‹ Washington, drame historiqueChapitre 6 sur 133 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JACOB, endormi au pied de l'arbre,, ARNOLD, arrivant avec mystère.

ARNOLD

Depuis une heure, au moins, au rendez-vous j'attend ! Et Tryon ne vient pas ! le temps presse pourtant!

(Il regarde autour de lui et revient avec agitation.) Accusé! moi!... Bientôt, sans doute, leur sentence Va me ravir Phonneur, mon rang, mon importance ! Parce qu'à Montréal, soumis à mes drapeaux, J'ai du droit des vainqueurs établi des impôts,

Taxé Philadelphie et dans mes coffres vides Fait entrer un peu d'or des commerçants avides, Des fonds que j'ai perçus on demande l'emploi ! Ah ! Congrès puritain ! est-ce ma faute, à moi, Moi, qui ne suis pas né pour vos vertus parfaites, S'il me faut la splendeur, l'or, le luxe et les fêtes? Puis-je, rivalisant les mœurs du vieux Gaton, Dans ses frugalités imiter Washington ? Blessés des goûts brillants que vous nommez des vices, Vous comptez mes travers ! comptez donc mes services ! C'en est fait ! les Anglais marchandent mon appui ! Ils l'auront I

(Il entend du bruit : c'est Jacob qui se réveille en poussant un léger soupir.)

Ah! j'entends quelqu'un... Enfin... C'est lui ! (Il regarde dans l'ombre et reconnaît Jacob qui se lève.) Eh ! non. C'est cet enfant dont la rue est l'asile, Et qui de cette place a fait son domicile... Pauvre sot, qui, rêvant patrie en son grenier, De l'arbre du héros s'est fait le jardinier !

JACOB, allant embrasser l'arbre aussitôt que levé. Avant qu'au fond, là-bas, ne paraisse l'aurore, Viens, mon beau peuplier, que je t'embrasse encore ! Que je t'aime, symbole auguste et respecté, Arbre de Washington, dont la main fa planté ! Ah ! quand l'Anglais vaincu fuira de ce rivage, Tu sentiras la joie agiter ton feuillage, Et tu frissonneras, quand tu verras, le soir, Toute une nation sous ton ombre s'asseoir !

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