L'auteur écrit au millieu du XIX* «iècle
2. Nom de cheval de courte* célèbre au commencement du XVIII* tiède.
W ALDEN
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que vous êtes mes frères, que vous puissez mieux avoir employé temps qu’à piocher dans cette boue. »
Avant de finir ma maison, désirant gagner dix ou douze dollars suivant un nr^édé honnête et agréable, en vue de faire face à mes dépensés ex raordi- P bes l’ensemençai près d’elle deux acres et demi environ de terre légère et «blonneuse principalement de haricots, mais aussi une petite partie de “dîte^s. Pois et navets. Le lot est de onze acres en tout, don k «Tncipal pousse en pins et hickorys. et fut vendu la saison P'écédenteà raison dè huit dollars huit cents l’acre. Certain fermier déclarait que ce n était T ”, ' “-4 ékver des piaillards d’écureuils. » Je ne mis aucune sorte
d’ensrrais dans ce sol, dont non 'seulement je n’étais que le « squatter », pas t propriétaire, mais ne comptais pas en outre recommencer à cultiver autan ,
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et je ne sarclai pas complètement tout sur 1 heure. En labourant je mis au jour plusieurs cordes de souche qui m'approvisionnèrent de combustible pour longtemps, et laissèrent de petits cercles de terreau vierge aisément reconnaissables, tant que dura l'été, à une luxuriance plus grande de haricots en ces endroits-là. Le bois mort et en grande partie sans valeur marchande, qui se trouvait derrière ma maison, ainsi que le bois Hottant de 1 étang, ont pourvu au reste de mon combustible. Il me fallut louer une paire de chevaux et un homme pour le labour, bien que je conduisisse moi-meme la charrue. Mes dépenses de fermage pour la première saison, en outils, semence, travail, etc., montèrent à 14 dollars 72 cents et demi. Le mais de semence me fut donné. Il ne revient jamais à une somme appréciable, à moins qu on ne sème plus qu’il ne faut. J’obtins douze boisseaux de haricots, et dix-huit de pommes de terre, sans compter un peu de pois et de maïs vert. Le mais jaune et les navets furent trop tardifs pour produire quelque chose. Mon revenu de la ferme, tout compris, fut de : g 23 44
Déduction des dépenses ^ ^2 ^
Reste
Outre le produit consommé et le produit en réserve lors de cette évaluation, estimés à 4 dollars 50 cents - le montant de la réserve faisant plus que compenser la valeur d’un peu d'herbe que je ne fis pas pousser Tout bien considéré, c'est-à-dire, considérant l'importance d une ame d homme et du moment présent, malgré le peu de temps que prit mon essai, que dis-je, en partie même à cause de son caractère passager, je crois que ce fut faire mieux que ne fit nul fermier de Concord cette annee-là.
L'année suivante je fis mieux encore, car c est àlabeche que je retournai toute la terre dont j’avais besoin, environ le tiers d un acre, et J appris par l’expérience de l'une et l'autre année, sans m en laisser le moins du monde imposer par nombres d'ouvrages célèbres sur 1 agriculture. Arthur Young comme le reste, que si l'on vivait simplement et ne mangeait que ce que 1 on ait fait pousser, ne faisait pousser plus que l'on ne mange, et ne 1 échangeait contre une quantité insuffisante de choses plus luxueuses autant que plus coûteuses, on n'aurait besoin que de cultiver quelques verges de terre ; que ce serait meilleur marché de les bêcher que de se servir de bœufs pour les labourer, de choisir de temps à autre un nouvel endroit que de fumer 1 ancien, et qu'on pourrait faire tout le travail nécessaire de sa ferme, comme qui dirait de la main gauche à ses moments perdus en été ; que de la sorte on ne
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serait pas lié à un bœuf, à un cheval, à une vache, ou à un cochon, comme à présent. Je tiens à m'expliquer sur ce point avec impartialité, et comme quelqu'un qui n'est pas intéressé dans le succès ou l'insuccès de la présente ordonnance économique et sociale. J'étais plus indépendant que nul fermier de Concord, car je n'étais enchaîné à maison ni ferme, et pouvais suivre à tout moment la courbe de mon esprit, lequel en est un fort tortueux. En outre, me trouvant déjà mieux dans mes affaires que ces gens, ma maison eût-elle brûle ou ma récolte manqué, que je ne me fusse guère trouvé moins bien dans mes affaires qu’avant.
J’ai accoutumé de penser que les hommes ne sont pas tant les gardiens des troupeaux que les troupeaux sont les gardiens des hommes, tellement ceux-là sont plus libres. Hommes et bœufs font échange de travail, mais si l’on ne considère que le travail nécessaire, on verra que les bœufs ont de beaucoup l’avantage, tant leur ferme est la plus grande. L homme fournit un peu de sa part de travail d’échange, en ses six semaines de fenaison, et ce n est pas un jeu d’enfant. Certainement une nation vivant simplement sous tous rapports — c’est-à-dire une nation de philosophes — ne commettrait jamais telle bévue que d’employer le travail des animaux. Oui, il n a jamais été ni ne semble devoir être de si tôt de nation de philosophes, pas plus, j en suis certain, que l’existence en puisse être désirable. Toutefois, jamais je n aurais, moi, dressé un cheval plus qu’un taureau, ni pris en pension en échange de quelque travail qu’il pût faire pour moi, de peur de devenir tout bonnement un cava-lier ou un bou-vier ; et la société, ce faisant, parût-elle la gagnante, sommes-nous certains que ce qui est gain pour un homme, n’est point perte pour un autre, et que le garçon d’écurie a les mêmes motifs que son maître de se trouver satisfait ? En admettant que sans cette aide quelques ouvrages publics n’eussent pas été construits, dont 1 homme partage la gloire avec le bœuf et le cheval, s’ensuit-il qu’il n’eût pu dans ce cas accomplir des ouvrages encore plus dignes de lui ? Lorsque les hommes se mettent à faire un travail non pas simplement inutile ou artistique, mais de luxe et frivole, avec leur assistance, il va de soi qu’un petit nombre fait tout le travail d échange avec les bœufs, ou, en d’autres termes, devient esclave des plus forts. L homme ainsi non seulement travaille pour l’animal en lui, mais, en parfait symbole, travaille • pour l’animal hors de lui. Malgré maintes solides maisons de brique ou de pierre, la prospérité du fermier se mesure encore suivant le degré auquel la grange couvre de son ombre la maison. Cette ville-ci passe pour posséder les plus grandes maisons de bœufs, de vaches et de chevaux qui soient aux alentours, et elle n’est pas en arrière pour ce qui est de ses édifices publics ; mais en fait de salles destinées à un libre culte ou à une libre parole, il en est
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Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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fort peu dans ce comté. Ce n'est pas par leur architecture, mais pourquoi pas justement par leur pouvoir de pensée abstraite, que les nations devraient chercher à se commémorer ? Combien plus admirable le Bbagavadgita que toutes les ruines de l'Orient 1 Les tours et les temples sont le luxe des princes. Un esprit simple et indépendant ne peine pas sur l'invitation d'un prinoe. Le génie n'est de la suite d'aucun empereur, pas plus que ses matériaux d’argent, d'or, ou de marbre, sauf à un insignifiant degré. A quelle fin, ditesmoi, tant de pierre travaillée ? En Arcadie, lorsque j'y fus, je ne vis point qu’on martelât de pierre. Les nations sont possédées de la démente ambition de perpétuer leur mémoire par l’amas de pierre travaillée qu elles laissent. Que serait-ce si d’égales peines étaient prises pour adoucir et polir leurs mœurs ? Un seul acte de bon sens devrait être plus mémorable qu un monument aussi haut que la lune. Je préfère voir les pierres en leur place. La grandeur de Thèbes fut une grandeur vulgaire. Plus sensé le cordon de pierre qui borne le champ d’un honnête homme qu’une Thèbes aux cent portes qui s’est écartée davantage du vrai but de la vie. La religion et la civilisation qui sont barbares et païennes construisent de splendides temples, mais ce que l’on pourrait appeler le Christianisme n’en construit pas. La majeure partie de la pierre qu’une nation travaille prend la route de sa tombe seulement. Cette nation s’enterre vivante. Pour les Pyramides, ce qu elles offrent surtout d’étonnant, c’est qu'on ait pu trouver tant d’hommes assez avilis pour passer leur vie à la construction d’une tombe destinée à quelque imbécile ambitieux, qu’il eût été plus sage et plus male de noyer dans le Nil pour ensuite livrer son corps aux chiens. Je pourrais peut-être inventer quelque excuse en leur faveur et la sienne, mais je n’en ai pas le temps. Quant à la religion et 1 amour de l’art des bâtisseurs, ce sont à peu près les mêmes par tout l’univers, que l'édifice soit un temple égyptien ou la Banque des Etats-Unis. Cela coûte plus que cela ne vaut. Le grand ressort, c’est la vanité, assistée de l’amour de l’ail et pain et beurre. Mr. Balcom, jeune architecte plein de promesses, le dessine sur le dos de son Vitruve, au crayon dur et à la règle, puis le travail est lâché à Dobson et Fils, tailleurs de pierre. Lorsque les trente siècles commencent à abaisser les yeux dessus, l’humanité commence à lever dessus les siens. Quant à vos hautes tours et monuments, il y eut jadis en cette ville-ci un cerveau brûlé qui entreprit de percer la terre jusqu’à la Chine, et il atteignit si loin que, à son dire, il entendit les marmites et casseroles chinoises résonner ; mais je crois bien que je ne me détournerai pas de mon chemin pour admirer le trou qu’il fit. Cela intéresse nombre de gens de savoir, à propos des monuments de 1 Ouest et de 1 Est, qui les a bâtis. Pour ma part, j’aimerais savoir qui, en ce temps-là, ne les bâtit point,
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— qui fut au-dessus de telles futilités. Mais poursuivons mes statistiques.
Grâce à des travaux d'arpentage, de menuiserie, à des journées de travail de diverses autres sortes dans le village entre-temps, car je compte autant de métiers que de doigts, j’avais gagné 13 dollars 34 cents. La dépense de nourriture pour huit mois, à savoir, du 4 juillet au 1er mars, époque où ces estimations furent faites, quoique j'habitai là plus de deux ans — sans tenir compte des pommes de terre, d’un peu de maïs vert et de quelques pois que j’avais fait pousser, et sans avoir égard à la valeur de ce qui était en réserve à la dernière date, fut :
Riz
Mélasse
Farine de seigle .
Farine de maïs . .
Porc
Fleur de farine.
Sucre
Saindoux
Pommes
Pommes séchées.
Patates
Une citrouille..
Un melon d’eau Sel
) La forme la moins chère de ( la Saccharine.
Moins chère que le seigle.
( Revient plus chère que . la farine de maïs, ar- ' gent et ennui à la fois.
Oui, je mangeai la valeur de 8 dollars 74 cents, en tout et pour tout ; mais je ne divulguerais pas ainsi effrontément mon crime si je ne savais la plupart de mes lecteurs tout aussi criminels que moi, et que leurs faits et gestes n’auraient pas meilleur air une fois imprimés. L’année suivante je pris de temps à autre un plat de poisson pour mon dîner, et une fois j’allai jusqu'à égorger une marmotte qui ravageait mon champ de haricots, — opérer sa transmigration, comme dirait un Tartare, — et la dévorer, un peu à tire d’essai ; mais si elle me procura une satisfaction momentanée, en dépit de certain goût musqué, je m’aperçus qu’à la longue ce ne serait pas une bonne habitude, dût-on faire préparer ses marmottes par le boucher du village.
L'habillement et quelques dépenses accessoires entre les mêmes dates, si petf qu’on puisse induire de cet article, montèrent à :
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Huile et quelques ustensiles de ménage. ... 2 00
De sorte que toutes les sorties d’argent, sauf pour le lavage et le raccommodage qui. en grande partie, furent faits hors de la maison, et les notes n'en ont pas encore été reçues, - et ces dépenses sont toutes et plus que toutes les voies par lesquelles sort nécessairement 1 argent en cette partie du monde, — furent :
Maison 14 72 1/2
Ferme, une annee. . .
Nourriture, huit mois . .
Habillement, etc., huit mois 9 nfl
Huile, è etc., huit mois
’ En tout’. S 61 99 3/4
Je m'adresse en ce moment à ceux de mes lecteurs qui ont à gagner leur vie. Et pour faire face à cela j'ai vendu comme produits de terme .
Gagné par le travail journalier ^ 34
En tout 8 36 78
qui, soustrait de la somme des dépenses, laisse une balance de 25 dollars 21 cents 3/4 d'un cété, ce qui représente à peu de chose près les moyens grâce auxquels je débutai, et la mesure des dépenses a prévoir, - de 1 autre, outre le loisir, l'indépendance et la santé ainsi assures, une maison confortable pour moi aussi longtemps qu'il me plaira de occuper. ,
Cette statistique, si accidentelle et par conséquent peu instructive qu elle Puisse paraître, étant assez complète, a par cela meme une certaine valeur. Rien ne me fut donné dont je n'aie rendu quelque compte. Il resuite du précédent aperçu que ma nourriture seule me coûta en argent vingt-sept cents environ par semaine. Ce fut, au cours de presque deux années après cela, du seigle et de la farine de maïs sans levain, des pommes de terre, du riz, un tout Petit peu de porc salé, de la mélasse, et du sel ; et ma boisson, de 1 eau. 11 était séant que je vécusse de riz, principalement, moi qui tant aimais la philosophie de l'Inde Pour aller au-devant des objections de quelques chicaneurs invétérés, je peux aussi bien dire que si je dînai parfois dehors, comme ) avais
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toujours fait et crois que j’aurai encore occasion de le faire, ce fut souvent au détriment de mes arrangements domestiques. Mais le dîner dehors, étant comme je l'ai établi, un fadeur constant, n affecte en rien un état comparatif
comme celui-ci. ... . . . ,,
J’appris de mes deux années d expérience qu il en coûterait incroyablement peu de peine de se procurer sa nourriture nécessaire même sous cette latitude ; qu’un homme peut suivre un régime aussi simple que font les animaux, tout en conservant santé et force. J ai dîné d une façon tort satisfaisante, satisfaisante à plusieurs points de vue, simplement d un plat de pourpier (Portulaca oleracea) que je cueillis dans mon champ de ble, hs bouillir et additionnai de sel. Je donne le latin à cause de la saveur du nom vulgaire. Et dites-moi, que peut désirer de plus un homme raisonnable, en temps de paix à l’ordinaire midi, qu’un nombre suffisant d’épis de maïs verts bouillis, avec l’addition de sel ? Il n’était pas jusqu’à la petite variété dont j usais qui ne fût une concession aux demandes de 1 appétit, et non de la santé. Cependant les hommes en sont arrivés à ce point que fréquemment ils meurent de faim, non par manque de nécessaire, mais par manque de luxe ; et je connais une brave femme qui croit que son fils a perdu la vie pour s être mis à ne boire que de l’eau. . .
Le lecteur remarquera que je traite le sujet à un point de vue plutôt economique que diététique, et ne s’aventurera pas à mettre ma sobriété a 1 epreuve qu’il n’ait un office bien garni.
Le pain, je commençai par le faire de pure farine de maïs et sel, vrais « hoecakes » \ que je cuisis devant mon feu dehors sur un bardeau ou le bout d une pièce de' charpente scié en construisant ma maison ; mais il avait coutume de prendre le goût de fumée et un arôme de résine. J'essayai aussi de la fleur de farine, mais ai fini par trouver un mélange de seigle et de farine de maïs aussi convenable qu’appétissant. Par temps froid ce n 'était pas mince amusement que de cuire plusieurs petits pains de cette chose les uns après les autres, en les surveillant et les retournant avec autant de soin qu un Egyptien ses œufs en cours d’éclosion. C’étaient autant de vrais fruits de céréales que je faisais mûrir, et qui avaient à mes sens un parfum rappelant celui d’autres nobles fruits, lequel je retenais aussi longtemps que possible en les enveloppant d’étoffe. Je fis une étude de l’art aussi^ antique qu indispensable de faire du pain, consultant telles autorités qui s’offraient, retournant aux temps primitifs et à la première invention du genre sans levain, quand de la