Carrefour de New-York
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le de France
WA LDEN
ver» Brighton, — ou Bright-town l, — lieu qu'il atteindrait Dieu lait quand dans la matinée.
Toute perspective de réveil ou venue à la vie pour un homme mort rend indifférente la question de temps et de lieu. Le lieu où cela peut survenir est toujours le même, et indescriptiblement agréable à tous nos sens. La plupart du temps ce n’est qu’aux circonstances extérieures et passagères que nous permettons d’inspirer nos actions. Elles sont, en fait, la cause de notre distraction. Très près de toutes choses est ce pouvoir qui en façonne 1 existence. Près de nous les plus grandes lois sont continuellement en état d’exécution. Près de nous n’est pas l’ouvrier que nous avons loué, avec lequel nous aimons/ si fort causer, mais l’ouvrier dont nous sommes la tâche.
« Qu’immense et profonde est l’influence des pouvoirs subtils du Ciel et de la Terre !»
« Nous cherchons à les découvrir, et nous ne les voyons pas ; nous cherchons à les entendre, et nous ne les entendons pas; identifiés à la substance des choses, ils ne peuvent en être isolés. »
« Ils font que dans tout l'univers les hommes purifient et sanctifient leurs cœurs, et revêtent les habits de fête pour offrir sacrifices et oblations à leurs ancêtres. C’est un océan de subtiles intelligences. Ils sont partout, au-dessus de nous à notre gauche, à notre droite ; ils nous environnent de toutes
parts. » t ... • • ,
Nous sommes les sujets d’une expérience qui n’est pas de petit intérêt pour moi. Ne pouvons-nous quelque temps nous passer de la société de nos compères en ces circonstances. — avoir nos propres pensées pour nous tenir compagnie ? Confucius dit avec raison : « La vertu ne reste pas là comme un orphelin abandonné ; il lui faut de toute nécessité des voisins. »
Grâce à la pensée nous pouvons être à côté de nous-mêmes dans un sens absolument sain. Par un effort conscient de l'esprit nous pouvons nous tenir à distance des actions et de leurs conséquences ; sur quoi toutes choses, bonnes et mauvaises, passent près de nous comme un torrent. Nous ne sommes pas tout entiers confondus dans la nature. Je peux être ou le bois flottant du torrent, ou Indra dans le ciel les yeux abaissés dessus. Je peux être touché par une représentation théâtrale ; d autre part je peux ne pas être touché par un événement réel qui paraît me concerner beaucoup plus. Je ne me connais que comme une entité humaine ; la scène, pour ainsi dire, de pensées et passions ; et je suis convaincu d’un certain dédoublement grâce auquel je peux rester aussi éloigné de moi-même que d autrui. Quelque opi-
I. Btiahl *»l le nom familier que l'on donne aux bœuf» en Amérique Toun veut dire «dit.
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SOLITUDE
niâtreté que je mette à mon expérience, je suis conscient de la présence et de la critique d’une partie de moi, que l’on dirait n être pas une partie de moi , mais un spectateur, qui ne partage aucune expérience et se contente d en prendre note, et qui n’est pas plus moi qu’il n'est vous. Lorsque la comédie, ce peut être la tragédie de la vie, est terminée, le spectateur passe son chemin. 11 s’agissait d’une sorte de fiction, d’un simple travail de 1 imagination, autant que sa personne était en jeu. Ce dédoublement peut facilement faire de nous parfois de pauvres voisins, de pauvres amis.
Je trouve salutaire d’être seul la plus grande partie du temps. Etre en compagnie, fût-ce avec la meilleure, est vite fastidieux et dissipant. J aime à être seul. Je n’ai jamais trouvé de compagnon aussi compagnon que la solitude. Nous sommes en général plus isolés lorsque nous sortons pour nous mêler aux hommes que lorsque nous restons au fond de nos appartements. Un homme pensant ou travaillant est toujours seul, qu il soit ou il voudra. La solitude ne se mesure pas aux milles d étendue qui séparent un homme de ses semblables. L’étudiant réellement appliqué en 1 une des ruches serrees de l'université de Cambridge est aussi solitaire qu un derviche dans le désert. Le fermier peut travailler seul tout le jour dans le champ ou les bois, à sarcler ou fendre, et ne pas se sentir seul, parce qu’il est occupé ; mais lorsqu il rentre le soir au logis, incapable de rester assis seul dans une pièce, à la merci de ses pensées, il lui faut être là où il peut « voir les gens », et se recréer, selon lui se récompenser de sa journée de solitude ; de là s étonne-t-il que 1 homme d’études puisse passer seul à la maison toute la nuit et la plus grande partie du jour, sans ennui, ni tl papillons noirs » ; il ne se rend pas compte que l’homme d’études, quoiqu’à la maison, est toutefois au travail dans son champ à lui, et à brandir la cognée dans ses bois à lui, comme le fermier dans les siens, pour à son tour rechercher la même récréation, la même société que fait l’autre, quoique ce puisse être sous une forme plus condensée.
La société est en général à trop bon compte. Nous nous rencontrons à de très courts intervalles, sans avoir eu le temps d’acquérir de nouvelle valeur l’un pour l’autre. Nous nous rencontrons aux repas trois fois par jour, pour nous donner réciproquement à regoûter de ce vieux fromage moisi que nous sommes. Nous avons dû consentir un certain ensemble de règles, appelées étiquette et politesse, afin de rendre tolérable cette fréquente rencontre et n’avoir pas besoin d’en venir à la guerre ouverte. Nous nous rencontrons à la poste, à la récréation paroissiale et autour du foyer chaque soir ; nous vivons en paquet et sur le chemin l’un de 1 autre, trébuchons 1 un sur l’autre, et perdons ainsi, je crois, du respect de 1 un pour 1 autre.
WALDEN
Moins de fréquence certainement suffirait pour toutes les communications importantes et cordiales. Voyez les jeunes filles dans une fabrique. — jamais seules, à peine en leurs rêves. Il serait mieux d’un seul habitant par mille carré, comme là où je vis. La valeur d'un homme n'est pas dans sa peau, pour que nous le touchions. \-j
J’ai ouï parler d’un homme perdu dans les bois, mourant de faim et d’épuisement au pied d’un arbre, et dont l’abandon trouva un soulagement dans les visions grotesques qu'en raison de la faiblesse physique son imagina» tion malade créa autour de lui, visions qu’il prit pour la réalité. Tout aussi bien, en raison de la santé et de la force tant physique que mentales, pouvons-nous recevoir l’encouragement continu d’une égale société, mais plus normale et plus naturelle, et arriver à savoir que nous ne sommes jamais seuls.
J’ai de la compagnie tant et plus dans ma maison ; surtout le matin, quand il ne vient personne. Laissez-moi suggérer des comparaisons, afin que quelqu’une puisse donner une idée de ma situation. Je ne suis pas plus solitaire que le plongeon dans l’étang et dortt le rire sonne si haut, ou que l’étang de Walden lui-même. Quelle compagnie ce lac solitaire a-t-il, je vous le demande ? Et cependant il n’a pas de « papillons noirs », mais des papillons bleus en lui, en l’azur de ses eaux. Le soleil est seul, sauf en temps de brume, où parfois l’on dirait qu’il y en a deux, dont l’un n’est qu'un soleil pour rire. Dieu est seul, — mais le diable, lui, est loin d’être seul ; il voit grand’ compagnie ; il est légion. Je ne suis pas plus solitaire qu'une simple molène ou un simple pissenlit dans la prairie, ou une feuille de haricots, une oseille, un taon, un bourdon. Je ne suis pas plus solitaire que le Mill Brook \ ou une girouette, ou l’étoile du nord, ou le vent du sud, ou une ondée d’avril, ou un dégel de janvier, ou la première araignée dans une maison neuve.
Je reçois de temps à autre, au cours des longs soirs d’hiver, quand la neige tombe épaisse et que le vent hurle dans les bois, la visite d’un vieux colon et propriétaire originel, qui passe pour avoir creusé l’étang de Walden, et empierré, et bordé de bois de pins ; qui me raconte les histoires du vieux temps et de l'éternité neuve ; et nous nous arrangeons tous deux pour passer une soirée de bonne et franche gaîté, en devisant plaisamment sur les choses, même sans pommes ni cidre, — un ami d’on ne peut plus grande sagesse et d’esprit on ne peut plus fin, que j’aime fort, qui se tient plus discret que firent