‹ Walden, ou la Vie dans les bois. Traduction de L. FabuletChapitre 5 sur 78 · Biaa, l'un des sept Sage» de la Grèce · texte numérisé non relu

Biaa, l'un des sept Sage» de la Grèce

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pour un coût purement nominal sera meilleure encore, où donc si pauvre qui de la sorte vêtu, sur son propre salaire, ne trouve homme assez avisé pour lui rendre hommage ?

Demandè-je des habits d’une forme particulière, que ma tailleuse de répondre avec gravité : « On ne les fait pas comme cela aujourd'hui, » sans appuyer le moins du monde sur le « On », comme si elle citait une autorité aussi impersonnelle que le Destin, et je trouve difficile de faire faire ce que je veux, simplement parce quelle ne peut croire que je veuille ce que je dis, que j’aie cette témérité. Entendant telle sentence d’oracle, je reste un moment absorbé en pensée, et j’appuie intérieurement sur chaque mot l’un après l'autre, afin d’arriver à en déterminer le sens, afin de découvrir suivant quel degré de consanguinité On se trouve apparenté à moi, et l’autorité qu’il peut avoir en une affaire qui me touche de si près ; finalement, je suis porté à répondre avec un égal mystère, et sans davantage appuyer sur le « on ». — « C’est vrai, on ne les faisait pas comme cela jusqu’alors, mais aujourd’hui on les fait comme cela. » A quoi sert de me prendre ces mesures si, oubliant de prendre celles de mon caractère, elle ne s’occupe que de la largeur de mes épaules, comme qui dirait une patère à pendre l’habit ? Ce n'est ni aux Grâces ni aux Parques que nous rendons un culte, mais à la Mode. Elle file, tisse et taille en toute autorité. Le singe en chef, à Paris, met une casquette de voyage, sur quoi tous les singes d’Amérique font de même. Je désespère parfois d’obtenir quoi que ce soit de vraiment simple et honnête fait en ce monde grâce à l’assistance des hommes. Il les faudrait auparavant passer sous une forte presse pour en exprimer les vieilles idées, de façon à ce qu’ils ne se remettent pas sur pied trop tôt, et alors se trouverait dans l’assemblée quelqu'un pour avoir une lubie en tête, éclose d’un œuf déposé là Dieu sait quand, attendu que le feu même n’arrive pas à tuer ces choses, et vous en seriez pour , vos frais. Néanmoins, nous ne devons pas oublier qu’une momie passe pour nous avoir transmis du blé égyptien.

A tout prendre, je crois qu’on ne saurait soutenir que l’habillement s’est, en ce pays plus qu’en n’importe quel autre, élevé à la dignité d’un art. Aujourd’hui, les hommes s’arrangent pour porter ce qu'ils peuvent se procurer. Comme des marins naufragés ils mettent ce qu’ils trouvent sur la plage, et à petite distance, soit d étendue, soit de temps, se moquent réciproquement de leur mascarade. Chaque génération rit des anciennes modes, tout en suivant religieusement les nouvelles. Nous portons un regard aussi amusé sur le costume d’Henri VIII ou de la Reine Elisabeth que s’il s’agissait de celui du Roi ou de la Reine des Iles Cannibales. Tout costume une fois ôté est pitoyable et grotesque. Ce n’est que l’œil sérieux qui en darde et la vie sincère

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passée en lui, qui répriment le rire et consacrent le costume de n'importe qui. Qu 'Arlequin soit pris de la colique, et sa livrée devra servir à cette disposition également. Le soldat est-il atteint par un boulet de canon, que les lambeaux sont seyants comme la pourpre.

Le goût puéril et barbare qu’hommes et femmes manifestent pour les nouveaux modèles fait à Dieu sait combien d’entr eux secouer le kaléidoscope et loucher dedans afin d’y découvrir la figure particulière que réclame aujourd’hui cette génération. Les fabricants ont appris que ce goût est purement capricieux. De deux modèles qui ne diffèrent que grâce à quelques fils d’une certaine couleur en plus ou en moins, l’un se vendra tout de suite, 1 autre restera sur le rayon, quoique fréquemment il arrive qu à une saison d intervalle c’est le dernier qui devient le plus à la mode. En comparaison, le tatouage n’est pas la hideuse coutume pour laquelle il passe. Il ne saurait être barbare du fait seul que l’impression est à fleur de peau et inaltérable.

Je ne peux croire que notre système manufacturier soit pour les hommes le meilleur mode de se procurer le vêtement. La condition des ouvriers se rapproche de plus en plus chaque jour de celle des Anglais ; et on ne saurait s en étonner, puisque, autant que je l’ai entendu dire ou par moi-même observé, l’objet principal est, non pas pour l’espèce humaine de se voir bien et honnêtement vêtue, mais, incontestablement, pour les corporations de pouvoir s’enrichir. Les hommes n’atteignent en fin de compte que ce qu ils vioent. Aussi, dussent-ils manquer sur-le-champ leur but, mieux vaut pour eux viser quelque chose de haut.

Pour ce qui est d’un Couvert, je ne nie pas que ce ne soit aujourd’hui un nécessaire de la vie, bien qu’on ait l’exemple d hommes qui s en soient passés durant de longues périodes en des contrées plus froides que celle-ci. Samuel Laing déclare que « Le Lapon sous ses vêtements de peau, et dans un sac de peau qu’il se passe par-dessus la tête et les épaules, dormira toutes les nuits qu’on voudra sur la neige — par un degré de froid auquel ne résisterait la v»e de quiconque à ce froid exposé sous n importe quel costume de laine. » P les avait vus dormir de la sorte. Encore ajoute-t-il. « Ils ne sont pas plus endurcis que d’autres. » Mais probablement, l’homme n’était pas depuis longtemps sur la terre qu’il avait déjà découvert la commodité qu’offre une *n®ison, le bien-être domestique, locution qui peut à l’origine avoir signifié les ^tisfactions de la maison plus que celles de la famille, toutes partielles et ^cidentelles qu’elles doivent être sous les climats où la maison s associe dans nos pensées surtout à l’hiver et à la saison des pluies, et, les deux tiers de 1 année, sauf pour servir de parasol, n’est nullement nécessaire. Sous notre

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climat, en été, ce fut tout d'abord presque uniquement™ abri pour U nuit. Dans les gazettes indiennes un wigwam était le symboe dune 1°“™^ marche, et une rangée de ces wigwams grav« ou pemte sur 1 é*or« d tm i • -c w nn avait campe. L. nomme n a pas ete tait si

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dehors ^ût-Te^Tns l’humidité et le froid. Il joue à la maison tout comme au cbevll 'poussé en cela par un instinct. Qui ne se rappelle 1 interet avec lequel, étant jeune, il regardait les rochers en surplomb ou les moindres abords de s C’était l’aspiration naturelle de cette part d héritage laissée par notr XforimM ancêtre qui survivait encore en nous. De la caverne nous sommes ™Xux “feuilles de palmier, d'écorce e, branchages, de toile tissfe P . i VL nallle dp nlanrhrs et bardeaux, de pierres et tuiles. Ala

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de gagner ma vie honnêtement, en ayant du temps de reste pour mes travaux personnels, était une question qui me tourmentait plus encore quelle ne fait aujourd hui, car malheureusement je me suis quelque peu endurci, j’avais coutume de voir le long de la voie du chemin de fer une grande boîte, de six pieds de long sur trois de large, dans quoi les ouvriers serraient leurs outils le soir, et l’idée me vint que tout homme, à la rigueur, pourrait moyennant un dollar s en procurer une semblable, pour, après y avoir percé quelqus trous de vrille afin d’y admettre au moins l’air, s’introduire dedans lorsqu’il pleuvait et le soir, puis fermer le couvercle au crochet, de la sorte avoir liberté d amour, en son âme être libre *. Il ne semblait pas que ce fût la pire, ni, à tout prendre, une méprisable alternative. Vous pouviez veiller aussi tard que bon vous semblait, et, à quelque moment que vous vous leviez, sortir sans avoir le propriétaire du sol ou de la maison à vos trousses rapport au loyer. Maint homme se voit harcelé à mort pour payer le loyer d’une boîte plus large et plus luxueuse, qui n’eût pas gelé à mort en une boîte comme celle-ci. Je suis loin de plaisanter. L’économie est un sujet qui admet de se voir traité avec légèreté, mais dont on ne saurait se départir de même. Une maison confortable, pour une race rude et robuste, qui vivait le plus souvent dehors, était jadis faite ici presqu’entièrement de tels matériaux que la Nature vous mettait tout prêts sous la main. Gookin, qui fut surintendant des Indiens sujets de ja colonie de Massachusetts, écrivant en 1674, déclare : « Les meilleures de leurs maisons sont couvertes fort proprement, de façon à tenir calfeutré et au chaud, d écorces d’arbres, détachées de leurs troncs au temps où l’arbre est en sève, et transformées en grandes écailles, grâce à la pression de fortes Pièces de bois, lorsqu’elles sont fraîches... Les maisons plus modestes sont couvertes de nattes qu’ils fabriquent à l’aide d’une espèce de jonc, et elles ®ussi tiennent passablement calfeutré et au chaud, sans valoir toutefois les premières... J’en ai vu de soixante ou cent pieds de long sur trente de large... 11 m’est arrivé souvent de loger dans leurs wigwams, et je les ai trouvés aussi chauds que les meilleures maisons anglaises. » Il ajoute qu’à l’intérieur le ®ol était ordinairement recouvert et les murs tapissés de nattes brodées d’un travail excellent, et quelles étaient meublées d’ustensiles divers. Les Indiens paient allés jusqu’à régler l’effet du vent au moyen d’une natte suspendue aua.essus du trou qui s’ouvrait dans le toit et mue par une corde. Dans le prin- *,pe un abri de ce genre se construisait en un jour ou deux tout au plus, pour etre démoli et emporté en quelques heures ; et il n’était pas de famille qui ne Possédât la sienne, ou son appartement en l’une d’elles.

'• Richard Lovelacc, To Althca from P, no*.

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A l’état sauvage toute famille possède un abri valant les meilleurs, et suffisant pour ses besoins primitifs et plus simples ; mais je ne crois pas exagéré en disant que si les oiseaux du ciel ont leurs nids, les renards leurs tanières, et les sauvages leurs wigwams, il n’est pas dans la société civilisée moderne plus de la moitié des familles qui possède un abri. Dans les grandes villes et cités, où prévaut spécialement la civilisation, le nombre de ceux qui possèdent un abri n’est que l’infime minorité. Le reste paie pour ce vêtement le plus extérieur de tous, devenu indispensable été comme hiver, un tribut annuel qui suffirait à l’achat d’un village entier de wigwams indiens, mais qui pour l’instant contribue au maintien de sa pauvreté sa vie durant. Je ne veux pas insister ici sur le désavantage de la location comparée à la possession, mais il est évident que si le sauvage possède en propre son abri, c’est à cause du peu qu’il coûte, tandis que si l’homme civilisé loue en général le sien, c’est parce qu’il n’a pas le moyen de le posséder ; plus qu’il ne finit à la longue par avoir davantage le moyen de le louer. Mais répond-on, il suffit au civilisé pauvre de payer cette taxe pour s’assurer une demeure qui est un palais comparée à celle du sauvage. Une redevance annuelle de vingtcinq à cent dollars — tels sont les prix du pays — lui donne droit aux avantages des progrès réalisés par les siècles, appartements spacieux, peinture et papier frais, cheminée Rumford,. enduit de plâtre, jalousies, pompe en cuivre, serrure à ressort, l’avantage d’une cave, et maintes autres choses. Mais comment se fait-il que celui qui passe pour jouir de tout cela soit si communément un civilisé pauvre, alors que le sauvage qui ne le possède pas, soit riche comme un sauvage ? Si l’on affirme que la civilisation est un progrès réel dans la condition de l’homme — et je crois quelle l’est, ^ mais que les sages seulement utilisent leurs avantages, — il faut montrer qu elle a produit de meilleures habitations sans les rendre plus coûteuses ; or, le coût d une chose est le montant de ce que j’appellerai la vie requise en échange, immédiatement ou à la longue. Une maison moyenne dans ce voisinage coûte peutêtre huit cents dollars, et pour amasser cette somme il faudra de dix à quinze années de la vie du travailleur, même s’il n'est pas chargé de famille en estimant la valeur pécuniaire du travail de chaque homme à un dollar par jour, car si certains reçoivent plus, d’autres reçoivent moins de sorte qu en général il lui aura fallu passer plus de la moitié de sa vie avant d avoir gagne son wigwam. Le supposons-nous au lieu de cela payer un loyer, que c est tout simplement le choix douteux entre deux maux/ Le sauvage eût-il été sage d’échanger son wigwam contre un palais à de telles conditions ?

On devinera que je ramène, autant qu’il y va de 1 individu, presque tout l'avantage de garder une propriété superflue comme fond en réserve pouf

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l’avenir, surtout au défraiement des dépenses funéraires. Mais peut-être l’homme n’est-il pas requis de s’ensevelir lui-même. Néanmoins voilà qui indique une distinction importante entre le civilisé et le sauvage ; et sans doute a-t-on des intentions sur nous pour notre bien, en faisant de la vie d’un peuple civilisé une institution, dans laquelle la vie de l’individu se voit à un degré considérable absorbée, en vue de conserver et perfectionner celle de la race. Mais je désire montrer grâce à quel sacrifice s’obtient actuellement cet avantage, et suggérer que nous pouvons peut-être vivre de façon à nous assurer tout l’avantage sans avoir en rien à souffrir du désavantage. Qu’entendez-vous en disant que le pauvre que vous avez toujours avec vous, ou que les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en sont agacées ? 1

« Je suis vivant, dit le Seigneur, vous n’aurez plus lieu de dire ce proverbe en Israël. » .

« Voici, toutes les âmes sont à moi ; l’âme du fils comme 1 ame du père, l’une et l’autre sont à moi ; l’âme qui pèche c’est celle qui mourra 2. » ,

Si j’envisage mes voisins, les fermiers de Concord, au moins aussi a leur aise que les gens des autres classes, je constate que, pour la plupart, ils ont peiné vingt, trente ou quarante années pour devenir les véritables propriétaires de leurs fermes, qu’en général ils ont héritées avec des charges,, ou achetées avec de l’argent emprunté à intérêt, — et nous pouvons considérer un tiers de ce labeur comme représentant le coût de leurs maisons, mais qu’ordinairement ils n’ont pas encore payées. Oui, les charges quelquefois l’emportent sur la valeur de la ferme, au point que la ferme elle-meme devient toute une lourde charge, sans qu’il manque de se trouver un, homme pour en hériter, lequel déclare la connaître à fond, comme il dit. M adressant aux répartiteurs d’impôts, je m’étonne d’apprendre qu ils sont incapables de nommer d’emblée douze personnes de la ville en possession de fermes franches et nettes de toute charge. Si vous désirez connaître l’histoire de ces domaines, interrogez la banque où ils sont hypothéqués. L’homme qui a bel et bien Payé sa ferme grâce au travail fourni dessus est si rare que tout voisin peut le montrer du doigt. Je me demande s’il en existe trois à Concord. Ce qu’on a dit des marchands, qu’une très forte majorité, même quatre-vingt dix-sept Pour cent, sont assurés de faire faillite, est également vrai des fermiers. Pour ce qui est des marchands, cependant, l’un d'eux déclare avec justesse que leurs faillites, en grande partie, ne sont pas de véritables faillites pécuniaires,

J- J«n, XII, 3.

t Ezfchid, XVIII, 2, 3. 4.

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mais de simples manquements à remplir leurs engagements, parce que c’est incommode, — ce qui revient à dire que c’est le moral qui flanche. Mais voilà qui aggrave infiniment le cas, et suggère, en outre, que selon toute probabilité les trois autres eux-mêmes ne réussissent pas à sauver leurs âmes, et sont peut-être banqueroutiers dans un sens pire que ceux qui font honnêtement faillite. La banqueroute et la dénégation de dettes sont les tremplins d’où s’élance pour opérer ses culbutes pas mal de notre civilisation, tandis que le sauvage, lui, reste debout sur la planche non élastique de la famine. N’empêche que le Concours Agricole du Middlesex se passe ici chaque année avec éclat 1, comme si tous les rouages de la machine agricole étaient bien graissés.

Le fermier s’efforce de résoudre le problème d une existence suivant une formule plus compliquée que le problème lui-même. Pour se procurer ses cordons de souliers il spécule sur des troupeaux de bétail. Avec un art consommé il a tendu son piège à l’aide d’un cheveu pour attraper confort et indépendance, et voilà qu’en faisant demi-tour il s est pris la jambe dedans. Telle la raison pour laquelle il est pauvre ; et c’est pour semblable raison que tous nous sommes pauvres relativement à mille conforts sauvages, quoique entourés de luxe. Comme Chapman le chante 2 :

« The false society of men —

— for earthly greatness Ail heavenly comforts raréfiés to air. # 3

Et lorsque le fermier possède enfin sa maison, il se peut qu’au lieu d’en être plus riche il en soit plus pauvre, et que ce soit la maison qui le possède. Si je comprends bien, ce fut une solide objection présentée par Momus contre la maison qué bâtit Minerve, quelle ne « l’avait pas faite mobile, grâce à quoi l’on pouvait éviter un mauvais voisinage » ; et encore peut-on la présenter, car nos maisons sont une propriété si difficile à remuer que bien souvent nous y sommes en prison plutôt qu’en un logis ; et le mauvais voisinage à éviter est bien la gale qui nous ronge. Je connais en cette ville-ci une ou deux familles, pour le moins, qui depuis près d’une génération désirent

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