‹ Washington, drame historiqueChapitre 33 sur 133 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

D'un père européen on te croirait la fille ;

Dans tes regards d'azur c'est la candeur qui brille,

Et ton front, ou la vie a posé sa fraîcheur,

Comme un beau lys des champs resplendit de blancheur!

Mais de toute vertu je trouve en toi l'emblème :

Ton cœur est grand, ton aine est divine et je t'aime !

Puisque le ciel en toi me montre mon appui.

Partons !... Mais... ô mon Dieu ! j'oubliais... je ne pui !

ANDRÉ

Quoi ! Mathoré s'approche, et lorsqu'à l'instant même Tu peux...

XARA. naïvement.

C'est que j'attends un autre encor qui m'aime,

ANDRÉ, étonné.

Un autre ?

XARA.

Qu'en ces lieux par hasard j'ai connu.

Et qui me sauverait, si vous n'étiez venu !

ANDRÉ

Et quel est ce sauveur dont l'amitié fidèle... XARA.

George.

ANDRÉ

George î

XARA.

Voila le nom dont il s'appelle !

C'est des Américains un grand chef respecté...

Un matin qu'il passait de soldats escorté,

Pendant que ses guerriers dormaient sous le platane,

Il vint heurter lui-même au seuil de ma cabane !

Il entra... sur ce bord inculte, abandonné,

De me voir jeune et seule il parut étonné;

Il écouta ma voix, me demanda mon âge ;

Puis je vis quelques pleurs couler sur son visage;

Seize ans ! dit-il tout bas; ô regret i ô douleur!

Je sentis que sa vie enfermait un malheur.

Un sourire sécha ses larmes-effacées...

Si je ne craignais pas d'attrister vos pensées.

Je reviendrais parfois, dit-il avec bonté.

Redemander encor votre hospitalité!

Je ne sais à ces mots ce que je fis entendre :

Mais je compris pourtant que je devais l'attendre.

11 revint quelques jours après, et puis souvent:

Je le vo\ais de loin marcher triste et rêvant ;

Mais bientôt de son front, plein de sombres images,

Ma parole semblait éclaircir les nuages.

Moi, muette à ses pieds, j'écoutais ses discours :

Des âges écoulés il rappelait le cours,

Et vers sa sainte loi tournait mon cœur docile

Dans ce livre sacré qu'il nomme l'Évangile !

C'est ainsi que pour'lui j'ai senti chaque jour

Naître un sentiment tendre... autre que ton amour,

Mais qui m'emporterait, heureuse, obéissante,

Partout où le voudrait sa volonté puissante !

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