‹ Washington, drame historiqueChapitre 103 sur 133 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Remet le commandant Washington en nos mains. Un payement annuel de deux cent mille livres Lui sera pour sa vie assuré sur nos li-res. Nous le faisons, d'avance illustrant sa maison. Duc et pair d'Angleterre, avec terre et blason, Et, pour gage public de notre haute estime, Commensal favori de notre chambre intime. Lequel traité se fait sur notre honneur et foi, Entre Arnold pour lui-même et Clinton pour le roi ! » (Murmures d'indignation dans toute l'assemblée; Lafayette remet le papier aux juges.)

WASHINGTON, à Arnold.

Malheureux î j'ai voulu te sauver de la honte ! La mort t'a fait trembler !

ARNOLD

Trembler!... Non, je l'affronte !

Dans mon grade ignoré, dans la foule perdu, Vous m'avez refusé le rang qui m était dû... J'ai voulu me venger !... Qu'importe si je tombe ? Mais ma haine avec moi me suivra dans la tombe, Et, plus fier à l'aspect d un arrêt flétrissant, Arnold sans repentir meurt en vous maudissant!

Sa haine ! ainsi ton âme orgueilleusement vile Ouvrait Fabîme immense à la guerre civile ! Quoi! nos braves soldats lâchement égorgés, Nos villes au pillage et nos champs ravagés,

D'un peuple qui dix ans souffre, combat et pleure.

Les nobles dévoûments pour une ère meilleure,

Nos plus grands députés, nos plus vastes esprits

Plongés dans les prisons, condamnés et proscrits!

Malheur, malheur à vous, fléaux de la patrie,

Dont l'art de conspirer fait toute l'industrie,

Qui, nuls en temps de paix, a nos dissensions

Demandez le salut de vos ambitions,

Et, jaloux de ce faîte où l'impuissance aspire,

Ébranlez !es États pour votre part d'empire!

Et qu'espéraient enfin les complots insensés?

Ramener les abus que nous avons chassés?

Mais le pays, qui sent sa dignité suprême,

Ne veut d'autres pouvoirs que ceux qu'il fait lui-même,

Et, s'il cherche un sauveur pour apaiser ses flots,

Il l'attend de son vote et non de vos complots !

Vers un large avenir qu'un instinct lui révèle.

Va le peuple qui pense et qui se renouvelle!

A lui de prendre, immense et sainte Majesté,

Dans le règne de tous sa part de royauté.

Fuyez ! conspirateurs ! Fuyez tous ! la lumière,

Ainsi que le palais, inonde la chaumière.

Ah ! ne Pétouffez pas dans son élan sacré!

Qui penserait l'éteindre en serait dévoré!

Et vous, que dans sa marche un monde entier doit suivre,

Gardez la liberté, si vous tenez à vivre !

(Mouvement et élan de tous qui lèvent les mains au ciel en signe d'adhésion.)

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