‹ Washington, drame historiqueChapitre 106 sur 133 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Je comptais, t'y trouvant de retour des forêts,

Venger par ton trépas le fils que je pleurais !

Tout à coup, le front calme et la paupière close,

J'aperçois un enfant qui dans son lit repose !

Je vais frapper! Soudain la voix du grand Esprit

M'inspire un noir projet dont l'horreur me sourit!

Du milieu des débris dans mes bras je remporte!

Au sein de mes forêts, vivante je l'apporte.

Et sais-tu quel était mon rêve, mon désir?

Par ruse en nos combats quelque jour te saisir.

T'^mmener prisonnier au fond de nos tanières,

Sous l'arbre où les aïeux dorment dans leurs poussières,

Armer sa jeune main du tomahawck vainqueur,

Encourager son bras à te percer le cœur,

Et te dire, en offrant ton sang à notre idole :

C'est ta fille par moi, ta fille qui t'immole !

XARA, se pressant contre "Washington comme pour le défendre. Dieu !

MATHORÉ.

Le sort a trompé mes desseins glorieux ! Mais elle va périr et périr à tes yeux. C'est assez pour ton deuil, c'est assez pour ma haine, Assez pour ma vengeance ! Oh ! c'est qu'elle est certaine ! C'est ta fille, regarde! A-t-elle ma couleur? Les enfants des tribus n'ont point cette pâleur ! Je suis rouge... elle est blanche...

Il lui découvre vivement le bras.)

Et voici la blessure

Que sur son bras naissant traça quelque morsure !

Ah ! le doute s'efface en ton cœur combattu!

Maintenant. Washington, dis, la reconnais-tu?

(Washington et Xara, sous l'impression du trouble que cette révélation a fait naître en eux, n'ont pas écouté la fin du discours de Mathoré ; ils se sont regardés, compris, et enfin, emportés malgré eux, ils se jettent dans les bras l'un de l'autre.)

Mon enfant! dans mes bras!

XARA.

Ah ! mon âme s'éclaire!

Oui, cet homme a dit vrai ! Vous êtes bien mon père : (Elle le presse avec tendresse dans ses bras.)

WASHINGTON, après l'avoir embrassée et contemplée avec amour.

Depuis l'instant fatal qui vint nous désunir, Que de pleurs ont coulé sur ton cher souvenir! Tout embaumés encor d'un bonheur éphémère, Que nous parlions de toi, toujours, avec ta mère! Combien de fois, tous deux, près du foyer assis. Entremêlant ton nom à d'éternels récits. Nous rappellions tout bas, l'âme de pleurs noyée. Ta parole naissante au hasard bégayée ; Puis nous disions nos vœux autour de ton sommeil, Et nos enchantements lorsqu'au matin vermeil, Dans nos regards brûlants d'un suave délire. Comme un éclair du ciel rayonnait ton sourire !

Page 1