‹ Wagner (volume 3)Chapitre 17 sur 28 · PARSIFAL · texte numérisé non relu

PARSIFAL

Dans le plan primitif de son Tiistan déjà, Wagner s'était proposé d'opposer à Tristan, le héros de la passion, Parsifal, le héros du renoncement. Au dénouement du dramç, quand Tristan, étendu aux pieds d'Iseut, aspire à la mort sans pouvoir mourir, Parsifal survenait sous le costume de pèlerin : il cherchait à adoucir la peine des amants perdus dans leurs extases désolées, à apaiser par ses consolations la plainte désespérée du héros expirant. Mais Wagner n'avait pas tardé à sentir que le personnage de

igS WAGNER

Parsifal surgissant ainsi sans préparation au terme de ce drame d'amour eût été difficile à faire accepter. Et il renonça à le faire paraître dans Tristan. La figure de Parsifal, toutefois, continue à hanter son imagination. Au printemps de 1857, tandis qu'il travaillait à son Tristan dans la maison de campagne que les Wesendonk avaient mise à sa disposition, il se prit à rêver au touchant épisode de la rencontre de Parsifal avec les pèlerins le jour du Vendredi saint, et il éprouva comme une sorte d'illumination intérieure. Il eut l'intuition soudaine du mystère de la croix. Il lui sembla, racontait-il plus tard à M. de Wolzogen, entendre des voix d'anges qui chantaient : « Tu ne porteras point d'armes en ce jour oii le Seigneur mourut sur la croix pour le salut des hommes. » Laissant de côté son Tristan^ il composa les vers empreints d'une mystique tendresse où Gurnemanz explique à Parsifal le charme du Vendredi saint, jour de repentir mais aussi jour de pardon, oii l'herbe, oîi la fleur des champs, où la nature entière pressentent le divin mystère de la rédemption et sourient de bonheur au spectacle de l'homme repenti et purifié. Il tenait l'idée maîtresse de Parsifal. D'autres travaux, l'achèvement de Tristan, puis des Maîtres Chanteurs , enfin la grande

onlrcprise doBayrciilh retardèrent pendant vingt ans rexéciitioa du drame. C'est en 1877 seulement que le poème de Parsifal se trouva terminé. Cinq ans après la musique était achevée à son tour, et l'œuvre était représentée avec un éclatant succès à Bayreuth le 26 juillet 1882.

Parsifal est certainemeut l'un des drames de Wagner dont l'action se déroule avec le plus de clarté et dont l'idée se manifeste de la manière la plus lumineuse. De même que VAiineaunows montrait la rédemption de l'univers par l'acte libérateur de Briinnhilde restituant For maudit aux Filles du Rhin, ainsi Parsifal nous retrace la rédemption du monde parle Simple au cœur pur qui devient « conscient par la pitié ». Au premier acte Parsifal éprouve la révélation de la souffrance et de la pitié. Au second acte sa pitié devient consciente. Au troisième il accomplit l'acte rédempteur et rétablit l'ordre troublé de l'univers.

Tout comme VAnneau mettait aux prises les deux mondes ennemis des dieux de lumière et des sombres Nibelungen, ainsi Parsifal pose l'un en face de l'autre le royaume du Graal et le château enchanté de Klingsor. D'un côté les chevaliers élus, voués au culte de la sainte coupe où coula le sang de Jésus, champions de la justice, protecteurs des faibles, milice du christ sur la terre. D'autre part la puissance malfaisante

igS WAGNER

du magicien Klingsor qui a, comme Albcrich, maudit l'amour, qui, dès lors, tient sous sa domination redoutable quiconque subit la loi du désir et sème sur la terre le péché, la soufTrance et la mort. Entre Montsalvat et le Château de Perdition, entre le monde de la pureté et le monde du désir, c'est une lutte sans trêve. Et voici que la victoire semble pencher du côté de Klingsor. Séduit par l'enchanteresse Kundry , la plus redoutable des auxiliaires de Klingsor, le roi du Graal lui-môme, Amfortas, a succombé au désir. Profitant de l'instant où son adversaire avait déposé ses armes, Klingsor s'est emparé de la lance de Graal, il en a frappé le roi. Atteint d'une blessure inguérissable, marque visible de la souillure du désir, Amfortas subit désormais le plus effroyable martyre. Comme Tristan, il oscille entre la vie et la mort : il aspire de tout son être à la mort et au pardon et il ne peut pas mourir parce que le culte du Graal le voue à l'immortalité qui est pour lui le pire des supplices. Un seul espoir lui reste. Un jour que, prosterné devant la sainte relique, il implorait son pardon en une fervente prière, il a vu briller sur le Graal, en lettres de feu, une inscription annonçant la venue d'un libérateur, le « Simple au cœur pur», à qui la compassion enseignerait le mystère de la souffrance universelle. Il attend maintenant

anxieusement ce rédempteur qui seul peut mettre fin à ses maux.

Et voici (|ue, parmi les chevaliers du Graal dans Tainiction, devant le roi-pécheur torturé par sa blessure, surgit enfin Parsifal. Le « Simple au cœur pur » est, comme Siegfried, un impulsif guidé par les instincts d'une nature héroïque et puissante qui le pousse vers les aventures redoutables, vers la lutte et la guerre, qui l'incline à vivre tout entier dans le moment présent, insoucieux du passé comme de l'avenir. Simple, parce qu'il ignore le monde et ses conventions et ses lois. Pur, parce qu'il ignore tout désir mauvais. Mais ce Simple est aussi un intuitif qui, au contact de la réalité, tend, par de brusques illuminations de son être tout entier vers une conscience toujours plus haute et plus parfaite du monde et de ses lois. Par une série d'initiations successives il comprendra peu à peu le mystère de la souffrance universelle.

C'est, dès son entrée sur le territoire de Graal, la vision de l'humble souffrance animale qui s'offre à lui. Il a, par caprice de chasseur, tué un beau cygne blanc qui volait au-dessus du lac. Et voici que le vieil écuyer Gurnemanz relève l'oiseau, montre à Parsifal les taches de sanof qui souillent le plumage déneige du cygne expirant; il lui fait voir son regard voilé par l'ap-

aoo

proche de la mort. Brusquement pénétré d'une émotion nouvelle, Parsifal brise son arc et ses flèches et les rejette au loin. Le Simple a pour la première fois connu la pitié.

Puis il est conduit dans le temple même du Graal. Là il aperçoit le roi Amfortas étendu sur son lit de douleur. Il écoute la plainte déchirante du roi pécheur torturé par son inguérissable blessure. Il assiste à l'ofllce du Graal. Il voit, entre les mains du roi, la sainte coupe s'empourprer d'une surnaturelle lueur de sang. Il entend un chœur invisible chanter les paroles sacrées qui annoncent au monde l'amour du Sauveur miséricordieux :

if^^^^ j j,j i^\,l - i

Neh. met hin mei nen Leib P

neh -. met

hin mein Bliit

umunsrerLie -

Il entend retentir la promesse pleine de réconfort de la rédemption -par la foi et l'amour :

Il entend monter vers le ciel le cantique mystique (lo In foi rédemptrice :

Tau - beschwebt des

iéJiMM

Page 1