ACTE 1 JO
Laissant les laboureurs sur la terre étendus,
Tués dans leur cabane, à leurs arbres pendus !
Quand, grâce aux trahisons, aux lâchetés servîtes,
Par le siège ou la faim vous nous pre-aêz nos villes,
Vos skinners enivrés, vos écorcheurs pillards
Massacrent sans pitié les vierges, les vieillards :
Sous leurs toits embrasés, dans leurs maisons en flammes,
Vous enfermez vivants les enfants et les femmes,
Et Charlestown a vu dans ses murs écroulés
Trois mille citoyens en un seul jour brûlés !
Vous lancez contre nous ces peuplades sauvages
D'Indiens altérés de meurtre et de ravages,
Peaux-Rouges. Mohicans. Delavarres, Sionx,
Bien dignes en effet de marcher avec vous,
Qui dans l'art de tuer formés par leurs ancêtres,
S'arrêtent stupéfaits devant de pareils maîtres !
C'est peu! De chaque fosse entr'ouvrant les lambeaux,
Vous allez remuer la cendre des tombeaux,
Pour ravir aux cercueils, pleins de dépouilles chères,
Les saints trésors d'amour des époux et des mères !
Mais l'indignation, qui rend les hommes forts,
Vient armer les vivants du souvenir des morts,
Et, du dieu des humains éveillant les colères,
Le sang qui monte aux deux s'y condense en tonnerres !
Divisés par l'honneur et par l'humanité,
Partez donc î entre nous il n'est point de traité !
Remportez avec vous voire réquisitoire !
Vous offrez le pardon ! nous offrons la victoire!
HOWE
La victoire !... Eh ! la mort, rompant vos bataillons, De vos meilleurs soldats engraisse les sillons ! L'Amérique s'épuise à ses triomphes même ! Sur vous la maladie a posé sa main blême; La fièvre, qui vous vient au caprice des vents, En centuplant les morts, énerve les vivants! Cherchez donc vos moissons! nous les avons brûlées ! Vos greniers sont détruits, vos fermes désolées ; Notre armée, à loisir usant votre bétail, Ou le dévore en masse, ou le tue en détail; Un poste est bientôt pris lorsque la faim le mine, Et pour notre allié nous avons la famine ! WASHINGTON.
Mais pendant que le temps se perd à raisonner, J'oubliais... permettez, milurd, (A Williams.) mon déjeuner!
(Williams l'apporte : ce repas se compose de pain et d'eau. — Moment de silence. — Washington brise son pain et boit son eau avec le plus grand sang-froid pendant les mots suivants. Vous disiez donc, milord, qu'à des troupes vaillantes Il faut des plats choisis, des viandes succulentes? Oui, je sens ce que peut le suc des aliments, Et je sais la vertu des empires gourmands ! Mais nous, que Dieu dota d'un tempérament jeune, Je l'avourai, milord, nous craignons peu le jeûne : Pour être corrompu ce peuple trop nouveau Sait manger son pain sec et peut boire de l'eau ; Au rang de ses devoirs il met les abstinences : Me? soldats ne sont pas des hommes de finances,