ACTE V
Dieu ! son cœur ne bat plus ! sa paupière est fermée ! Morte!...
Il reste accablé et pleure amèrement... puis se relevant avec
désespoir.)
Eh bien ! liberté, saint respect de la loi, Attendez-vous encor quelque chose de moi? Ne puis—je aller creuser dans la terre sacrée, A l'enfant qui n'est plus et que j'ai tant pleurée, Une tombe où, le cœur flétri, j'aille poser Et ma dernière larme et mon dernier baiser ? Adieu donc, ô patrie ! adieu ! Soyez heureuse ! Ne troublez pas ma fm amère et douloureuse ! Quand ici-bas tout manque à mon cœur éperdu , Qui pourrait compenser le bien que j'ai perdu ? Qui referait pour moi la joie et la famille? Quand je vous donne tout, qui me rendra ma fille ?
LAFAYETTE
L'amour d'un peuple libre et pour qui vous vivez ! L'État qui tremble encor ! l'Etat que vous sauvez!
(Ayec solennité et impérieusement.) Encor ce sacrifice à ta mission sainte ! Reste grand sans regret et tout-puissant sans crainte ! Ton pays, éclairé d'un exemple éclatant, S'instruira d'être libre et sage, en l'imitant.. . Ton cœur, qui compatit aux douleurs de tes frères, Te dira quel remède il faut à ses misères, Et de ta charité l'inépuisable ardeur Dans l'amour des petits puisera sa grandeur!
Quand, de l'État naissant régulateur suprême, Tu croiras sans péril le laisser à lui-même, Tu pourras, libre alors des heureux que tu fais, Dans ton séjour modeste emporter tes bienfaits ! Mais là, de l'univers le long pèlerinage Viendra de Washington visiter l'ermitage! Tout ce qui sera grand dans l'avenir humain Voudra baiser ton front, voudra serrer ta main, Et toute âme, où du ciel respirera la flamme, S'allumera plus chaude à réclair de ton âme ! Soldat de la raison, conquérant de la loi, Nul ne sera plus grand, plus immortel que toi ! Ton renom éternel sur ta vertu se fonde ! (Lafayette a tiré son épée : tous les soldats en font autant. On bat aux champs au dehors, et on entend le canon retentir; on a vu peu à peu les maisons placées en amphithéâtre s'illuminer, et tout est éclairé à la fin. Les soldats en se rapprochant ont formé un faisceau de drapeaux sur le front de Washington.
WASHINGTON. Il s'est agenouillé à demi pendant les paroles de Lafayette, et sous l'émotion de l'enthousiasme qui l'environne :
0 mon Dieu! protégez la liberté du monde !