ACTE III , SCENE V
Pour vous voir, en uu jour , trahissant votre gloire , Céder à l'Empereur une indigne victoire. Songez à l'avenir : abandonnés par vous, Qui mettra vos arais à l'abri de ses coups? Vous savez leurs forfaits? La luort ou la misère De leur long dévouement deviendra le salaire. Et vous le souffrirez ? ab ! qu'un noble destin Unisse pour jamais et l'armée et Walstein ! Prêtez-lui votce appui que son péril réclame : Vos soldats à leur tour. . .
WALSTEIK.
Je vous entends. Madame.
L'envoyé suédois en ces lieux amené A serrer ces beaux nœuds n'est-il pas destiné? En secret, dans le camp . tout s'agite et conspire... Mais c'est connaître mal le motif qui m'inspire : Si je hais l'Empereur et si, dans mes discours, A mes emporlemens j'ouvris un libre cours , J'ai toujours combattu l'espérance insensée Qui de l'appât d'un trône obsédait ma pensée. Ne vous souvient-il plus de ce prince odieux. Que Bayard foudroya do ses derniers adieux ? Dévoré de remords , c'est en vain qu'il succombe : L'opprobre de son nom le poursuit dans la tombe. Ah ! plutôt , de la foudre atteint et renversé , Déchoir de ces grandeurs où je me suis placé ! A la postérité confiant ma vengeance , Plutôt traîner dans l'ombre une obscure existence! Plutôt mourir , cent fois , que de vivre aujourd'hui , L'opprobre d'un Etat dont ce bras fut l'appui !
LA PniNCKS.SE.
Je me rends : je bannis des terreurs criminelles. Cédons à l'Empereur : ses bontés paternelles
44 W ALMilirN ,
Daigneront oublier que mon époux , deux fois, De In patrie , en deuil , sut entendre la voix. Sitôt qtie, par l'exil, expiant la victoire , Et couime d'un forfait se lavant de sa gloire , Walstein loin de l'armée aura porté ses pas , L'Empereur recevra la foi de ses soldats , Et touché des remords d'un guerrier qu'il admire , Il lui pardonnera d'avoir sauvé l'Empire. Que dis-je? un autre espoir nous est encor permis ! Dépouillé de sa force et conquérant soumis , Le rival de Gustave , à la cour de son maître , Pour prix de ses regrets , peut un jour reparaître ! Quel spectacle flatteur l'accueille à son retour! Assis , au dernier rang, avec ces grands du jour. Qu'au faîte des honneurs éleva leur vaillance , Et qu'illustre leur bras et non pas leur naissance, Il pourra , soutenu de son nom glorieux , Briguer des courtisans le sourire orgueilleux , Savourer, à longs traits , la joie inespérée De voir d'un Questemberg la bassesse titrée , Eviter son approche et fuir avec mépris Un soldat parvenu qui sauva son pays ! Un si bel avenir doit calmer vos alarmes, Walstein , et sans terreur vous poserez les armes.
Avec quel art cruel vous dirigez vos coups ! *
Et que vous connaissez l'ame de votre époux !
Mais céder aux transports dont je fus toujours maître j
Mais unir à mon nom l'infâme nom de traître j
Et courbé sous le poids de l'immortalité
Ne léguer que ma honte à la postérité!
Un plus noble avenir s'ouvre à mon espérance :
Ceux qui m'osent haïr pleureront mon absence j