ACTE V
Sous le niveau suprême il me faut me courber. Dans une nation qui se veut libre et grande, Le moins libre de tous est celui qui commande. Je ne suis qu'un esclave enchaîné par sa foi, Qui, comme le plus humble, a pour maître la loi! Au faîte du pouvoir où chacun me contemple, De ce respect pieux je dois à tous l'exemple 1 A ces dogmes sacrés, avenir du pays, Qui voudrait obéir, quand je désobéis?
Quoi ? parce que le ciel et mon bonheur peut-être M'ont permis d'affranchir le sol qui m'a vu naître, Je pourrais, usurpant la souveraineté, Mettre plus haut que tous ma seule volonté ! Mais à l'oppression c'est rouvrir la carrière ; Au peuple, dont elle est l'étoile et la lumière, C'est dire, rappelant le délire des rois, Quelque chose peut être au-dessus de vos droits î C'est par de tels excès que les empires tombent, Et la liberté meurt, lorsque les lois succombent. Et maintenant, Xara, c'est à toi d'ordonner! Ce que tu résoudras, ma main va le signer î Parle, et vois aujourd'hui ce que ton cœur préfère. Du salut de l'État ou du bonheur d'un père 1
Un mot avant! un seul!... André va-t-ii mourir?
Hélas! De son pardon qui pourrait le couvrir?
XARA, avec enthousiasme.
Signe ma mort, mon père, et qu'il te ressouvienne Que mon âme du moins avait compris la tienne !
(Washington signe.
Toute jeune, j'ai \u le trépas sans pâlir! Qu'il vienne! devant lui je ne vais point faiblir! Qu'il vienne donc' pourvu qu'à cette heure suprême. Je marche soutenue au bras d'André que j'aime! Dites ! de sa tendresse aurai-je au moins l'appui? Pour mourir sans regret, mourrai-jc auprès de lui ?
WASHINGTON", lui montrant André qui entre suivi du cortège de l'exécution.
Regarde !
XARA.
Bien ! L'amour d'éternité suivie Vous donnera ma mort comme il avait ma vie 1 Expirant sous vos yeux et près de son époux, Xara va leur prouver qu'elle s'élève à vous, Et, sur mon front serein lisant mon nom qui brille, Le monde connaîtra que je meurs votre fille!