‹ Walden, ou la Vie dans les bois. Traduction de L. FabuletChapitre 45 sur 78 · I. William Ellery Channing · texte numérisé non relu

I. William Ellery Channing

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WALDEN

tonnait. Je metais assis là maintes fois jadis avant que ne fût construit le navire qui fit passer cette famille en Amérique. Honnête homme, laborieux, mais sans ressources, tel était évidemment John Field; et sa femme— elle aussi était vaillante pour faire cuire l’un après l'autre tant de dîners dans les profondeurs de cet imposant fourneau ; avec sa face ronde et luisante, et sa poitrine nue, encore toute à la pensée d’améliorer un jour sa condition ; le balai ne lui quittant pas la main, sans effet nulle part apparent. Les poulets, qui de même ici s’étaient abrités de la pluie, arpentaient la pièce, tels des membres de la famille, trop humanisés, pensai-je, pour bien rôtir. Ils restaient 11 à me regarder dans le blanc des yeux ou becquetaient mon soulier de façon significative. Pendant ce temps mon hôte me raconta son histoire, combien dur il avait travaillé à « tourber » pour le compte d’un fermier du voisinage, retournant un marais à la pelle ou louchet à tourber pour dix dollars par acre et l’usage de la terre avec engrais pendant un an, et comme quoi son petit gars à large face travaillait de bon cœur tout le temps aux côtés de son père, sans se douter du triste marché qu’avait fait ce dernier. Je tentai de l’aider de mon expérience, lui disant qu’il était l’un de mes plus proches voisins, et que moi aussi qui venais ici pêcher et avais l'air d’un fainéant, gagnais ma vie tout comme lui ; que j’habitais une maison bien close, claire et propre, qui coûtait à peine plus que le loyer annuel auquel revient d’ordinaire une ruine comme la sienne ; et comment, s’il le voulait, il pourrait en un mois ou deux se bâtir un palais à lui ; que je ne consommais thé, café, beurre, lait, ni viande fraîche, et qu’ainsi je n’avais pas à travailler pour me les procurer ; d’un autre côté, que ne travaillant pas dur, je n’avais pas à manger dur, et qu’il ne m’en coûtait qu’une bagatelle pour me nourrir ; mais que lui, commençant par le thé, le café, le beurre, le lait et le bœuf, il avait à travailler dur pour les payer, et que lorsqu'il avait travaillé dur, il avait encore à manger dur pour réparer la dépense de son système ; qu’ainsi c’était bonnet blanc, blanc bonnet — ou, pour mieux dire, pas bonnet blanc, blanc bonnet du tout — attendu qu’il était de mauvaise humeur, et que par-dessus le marché il gaspillait sa vie ; cependant, il avait mis au compte de ses profits en venant en Amérique, qu’on pouvait ici se procurer thé, café, viande, chaque jour. Mais la seule vraie Amérique est le pays où vous êtes libre d’adopter le genre de vie qui peut vous permettre de vous en tirer sans tout cela, et où l’État ne cherche pas à vous contraindre au maintien de l’esclavage, de la guerre, et autres dépenses superflues qui directement ou indirectement résultent de l'usage de ces choses. Car à dessein lui parlai-je tout comme si ce fût un philosophe, ou s’il aspirât à le devenir. Je verrais avec plaisir tous les marais de la terre retourner à l'état sauvage, si c'était la conséquence, pour les hommes,

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LA FERME BAKER

d’un commencement de rachat. Un homme n’aura pas besoin d’étudier l'histoire pour découvrir ce qui convient le mieux à sa propre culture. Mais, hélas ! la culture d’un Irlandais est un ouvrage à entreprendre avec une sorte de « louchet à tourber » moral. Je lui dis que puisqu il travaillait si dur à tourber, il lui fallait de grosses bottes et des vêtements solides, lesquels cependant ne tardaient pas à se salir et s’user ; alors que je portais des souliers légers et des vêtements minces, qui ne coûtent pas moitié autant, tout habillé comme un monsieur qu’il me crût être (ce qui, cependant, n était pas le cas), et qu’en une heure ou deux, sans travail, et en manière de récréation, je pouvais, si je voulais, prendre autant de poisson qu il m en fallait pour deux jours, ou gagner assez d’argent pour me faire vivre une semaine. Si lui et sa famille voulaient vivre simplement, ils pourraient tous aller à la cueillette des myrtils pendant l'été pour leur plaisir. Sur quoi John poussa un soupir, et sa femme ouvrit de grands yeux en appuyant les poings aux hanches, et tous deux semblèrent se demander s’ils possédaient un capital suffisant pour entreprendre cette carrière-là, ou assez d arithmétique pour réussir dedans. C’était pour eux « marcher à l’estime », et ils ne voyaient pas clairement la façon d’atteindre ainsi le port ; en conséquence, je suppose qu ils prennent encore la vie bravement, à leur façon, face à face, y allant de la dent et de l’ongle, sans avoir l’art de fendre ses colonnes massives à 1 aide d un coin bien affilé, et d’en venir à bout en détail; - croyant devoir s y prendre avec elle rudement, comme il s’agit de manier un chardon. Mais ils luttent avec un écrasant désavantage, — - vivant, John Field, hélas ! sans arithmétique, et manquant ainsi le but.

« Pêchez-vous quelquefois ? « demandai-je. « Oh, oui, je prends une friture de temps en temps, quand j’ai un moment de loisir ; de la bonne perche, que je prends. » « De quel appât vous servez-vous ? » « Je prends des vairons avec les vers ordinaires, et j’amorce la perche avec eux. » « Tu ferais bien d’y aller maintenant, John », déclara sa femme, le visage rayonnant et plein d’espoir ; mais John prit son temps. .

L’averse était maintenant passée, et un arc-en-ciel au-dessus des bois de l’est promettait un beau soir ; aussi me retirai-je. Une fois dehors je demandai une tasse d’eau, espérant apercevoir le fond du puits, pour compléter mon inspection des lieux ; mais là, hélas I rien qu ecueils et sables mouvants, corde rompue, d’ailleurs, et seau perdu sans retour. En attendant, le vaisseau culinaire voulu fut choisi, l’eau, en apparence, distillée, puis après consultation et long délai passée à celui qui avait soif, — sans toutefois qu’on permît à cette eau de rafraîchir plus que reposer. Tel gruau soutient ici la vie, pensai-je ; sur quoi fermant les yeux, et écartant les pailles au moyen d’un courant

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sous-marin adroitement dirigé, je bus à l’hospitalité vraie la plus cordiale gorgée que je pus. Je ne fais pas le dégoûté en tels cas, où il s'agit de montrer du savoir-vivre.

Comme je quittais le toit de l’Irlandais après la pluie, et dirigeais de nouveau mes pas vers l'étang, ma hâte à prendre du brocheton, en pateaugeant dans des marais retirés, dans des fondrières et des trous de tourbière, dans des lieux désolés et sauvages, m'apparut un instant puérile, à moi qu’on avait envoyé à l’école et au collège ; mais comme je descendais au pas de course la colline vers l’ouest rougeoyant, l’arc-en-ciel par-dessus l’épaule, et dans l’oreille de légers bruits argentins apportés, à travers l’atmosphère purifiée, de je ne sais quels parages, mon Bon Génie sembla dire : « Va pêcher et chasser au loin jour sur jour, — plus loin, toujours plus loin — et repose-toi sans crainte au bord de tous les ruisseaux et à tous les foyers que tu voudras. Souviens-toi de ton Créateur pendant les jours de ta jeunesse L Lève-toi libre de souci avant l’aube, et cherche l’aventure. Que midi te trouve près d’autres lacs, et la nuit te surprenne partout chez toi. Il n’est pas de champs plus grands que ceux-ci, pas de jeux plus dignes qu'on n’en peut jouer ici. Pousse sauvage selon ta nature, comme ces joncs et ces broussailles, qui jamais ne deviendront foin anglais. Que le tonnerre gronde ; qu’importe s’il menace de ruine les récoltes des fermiers? Ce n’est pas sa mission vis-à-vis de toi. Prends abri sous le nuage, tandis qu’ils fuient vers charrettes et hangars. Fais qu’à toi nul vivant ne soit trafic, mais plaisir. Jouis de la terre, mais ne la possède pas. C’est par défaut de hardiesse et de foi que les hommes sont où ils sont, achetant et vendant, et passant leur vie comme des serfs.

O Ferme de Baker 1

« Landscape where the richest element Is a little sunshine innocent. » ...

« No one runs to revel On thy rail-fenced lea. * ...

« Debate with no man hast thou,

With questions art never perplexed.

As tame at the first sight as now In thry plain russet gabardine dressed. » ...

« Corne ye who love.

And ye who hâte,

Children of the Holy Dove,

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