THÉCLA, ALBERT
THÉCLA
L'hymen va nous unir : en ce jour de Lonbeur , (,)uf!l chat^rin si puissant s'empare de ton cœur ? Aurais-tu des secrets que je ne puis connaifrc?
ALBEItT.
D'un noir pressentiment je ne suis pas le maître.
Autour de nous, Tliécla, tout me paraît changé;
Et de prochains malheurs l'avenir est chargé.
Prêt à quitter ces lieux , du sa tente sacrée
[>n sévère Walslein nous intnrdii l'entrée.
A ses tristes secrets Butler seul est admis.
Mais l'aurais-tu pensé? déjà quelques amis,
Déjà ceux qui naguère, avec lant de bassesse,
Aux genoui de Walsteiii prosternaient leur tendresse ,
Sur h; chef inconnu que va choisir la Cour,
Transportent , .sans pudeur , leur complaisant amour.
Mon père!... ah ! j'en frémis! oui, mon pire, lui-même,
Oubliant les bienfaits du grand homme qui l'aime.
Sombre cl mystérieux , est venu m'annoncer
')u'à notre hymen , peut-i'ire, il faudrait renoncer.
Noble et sainte amitié , tu n'es donc qu'un vain titre !
Et du sort des mortels la fortune est l'arbitre!
THÉCLA
Eh! que nous font, Albert, leurs débats, leurs fureurs? I^st-ce au même séjour que résident nos cœurs? Consumés tous les deux de mutuelles flamnies , Cherchons notre bonheur dans le fond de nos âmes. Le mien , c'est ton amour j et tu ne peux , je croi , Te montrer plus timide et moins heureux que moi.
ALBERT
Ton père a dépouillé sa grandeur importune :
S'il changeait de desseins , en changeant de fortune !
S'il séparait deux cœurs qu'il était près d'unir f
THÉCLA
Va , le passé pour lui répond de l'avenir; Et son prochain exil , qui cause ta tristesse , Sourit à mes désirs et plaît à ma tendresse.
* Le véritable amour n'aime point les grandeurs.
* U cherche des forêts les sombres profondeurs.
' Aux parcs de Friedland, dans ces douces retraites ,
* Que ceint, de ses replis , la chaîne des Sudétes,
* Rien ne viendra troubler nos paisibles amours ;
' Et de nos premiers ans renaîtront les beaux jours : ' Jours heureux . bords charmans , solitude profonde ,
* Où l'amitié d'Albert était pour moi le monde !
* Comme au séjour céleste , en ces lieux enchantés , ' Nos araes s'enivraient de pures voluptés ;
* L'heure n'y sonnait point , et le temps infidèle
* Y suspendait le cours de sa marche éternelle.
Un souvenir plus doux vient rassurer mon cœur : lîier, quand de Weidennous touchions la hauteur, Onau bruit des inslruniens , notre escorte guerrière ISous apparut de loin , dans des Ilots de poussière, Triste , je mapprochai : « Ma sœur , te dis-je , hélas !