VAG.\ER
lorsqu'à Riga il entreprend un opéra-comique qu'il destine au théâtre où il est placé et qu'il intitule Y Heureuse famille cVours ; il s'arrête à temps, sentant qu'il n'estpas fait pour écrire «de la musique à la Adam ». Mais si, avec Rienzi ses ambitions s'élèvent, si, laissant là des bagatelles indignes de son génie il crée une œuvre de vaste envergure et de haute portée, il ne cherche toujours encore qu'à composer un opéra selon la formule qui triomphe à ce moment à Paris et sur les grandes scènes lyriques d'Europe. Il voit son sujet, comme il le dit lui-même plus tard, « à travers les lunettes du Grand-Opéra ». Ce n'est pas, sans doute, qu'on soit en droit de voir dans Rienzi, comme on le fait parfois, un opéra <* à la Meyerbeer », dont le libretto ne serait qu'un prétexte à musique et dont la musique aurait été cuisinée d'après les recettes italiennes ou françaises. Les commentateurs wagnériens font ressortir à juste titre l'enthousiasme sincère avec lequel Wagner a créé son héros principal^ « ce Rienzi avec les grandes pensées qui se pressaient dans sa tête et son cœur », Fart qu'il a déployé dans la peinture des caractères, le soin qu'il amis à construire l'action dominée par une idée morale fort élevée : la délivrance de la patrie par le sacrifice de l'individu au profit de la communauté. Ils font remarquer que, dans Uieiizi^
L'ŒUVRE (j3
Wagner procède non point de Meyerbeer (il ne connaissait de lui à ce moment que Robert le Diable) mais de Spontini et de Gluck ; que l'emploi ingénieux de certaines répétitions de motifs annonce déjà le procédé du Leitmotiv; que dans l'instrumentation on voit déjà apparaître mainte particularité du style wagnérieu postérieur. Il n'en reste pas moins certain que Rieiizi est encore de tout point conforme au type traditionnel de l'opéra. 11 en contient tous les ingrédients ordinaires : un sujet historique, une pièce à grand spectacle sans prétentions littéraires ou symboliques, un ballet-pantomime, une musique brillante avec des grands airs, des duos et des trios, des hymnes, cortèges et scènes militaires, de brillants iinales. On comprend aisément que Wagner, une fois conscient de l'idéal artistique vers lequel il tendait, ait tenu en assez mince estime une production ([ui répondait aussi peu aux exigences de son esthétique.