‹ Walstein; tragédie en cinq actesChapitre 9 sur 68 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

ALBERT

Elle approche , sa mère La conduit dans vos bras. Mais, ùciel ! qu'aije appris? 0 mon Prince.

WAI.STEIN.

Quel trouble égare tes esprits? Bcmets-toi : jeune encore et sans expérience , L'amour de tes devoirs est ta seule science ; Tu ne sais pas , Albert , de combien de dégoûts Je payai ces grandeurs dont Ik monde est jaloux , Quels désirs opposés , quels sentimens contraires M'imposent de la Cour les t'réquens émissaires. L'univers a gémi de mes premiers exploits : Neuf ans déjà passés, renversant les Danois, On me vit, dans la Saxe embrasée et sanglante. Jusqu'aux ruchers du liclt apporter Tépouvanle. L'Empereur l'ordonnait, et j'en reçus le prix : Une disgrâce infâme et d'insuitans mépris. Aux murs de Ralisbonne on signa la sentence. A ma patrie en deuil j'immole mon offense j Et saisissant le glaive, une seconde fois. Je résiste , moi seul , au lion Suédois ; A Weimar , à Mansfeld j'arrache la victoire j Mais d'un premier exil Cdii.sutvant la mémoire . Sitôt que la Bohème a secoué ses fers , Par l'équité des lois j"adoucis ses revers j Loin d'aigrir les esprits, ma sage politique Du catholique ardent rapproche l'hérétique. Tous élèvriil au cirl leurs vœux rcconnaissans; Home, Genève , Augsbourg, confondent leur encens. Voilà ce que j ai fait ! voici ni.i récompense : (h\ punit mes rigueurs, on biàmc ma clémence j On [iiéiend, par le glaive, extirper les erreurs

Dont Luther et Calvin ont infecté les cœurs , Et l'on ne songe point que ces luttes cruelles Enfantent des niartjrs et non pas des fidèles. La flamme des bûchers ne s'allumera plus. Questemberg à la Cour a transmis mes refus. Déjà , par un écrit , ce ministre m'annonce Qu'il me doit , au conseil , apporter la réponse , Et de notre Empereur dicter la volonté. A l'entendre aujourd'hui j'abaisse ma fierté. Sachons de Questemberg, par cette confidence , Si l'Empereur toujours condamne ma prudence, Et s'il veut conserver ou bannir un soldat. Qui défendit son sceptre et qui sauva l'Etat.

Envers vous , ô Walstein , la Cour seule est injuste. Gardez- vous d'accuser notre monarque auguste.

De sa protection montre donc les effets : L'a-i-nn vu réparer les affronts qu'on m'a faits? Des Danois quand mon bras eut purgé ses provinces , A-t-il plaidé ma cause , à la diète des princes? L'orgueilleux Bavarois poursuit sou protecteur : Ettiiuide, ill'imniole aux vœux de l'Electeur! Enfin, Albert, crois-tu que ces agens du trône , Dont la haine ou l'effroi, dans ce camp , m'environne, Ces nombreux députés apparcns ou secrets. Sans l'aveu de leur maître apportent ses décrets ? Le pouvoir dont ici Questemberg se décore , Ses brigues, mes dégoûts, crois-tii qu'il les ignore? Que je doive , blessé des plus sensibles coups , Vers ses ministres seuls détourner mon courroux? Un jour peut-t'tre, un jour , la suprême puissance Formant avec le peuple une auguste alliance,

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