ACTE II
En vain je t'appelais ! à mon âme éperdue
Le silence disait que je t'avais perdue !
Sombre, errant au hasard, pendant trois mois entiers,
Des bois voisins du camp j'ai fouillé les sentiers,
Demandant aux rochers, aux arbres, au rivage,
Quelque chose de toi qui marquât ton passage!
XARA.
Accent des tendres cœurs qui s'entendent ainsi, Toi, tu souffrais là-bas ! moi, je souffrais ici I
(Avec entraînement.) Larmes de noire absence, un instant vous efface!
ANDRÉ, avec enivrement.
Mon amour!
LXARA.
Mais qui donc t'a mis sur notre trace ?
ANDRÉ
La ruse... un Indien, à mes présents vendu, De ton père en tous lieux compagnon assidu, M'apprit qu'abandonnant notre cause incertaine, 11 allait accomplir une fuite lointaine, Et, regagnant ses bois avec un long détour, Passer par Huclsonbaye et partir sans retour. Hudsonbaye ! ah ! ce nom m'instruit de ton asile! Le fleuve traversé m'ouvre un accès facile, Et, tandisqu'à pas lents il parcourt ce chemin, Moi, j'accours aujourd'hui! car il viendra demain !
XARA.
Je le sais... et mon âme en a frémi d'avance !
Cette nuit le grand chef, qui là-bas le devance, M'a dit, troublant le calme où déjà j'espérais, Qu'il me faudra demain rentrer dans nos forêts! Retourner, juste ciel! dans ces huttes que souille Des hommes massacrés la sanglante dépouille! Y retrouver ces dieux, fétiches menaçants, Dont le culte est la mort, les tortures l'encens ! Ah! sous ses lois encor s'il faut que je retombe, Si je dois le revoir, autant vaudrait la tombe !
(Avec terreur et en se serrant contre André. Il vient !
ANDRÉ
Non, à son joug l'amour doit t'arracher.. Xara, tu m'appartiens et je viens te chercher !
XARA.
Eh quoi ! malgré ma race horrible, sanguinaire?..
ANDRÉ
Ange des charités, tu n'as que Dieu pour père ! Qu'importe ton berceau, Xara, quand je te dois Le jour que je respire et le ciel que je vois ? Moi, ne pas t'adorer quand tu m'as fait revivre ! Ah! si la beauté charme et si la grâce enivre, C'est lorsque, transparente au travers de vos traits, L'âme, flambeau divin, brûle sous vos attraits! C'est lorsque, se voilant sous la forme charmante, La femme grande et pure illumine l'amante ! Ton visage, paré d'éclat et de pudeur, Du type le plus doux reproduit la splendeur ;