. »