‹ Walden, ou la Vie dans les bois. Traduction de L. FabuletChapitre 11 sur 78 · Buthel, boisseau, 35 litre* 234 aux États-Unis · texte numérisé non relu

Buthel, boisseau, 35 litre* 234 aux États-Unis

2. Erable à sucre, originaire du nord des États-Unis et du Canada.

3. « Nous savons faire une liqueur adoucissante aux livres De citrouille et panais et copeaux de noyer. ■

Vers tirés dune chanson appelée La Ennui, de la NouodU-Anglctare, composée par un des premier, colons, et qui passe pour la plut ancienne composition américaine connue.

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terre que je cultivais — à savoir, huit dollars huit cents. Mais quoiqu'il en fût, j’estimai que c’était augmenter la valeur de la terre que de m’établir dessus en squatter.

Il est certaine catégorie d'incrédules qui parfois me posent des questions comme celle-ci : «Croyez-vous pouvoir vivre uniquement de légumes ?» Pour atteindre tout de suite à la racine de l’affaire — car la racine, c’est la foi, — j’ai coutume de répondre à tels gens, que je peux vivre de clous à sabot. S’ils ne peuvent comprendre cela, ils ne le sauraient guère ce que j’ai à dire. Pour ma part, ce n’est pas sans plaisir que j’apprends qu’on tente des expériences de ce genre-ci, par exemple qu’un jeune homme a essayé pendant quinze jours de vivre de maïs dur, de maïs cru sur l’épi, en se servant de ses dents pour tout mortier. La gent écureuil tenta la même avec succès. La race humaine est intéressée dans ces expériences, quand devraient quelques vieilles femmes hors d’état de les tenter, ou qui possèdent en moulins leur usufruit, s’en alarmer.

Mon mobilier, dont je fabriquai moi-même une partie, le reste ne me coûta rien de quoi je n’aie rendu compte, consista en un lit, une table, un pupitre, trois chaises, un miroir de trois pouces de diamètre, une paire de pincettes et une autre de chenets, une bouillotte, une marmite, et une poêle à frire, une cuiller à pot, une jatte à laver, deux couteaux et deux fourchettes, trois assiettes, une tasse, une cuiller, une cruche à huile, une cruche à mélasse, et une lampe bronzée. Nul n’est si pauvre qu’il lui faille s’asseoir sur une citrouille. C’est manque d’énergie. Il y a dans les greniers de village abondance de ces chaises que j’aime le mieux, et qui ne coûtent que la peine de les enlever. Du mobilier ! Dieu merci, je suis capable de m’asseoir et de me tenir debout sans l’aide de tout un garde-meubles. Qui donc, sinon un philosophe, ne rougirait de voir son mobilier entassé dans une charrette et courant la campagne exposé à la lumière des cieux comme aux yeux des hommes, misérable inventaire de boîtes vides ? C est le mobilier de Durand. Je n’ai jamais su dire à l’inspection de telle charretée si c’est à un soi-disant riche ou à un pauvre quelle appartenait ; le possesseur toujours en paraissait affligé de pauvreté. En vérité, plus vous possédez de ces choses, plus vous êtes pauvre. Il n’est pas une de ces charretées qui ne semble contenir le contenu d’une douzaine de cabanes ; et si une seule cabane est pauvre, cela l’est douze fois autant. Dites-moi pourquoi déménageons- nous, sinon pour nous débarrasser de notre mobilier, notre exuvice; à la fin passer de ce monde dans un autre meublé à neuf, et laisser celui-ci pour le feu? C’est comme si tous ces pièges étaient bouclés à votre ceinture, et qu’il ne fût plus possible, sur le

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rude pays où sont jetéeii nos lignes, de se déplacer sans les tramer, - traîner son piège. Heureux le renard qui y laissa la queue Le rat musqué se coupera de la dent jusqu'à la troisième patte pour être ibre. Guère étonnant que l'homme ait perdu son élasticité. Que souvent il lui arrive dette au point mort I « Monsieur, si vous permettez, qu'entendez-vous par le point mort ? » Si vous êtes un voyant, vous ne rencontrez pas un homme que vous ne découvriez derrière lui tout ce qu'il possède, oui, et beaucoup qu il feint de ne pas posséder, jusqu'à sa batterie de cuisine et tout le rebut qu il met de cote sans le vouloir brûler, à quoi il semble attele et poussant de 1 avant comme il peut. Je crois au point mort celui qui ayant franchi un nœud de bois ou une porte cochère ne se peut faire suivre de son traîneau de mobilier Je ne laisse nas de me sentir touché de compassion quand 1 entends un homme bien troussé, bien campé, libre en apparence, tout sangle, tout botte, parler de son ■ mobilier », comme étant assuré ou non. « Mais que ferai-]e de mon mobilier ? » Mon brillant papillon est donc empetre dans une toile d araignée. Il n'est pas jusqu'à ceux qui semblent longtemps n en pas avoir, que, poussant plus loin votre enquête, vous ne découvriez en avoir amasse dans la grange de quelqu'un. Je considère l'Angleterre aujourd hu, comme un vieux gentleman qui voyage avec un grand bagage, friperie accumu ee au cours dune longue tenue de maison, et qu'il n a pas le courage de brûler ; grande malle, petite malle, carton à chapeau et paquet. Jetez-mo. de cote les trois premiers au moins. 11 serait de nos jours au-dessus des forces d un homme bien portant de prendre son lit pour s en aller, et je conseillerais certainement à celui qui serait malade de planter là son lit pour filer. Lorsqu il m est arrive de rencontrer un immigrant qui chancelait sous un paquet contenant tout son bien — énorme tumeur, eût-on dit, poussée sur sa nuque — je 1 ai pris en pitié, non parce que c’était, cela, tout son bien, mais parce qu il avait tout cela à porter. S’il m’arrive d’avoir à traîner mon piège, j’aurai soin que c en soit un léger et qu’il ne me pince pas en une partie vitale. Mais peut-être le plus sage serait-il de ne jamais mettre la patte dedans.

Je voudrais observer, en passant, qu’il ne m’en coûte rien en fait de rideaux, attendu que je n’ai d’autres curieux à exclure que le soleil et la lune, et que je tiens à ce qu’ils regardent chez moi. La lune ne fera tourner mon lait ni ne corrompra ma viande, plus que le soleil ne nuira à mes meubles ou ne fera passer mon tapis, et s’il se montre parfois ami quelque peu chaud, je trouve encore meilleure économie à battre en retraite derrière quelque rideau fourni par la nature qu’à ajouter un simple article au détail de mon menaga. Une dame m’offrit une fois un paillasson, mais comme je n avais ni place de reste dans la maison, ni de temps de reste dedans ou dehors pour le secouer, je

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déclinai l’offre, préférant m’essuyer les pieds sur l’herbe devant ma porte. Mieux vaut éviter le mal à son début. ,

Il n’y a pas longtemps, j’assistais à la vente des effets d un diacre, attendu que sa vie n’avait pas été inefficace :

« The evil that men do lives after them 1 »,

Comme toujours, la friperie dominait, qui avait commencé a s accumuler du vivant du père. Il y avait dans le tas un ver solitaire desséché. Lt voici qu’après être restées un demi-siècle dans son grenier et autres niches à poussière, ces choses n’étaient pas brûlées ; au lieu d’un autodafé ou de leur purifiante destruction, c’était d’une vente à l'encan qu il s agissait, ou de leur mise en plus-value. Les voisins s’assemblèrent avec empressement pour les examiner, les achetèrent toutes et soigneusement les transportèrent en eurs greniers et niches à poussière, pour y rester jusqu au règlement de leurs biens, moment où de nouveau elles se mettront en route. L homme qui meurt chasse du pied la poussière.

Les coutumes de quelques tribus sauvages pourraient peut-etre se voir imitées avec profit par nous ; ainsi lorsque ces tribus accomplissent au moins le simulacre de jeter au rebut annuellement leur dépouille . Elles ont idee de la chose, qu’elles en aient la réalité ou non. Ne serait-il pas a souhaiter que nous célébrions pareil « busk » ou « fête des prémices » décrite par Bartram comme ayant été la coutume des Indiens Mucclasse ? « Lorsqu une vi le célèbre le busk, » dit-il, « après s’être préalablement pourvus de vetements neufs, de pots, casseroles et autres ustensiles de ménage et meubles neufs, ses habitants réunissent leurs vêtements hors d’usage et autres saletes, balaient et nettoient leurs maisons, leurs places, la ville entière, de leurs immondices, dont, y compris tout le grain restant et autres vieilles provisions, ils tont^un tas commun qu’ils consument par le feu. Après avoir pris medecine et jeûné trois jours, on éteint tous les feux de la ville. Durant le jeune on s abstien de satisfaire tout appétit, toute passion, quels qu i» soient. On proclame une amnistie générale ; tous les malfaiteurs peuvent réintégrer leur ville. »

« Le matin du quatrième jour, le grand prêtre, en frottant du bois sec ensemble, produit du feu neuf sur la place publique, d où chaque habitation de la ville est pourvue de la neuve et pure flamme. »

Alors ils se régalent de maïs et de fruits nouveaux, dansent et chantent

1. Shakemeare Jula Cùar.Tni. : 1^ mal qu» font le» homme» leur «urvit. -

2. A Païenne, dan» cloque quartier, a lieu encore annuellement un feu de joie alimenté de» meuble, et iuten.de. de rebut dont ic débarrauent le» habitant».

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trois jours, « et les quatre jours suivants ils reçoivent des visites et se réjouissent avec leurs amis venus des villes voisines, lesquels se sont de la meme façon purifiés et préparés. » .

Les Mexicains aussi pratiquaient semblable purification a la nn de tous les cinquante-deux ans, dans la croyance qu’il était temps pour le monde de prendre fin. t , .

Je ne sais pas de sacrement, c’est-à-dire, selon le dictionnaire, de « signe extérieur et visible d’une grâce intérieure et spirituelle », plus honnête que celui-ci, et je ne doute pas que pour agir de la sorte ils n aient à 1 origine ete inspirés directement du Ciel, quoiqu’ils ne possèdent pas de textes bibliques de la révélation.

Pendant plus de cinq ans je m’entretins de la sorte grâce au seul labeur de mes mains, et je m’aperçus qu’en travaillant six semaines environ par an, je pouvais faire face à toutes les dépenses de la vie. La totalité de mes fiivers comme la plus grande partie de mes étés, je les eus libres et francs pour l’étude. J’ai bien et dûment essayé de tenir école, mais me suis aperçu que mes dépenses se trouvaient en proportion, ou plutôt en disproportion, de mon revenu, car j’étais obligé de m’habiller et de m’entraîner, sinon de penser et de croire, en conséquence, et que par-dessus le marché je perdais mon temps. Comme je n’enseignais pas pour le bien de mes semblables, mais simplement comme moyen d’existence, c’était une erreur. J’ai essayé du commerce ; mais je m’aperçus qu’il faudrait dix ans pour s’enrouter là-dedans, et qu’alors je serais probablement en route pour aller au diable. Je fus positivement pris de peur à la pensée que je pourrais pendant ce temps-là faire ce qu’on appelle une bonne affaire. Lorsqu’autrefois je regardais autour de moi en quête de ce que je pourrais bien faire pour vivre, ayant fraîche encore à la mémoire pour me reprocher mon ingénuité telle expérience malheureuse tentée sur les désirs de certains amis, je pensai souvent et sérieusement à cueillir des myrtils ; cela, sûrement, j’étais capable de le faire, et les petits profits en pouvaient suffire, — car mon plus grand talent a été de me contenter de peu, — si peu de capital requis, si peu de distraction de mes habitudes d esprit, pensai-je follement. Tandis que sans hésiter mes connaissances entraient dans le commerce ou embrassaient les professions, je tins cette occupation pour valoir tout au moins la leur ; courir les montagnes tout 1 ete pour cueillir les baies qui se trouvaient sur ma route, en disposer après quoi sans souci ; de la sorte, garder les troupeaux d'Admète. Je rêvai aussi de récolter les herbes sauvages, ou de porter des verdures persistantes à ceux des villageois qui aimaient se voir rappeler les bois, même à la ville, plein des charrettes à foin.

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Mais j’ai appris depuis que le commerce est la malédiction de tout ce à quoi il touche ; et que commerceriez-vous de messages du ciel, l’entière malédiction du commerce s’attacherait à l’affaire.

Comme je préférais certaines choses à d’autres, et faisais particulièrement cas de ma liberté, comme je pouvais vivre à la dure tout en m’en trouvant fort bien, je n’avais nul désir pour le moment de passer mon temps1 à gagner de riches tapis plus qu’autres beaux meubles, cuisine délicate ni maison de style grec ou gothique. S’il est des gens pour qui ne ce soit pas interruption que d’acquérir ces choses, et qui sachent s’en servir une fois qu ils les ont acquises, je leur abandonne la poursuite. Certains se montrent « industrieux », et paraissent aimer le labeur pour lui-même, ou peut-être parce quil les préserve de faire pis ; à ceux-là je n’ai présentement rien à dire. A ceux qui ne sauraient que faire de plus de loisir que celui dont ils jouissent actuellement, je conseillerais de travailler deux fois plus dur qu’ils ne font, — travailler jusqu’à ce qu’ils paient leur dépense, et obtiennent leur licence. Pour ce qui est de moi je trouvai que la profession de journalier était la plus indépendante de toutes, en ceci principalement qu’elle ne réclamait que trente ou quarante jours de l’année pour vous faire vivre. La journée du journalier prend fin avec le coucher du soleil, et il est alors libre de se consacrer à telle occupation de son choix, indépendante de son labeur ; tandis que son employeur, qui spécule d’un mois sur l’autre, ne connaît de répit d’un bout à 1 autre de 1 an.

En un mot je suis convaincu, et par la foi et par 1 expérience, que s entretenir ici-bas n’est point une peine, mais un passe-temps, si nous voulons vivre avec simplicité et sagesse ; de même que les occupations des nations plus simples sont encore les sports de celles qui sont plus artificielles. Il n est pas nécessaire pour l’homme de gagner sa vie à la sueur de son front, si toutefois il ne transpire plus aisément que je ne fais.

Certain jeune homme de ma connaissance, qui a hérité de quelques acres de terre, m’a confié que selon lui il vivrait comme je fis, s il en avait les moyens. Je ne voudrais à aucun prix voir quiconque adopter ma façon de vivre ; car, outre que je peux en avoir trouvé pour moi-même une autre avant qu’il ait pour de bon appris celle-ci, je désire qu’il se puisse être de par le monde autant de gens différents que possibîe ; mais ce que je voudrais voir, c’est chacun attentif à découvrir et suivre sa propre voie, et non pas à la place celle de son père ou celle de sa mère ou celle de sbn voisin. Que le jeune homme bâtisse, plante ou navigue, mais qu’on ne l’empêche pas de faire ce que, me dit-il, il aimerait à faire. C'est seulement grâce à un point mathématique que nous sommes sages, de même que le marin ou 1 esclave en fuite ne quitte pas du regard l’étoile polaire ; mais c’est, cela, une direction suffisante

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pour toute notre vie. Nous pouvons ne pas arriver à notre port dans un délai appréciable, mais ce que nous voudrions, cest ne pas nous ecarter de la

bonne route. , -n

Sans doute, en ce cas, ce qui est vrai pour un 1 est plus encore pour mille, de même qu'une grande maison n'est pas proportionnement plus conteuse qu'une petite, puisqu'un seul toit peut couvrir, une seule cave soutenir et un seul mur séparer plusieurs pièces. Mais pour ma part, je préféra, la demeure solitaire. De plus, ce sera ordinairement meilleur marche de bâtir le tout vous-même que de convaincre autrui de 1 avantage du mur commun ; et si vous avez fait cette dernière chose, la cloison commune, pour etre de beaucoup moins chère, en doit être une mince, et .1 sc peut qu autrui se revele 'mauvais voisin, aussi qu'il ne tienne pas son côte en bon état de réparations La seule coopération possible, en général, est extrêmement partielle et tout autant superficielle ; et le peu de vraie coopération qu .1 soit est comme s .1 n'en était pas, étant une harmonie inaccessible a 1 oreille des hommes Un homme a-t-il la foi qu'il coopérera partout avec ceux de foi égalé : s .1 n a pas la foi, il continuera de vivre comme le reste de la foule, quelle que soit la compagnie à laquelle il se trouve associe Coopérer au sens le plus éleve comme au sens le plus bas du mot, signifie gagner notre vie ensemble S a. entendu dernièrement proposer de faire parcourir ensemble le monda a deux jeunes gens, l'un sans argent, gagnant sa vie en route, au pied du mat et derrière la charrue, l'autre ayant en poche une lettre de change. 11 était aisé de comprendre qu'ils ne pourraient rester longtemps compagnons ou coopérer, puisque l'un des deux n opérera it pas du tout. Us se sépareraient à la première crise intéressante de leurs aventures. Par-dessus tout, comme je 1 ai laisse entendre, l'homme qui va seul peut partir aujourd'hui ; mais il faut a celui qui voyage avec autrui attendre qu'autrui soit prêt, et il se peut qu ils ne décampent de longtemps.

Mais tout cela est fort égoïste, ai-je entendu dire à quelques-uns de mes concitoyens. Je confesse que je me suis jusqu'ici fort peu adonne aux entreprises philanthropiques. J'ai fait quelques sacrifices à certain sentiment du devoir et entre autres ai sacrifié ce plaisir-là aussi. 11 est des gens pour avoir employé tout leur art à me persuader de me faire le soutien de quelque famille pauvre de la ville ; et si je n'avais rien à faire, — car le Diable trouve de l'ouvrage pour les paresseux, — je pourrais m essayer la main a quelque passe-temps de ce genre. Cependant, lorsque j'ai songe à m accorder ce luxe, et à soumettre leur Ciel à une obligation en entretenant certaines personnes pauvres sur un pied de confort égal en tous points à celui sur lequel je m en-

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tretiens moi-même, suis allé jusqu’à risquer de leur en faire l’offre, elles ont toutes sans exception préféré d’emblée rester pauvres. Alors que mes concitoyens et concitoyennes se dévouent de tant de maniérés au bien de leurs semblables, j'estime qu'on peut laisser au moins quelqu’un à d'autres et moins compatissantes recherches. La charité comme toute autre chose reclame des dispositions particulières. Pour ce qui est de faire le bien, c'est une des professions au complet. En outre, j en ai honnêtement fait 1 essai, et, aussi étrange que cela puisse paraître, suis satisfait qu elle ne convienne pas à mon tempérament. Il est probable que je ne m'écarterais pas sciemment et de propos délibéré de ma vocation particulière à faire le bien que la société requiert de moi, s'agît-il de sauver l'univers de 1 anéantissement ; et je crois qu’une semblable, mais infiniment plus grande constance ailleurs, est tout ce qui le conserve aujourd’hui. Mais loin de ma pensée de m interposer entre quiconque et son génie ; et à qui met tout son cœur .toute son ame, toute sa vie dans l’exécution de ce travail, que je décline, je dira,, Persévérez, dut le monde appeler cela faire le mal, comme fort vraisemblablement il lap-

Je suis loin de supposer que mon cas en soit un spécial ; nul doute que nombre de mes lecteurs se défendraient de la même façon Pour ce qui est de faire quelque chose — sans jurer que mes voisins déclareront cela bien je n'hésite pas à dire que je serais un rude gaillard à louer ; mais pour ce qui en est de cela, c'est à mon employeur à s’en apercevoir. Le bien que je fais, au sens ordinaire du mot, doit être en dehors de mon sentier principal, et la plupart du temps tout inintentionnel. En pratique on dit, Commencez ou vous êtes et tel que vous êtes, sans viser principalement à plus de mérite, et avec une bonté étudiée allez faisant le bien. Si je devais le moins du monde prêcher sur ce ton, je dirais plutôt. Appliquez-vous à être bon. Comme si le soleil s'arrêtait lorsqu'il a embrasé de ses feux là-haut la splendeur d une lune ou d'une étoile de sixième grandeur, pour aller, tel un lutin domestique, risquer un oeil à la fenêtre de chaque chaumière, faire des lunatiques, gâter les mets et rendre les ténèbres visibles, au lieu d accroître continuement sa chaleur comme sa bienfaisance naturelles jusqu'à en prendre un tel éclat qu'il n'est pas de mortel pour le regarder en face, et, alors, tourner autour du monde dans son propre orbite, lui faisant du bien, ou plutôt comme une philosophie plus vraie l'a découvert, le monde tournant autour de lui et en tirant du bien. Lorsque Phaéton, désireux de prouver sa celeste origine par sa bienfaisance, eut à lui le char du soleil un seul jour, et s écarta du sentier battu, il brûla plusieurs groupes de maisons dans les rues basses du ciel, roussit la surface de la terre, dessécha toutes les sources, et ht le grand

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désert du Sahara, tant qu'enfin, d'un coup de foudre. Jupiter le précipita tête baissée sur notre monde, pour le soleil en deuil de sa mort cesser toute une année de briller. . . , ,

Il n'est pas odeur aussi nauséabonde que celle qui émané de la bonté corrompue. C'est humaine, c'est divine, charogne. Si je tenais pour certain qu un homme soit venu chez moi dans le dessein bien entendu de me faire du bien, je chercherais mon salut dans la fuite comme s il s agissait de ce vent sec et brûlant des déserts africains appelé le simoun, lequel vous remplit la bouche, le nez, les oreilles et les yeux de sable jusqu à 1 asphyxie, de peur de me voir gratifié d'une parcelle de son bien - de voir une parcelle de son virus mélangé à mon sang. Non, - en ce cas plutôt souffrir le mal suivant la voie naturelle. Un homme n'est pas un homme bon, a mon sens, parce quil me nourrira si je meurs de faim, ou me chauffera si je gele, ou me tirera du fosse, si jamais il m'arrive de tomber dans un fosse Je vous trouverai un chien de Terre-Neuve pour en faire autant. La philanthropie dans le sens le plus large n'est pas l'amour pour votre semblable. Howard était sans doute à sa maniéré le plus digne comme le plus excellent homme, et ,1 a sa recompense ; mais, relativement, que nous font cent Howards, a nous, si leur philanthropie ne nous est d'aucune aide lorsque nous sommes en bon point, moment ou nous méritons le plus que l'on nous aide ? Je n ai jamais entendu parler de reunion philanthropique où l'on ait sincèrement proposé de me faire du bien, a moi ou à mes semblables. . , , A ,

Les Jésuites se virent complètement joues par ces Indiens qui, sur le bûcher, suggéraient l’idée de nouveaux modes de torture à leurs tortionnaires. Audessus de la souffrance physique, il se trouva parfois qu’ils étaient au-dessus de n’importe quelle consolation les missionnaires pouvaient offrir ; et la loi qui consiste à faire aux autres ce que vous voudriez qu’on vous fît, tomba avec moins de persuasion dans les oreilles de gens qui, pour leur part, ne se souciaient guère de ce qu’on leur faisait, aimaient leurs ennemis suivant un mode nouveau, s’en venaient là volontiers tout près leur pardonnant ce qu ils

Assurez-vous que l’assistance que vous donnez aux pauvres est bien celle dont ils ont le plus besoin, s’agît-il de votre exemple qui les laisse loin derrière. Si vous donnez de l’argent, dépensez-vous avec, et ne vous contentez pas de le leur abandonner. Il nous arrive de faire de curieuses méprises. Souvent le pauvre n’a pas aussi froid ni aussi faim qu’il est sale, déguenillé et ignorant. Il y va en partie de son goût, non pas seulement de son infortune.

1. Howard (John), 1726-1790, calibre philanthrope angle» k qui l’on doit l’amélioration du eort dea pnaon-

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Si vous lui donnez de l'argent, peut-être n'en achètera-t-il que plus de guenilles. J'avais coutume de m'apitoyer sur ces balourds d ouvriers irlandais qui taillent la glace sur l’étang, sous des hardes si minces et si déguenillés, alors que Je grelottais dans mes vêtements plus propres et quelque peu plus élégants, lorsque, par un jour de froid noir, 1 un deux ayant glissé dans 1 eau vint chez moi se réchauffer, sur quoi je vis qu il dépouillait trois pantalons, plus deux paires de bas, avant d’arriver à la peau, quoiqu assez sales et assez en loques, il est vrai, et qu’il pouvait se permettre de refuser les vêtements d 'extra que je lui offris, tant il en avait d’infra. Ce plongeon était la vraie chose dont il eût besoin. Sur quoi je me mis à m’apitoyer sur moi-meme, et compris que ce serait une charité plus grande de m octroyer une chemise de flanelle qu’à lui tout un magasin de confections. Il en est mille pour massacrer les branches du mal contre un qui frappe à la racine, et il se peut que celui qui consacre la plus large somme de temps et d argent aux nécessiteux contribue le plus par sa manière de vivre à produire cette misère qu il tache en vain à soulager. C’est le pieux éleveur d’esclaves consacrant le produit de chaque dixième esclave à acheter un dimanche de liberté pour les autres. Certaines gens montrent leur bonté pour les pauvres en les employant dans leurs cuisines. N’y aurait-il pas plus de bonté de leur part à s y employer eux-mêmes ? Vous vous vantez de dépenser un dixième de votre revenu en charité ; peut-être devriez-vous en dépenser ainsi les neuf dixièmes, et qu il n’en soit plus question. La société ne recouvre alors qu un dixième de la propriété. Est-ce dû à la générosité de celui en la possession duquel cette propriété se trouve, ou bien au manque de zèle des officiers de justice ?

La philanthropie est pour ainsi dire la seule vertu suffisamment appréciée de l’humanité. Que dis-je, on l’estime beaucoup trop haut ; et c est notre égoïsme qui en exagère la valeur. Un homme pauvre autant que robuste, certain jour ensoleillé ici à Codcord, me faisait l’éloge d un concitoyen, parceque, selon lui, il se montrait bon pour le pauvre, voulant dire lui-même. Les bons oncles et les bonnes tantes de la race sont plus estimes que ses vrais pères et mères spirituels. 11 m’est jadis arrivé d’entendre un véritable conférencier, homme de savoir et d’intelligence, qui, faisant un cours sur 1 Angleterre, venait d’en énumérer les gloires scientifiques, littéraires et politiques, bhakespeare. Bacon, Cromwell, Milton, Newton, et autres, parlera près cela de ses héros Chrétiens, et les mettre, comme si sa profession 1 exigeait de lui, bien au-dessus du reste, les donner pour les plus grands parmi les grands. C’étaient Penn, Howard et Mrs. Fry \ Qui ne sentira la fausseté et 1 hypocrisie

1. Penn (WillUn.). 1644-1718! IWd (John). 1726-1790; Fry (Eli»b«h). 1780-1845. phiUnthrop».

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de la chose ? Ce n’étaient là les grands hommes plus que les grandes femmes d’Angleterre ; seulement, peut-être, ses grands philanthropes.

Je voudrais ne rien soustraire à la louange que requiert la philanthropie, mais simplement réclamer justice en faveur de tous ceux qui par leur vie et leurs travaux sont une bénédiction pour l’humanité. Ce que je prise le plus chez un homme, ce n’est ni la droiture ni la bienveillance, lesquelles sont, pour ainsi dire, sa tige et ses feuilles. Les plantes dont la verdure, une fois desséchée, nous sert à faire de la tisane pour les malades, ne servent qu’à un humble usage, et se voient surtout employées par les charlatans. Ce que je veux, c’est la fleur et le fruit de l’homme ; qu’un parfum passe de lui à moi, et qu’un arôme de maturité soit notre commerce. Sa bonté doit être non pas un acte partiel plus qu’éphémère, mais un constant superflu, qui ne lui coûte rien et dont il reste inconscient. Cette charité qui nous occupe couvre une multitude de péchés 1. Le philanthrope entoure trop souvent l’humanité du souvenir de ses chagrins de rebut comme d’une atmosphère, et appelle cela sympathie. C’est notre courage que nous devrions partager, non pas notre désespoir, c’est notre santé et notre aise, non pas notre malaise, et prendre garde à ce que celui-ci ne se répande par contagion. De quelles plaines australes se font entendre les cris lamentables ? Sous quelles latitudes résident les païens à qui nous voudrions envoyer la lumière ? Qui cet homme intempérant et brutal que nous voudrions racheter ? Quelqu’un éprouve-t-il le moindre mal l’empêchant d’accomplir ses fonctions, ne ressent-il qu’une simple douleur d’entrailles, — car c est là le siège de la sympathie, — qu'il se met sur l’heure en devoir de réformer — le monde. En sa qualité de microcosme lui-même, il découvre, et c’est là une vraie découverte, et il est l’homme désigné pour la faire — que le monde s’est amusé à manger des pommes vertes ; à ses yeux, en fait, le globe est une grosse pomme verte, qu’il y a un affreux danger de penser que les enfants, des hommes puissent grignoter avant qu’elle soit mûre ; sur quoi voilà sa philanthropie drastique en quête des Esquimaux et des Patagons, et qui embrasse les villages populeux de l’Inde et de la Chine ; ainsi, en quelques années d’activité philanthropique, les puissances, dans l’intervalle, usant de lui en vue de leurs propres fins, pas de doute, il se guérit de sa dyspepsie, le globe acquiert un semblant de rouge sur une ou les deux joues, comme s’il commençait à mûrir, et la vie perdant de sa crudité est une fois encore douce et bonne à vivre. Je n’ai jamais rêvé d’énormités plus grandes que je n’en ai commises. Je n’ai jamais connu, et ne connaîtrai jamais, d'homme pire que moi.

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