‹ Washington Levert, et Socrate LeblancChapitre 9 sur 9 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

.Tout entier aux préparatifs d'une solennité jus** (juniors sans exemple dans les fastes de .la philantropie française et dont les détails seront consignés à Fun des chapitres suivans, le duc de Levert n'eut pas le temps de lire avant son fils la se-r • conde lettre ^écrite de FHoftpice des Orphelins, par Socrate Leblanc. Cet accident priva Was-

ÊRT.

.hington des réflexions dont son père accompagnait d'habitude chaque lettre de cette correspondance de plus en plus difficile à mener à bien , à travers tant de questions hardies et débattues entre deux jeunes géos vivant , l'un dans sa tête, l'autre dans son cœur.

Quand Washington eut pris connaissance,

loin du regard de son pèté , de .cette; lettre qui

. lui sembla enluminée des couleurs d'un rêve, la sienne par comparaison fondit comme un bloc de glace dans son souvenir. Il eut pitié de lui-même pour avoir craint d'être allé trop loin en parlant du «monde ainsi qu'il l'avait fait ; malheureusement , ce qu'il se sentit enlever canne enthou»»», il ne aperçu, p., -p-il 4e regagnait en irofcie«, Le fiel tftUcbé au d&tir. On rfest jamais terrà&ë tti Vtân qàéftâ ofi* quelque supériorité; en se relève àieillètal* ou pire* 'Je me sttis d&nc trompé ? se déAiatoda-t-il dans sa côhfnrfon naïVè ; j'ai qualifié de grands, de rfekt&, d'ikiMttrfl* , iks objeb kidi^neS dé tab éf ogfe& Mon aAftfratioh ^fcrit un mensonge *

SOCRATE LEBLAtfC. 2Ï)9

'fl est dépendant étrange qu'un homme d'une ignorance absolue du monde me rende honteux 9l ce ]pbittt , de la préKtOice qu'il accof de à ses (révériez Sûr la réalité de mes tableaux. Non , il *ie me convaincra pas dVrréiir:' Inhabité a ljp vrai, moi$ et il ta'y est pa£. JEst-dh tenu de se £er- AfedanS lés* nuages pour SiriVre le tàprice defe «litres?

Oui , je suis dans le vrai, s'écria-t-il en se dirigent vers lé cabinet de ison oncle Des Verrier*, qui ne l'avait jamais vu si préoccupé.

^— Oti f as-tu donc , Washington ?

— Chéfc vous , mon oncle.

~ Que t'est-îi arrivé ? comme te voilà agité !

— VdiiS -savefc , mort oncle, la lettre .que j'ai écrite d'après Pavis de mon père , à Socrate Leblanc? .. * .

— Ton père tai'en a montré îe brouillbn.

— Eh bien ! voilt la réponse qui me parvient. N'est-il pas mortifiant, mon oncle, dé rempli» si peu l'attente des gens? Puisque vutts avefc lu ma lettre , décidai intre nous. Le monde cSt-il

300 WASHINGTON LE/JËRT .

comme Socrate %e l'est figuré , ou comme» je le lui ai décrit? Soyez juge.

Des Verriers lut? la réponse de Socrate f il rii en lui-même de voir se disjoindre , a son début, 'cette amitié raçlfcgée arec tant de précaution., et d'être choisi comme A arbitre entre deux er~ reurs, l'une née de ï'éraltation de l'esprit , Vjxpr tre de l'exaltation du cœur. Qui accordera ces deux couleurs et ces deux sons sera bien habile, pensa le vieillard; il répondit à Washington. '

— II est possible que ta ne te sois point trom-

pé en restant au-dessous -de l'idéal de ton cor-

respondant, dont je n'approuve' pas cependant l'exagération ; mais , à mon sens , s'il est" allé trop loin, tu es resté incomplet. Permets-moi une comparaison. Ton calcul é$ît juste, mais il n'était pas fini ; Socrate l'a terminé à sa manière. Comment veux-tu que je me prononce entre un oubli et une licefrtbi* « — Vous me donnez donc ttjpt ?

. —Non. ' -, '

• — Mais a-t-ii raison ? « '•

<— Pas ^avantage. Écoute. Tu rélèveras facilement, a la prochaine occasion, -Une foule d'etrçurs. .matérielles jpéïnée* .dans. la première partie de sa lettre; qu*it aux absences de la tienne, montre-lui que le temps et l'espace t'ont manqué pour les éviter. '.,..'..

— J'ai don* commis <$es. erreurs ?

, .««-Pas précisément, puisque j'ai dit : abseqjpes**. Mais , vois-tu , ton père n'a pas l'occasion de te mener dans le monde, et ta mère te mène trop dans le grand monde. Tu as de l'esprit , qui en, doute ? du cœur, de la noblesse ; tu sens plus que tu ne raisonnes, estimable défau^; si un jour, et cela sera, tu nourris ce feu de l'aliment de l'observation , tu seras alors un esprit solide et complet» £

- — Que faut-il faire pour cela , mon *6fccle ?

— Bien voir ; tout est la.

. — - Est-ce que jout le monde iji voit pas "

de la même manière ? Voir n'est-dfe pas bien '

Voir?

j *•■» Tais-toit enfilhti Wr avec le*, yeux î ce

WASHNOTOK LEV4RT.

nVst pas voir ; c'est regarder comme tes bœttfe. Les bons observateurs sont ceux qui vous «osent, tandis que vous caresse* , sur les genoux, un joli petit ckien soyeux r Prenez garde, ce càien est enragé. Il y a beaucoup, de chose* soyeuse* . enragées dans la société.

Washington Regardait son oncle avec mys-

Jere^ il était muet devant Part awç lequel celui-ci s'amusait de sa candeur, sans le blesser.

— Et qui donc apprend à voir comme cela , mon oncle ?

— L'expérience,

— Oui , mais qu'est-ce que Fexpépence ?

— Une suite de sottises , mon enfant. Ainsi quand on te dira par exemple •- Voilà un negociant honorable qui a beaucoup d'expérience , dis toi*:* Q# lui a fait six fois banqueroute; si Ton te dit : Voila un vieux général bravecomme

* son épée , mt qui a . une lquguê expérience 9 ajoute encire mentalement : U a perdu trois batailles.

r- Maïs* mon, oncle, si çfeux qui n-ont pas.

SOGRATE . LEBLANC. 202

d'expértenc? so*t exposés à être dupes, 4* si eaux qui en an(, ont; été* dupés-, à quoi sertelle f *

— A quoi elle sert , mauvais lagfcfen ? knVtre dupe que la moitié de sa vie , à condition ce* pendant qu'on ne mourra pas le lendemain de la dernière erreur. Cependant l'expérience des autrès n'est pas tout-à-fait inutile, ajouta Des Verriers, mais d'un ton assez bas pour que son opinion ne ressemblât pas à une conviction. Pour terminer, veux-tu me donnçr huit jours de ton temps avant de répondre à cette lettre qui t'a amené ici ?

— Mais certainement, mon oncle.

— Tu viendras me chercher demain, et nous sortirons insémine.

— Bien , mon oncle f et de ce ' pas je cours

dire au cocher de tenir prêt...

— Il n'y a rien à tenir prêt '^nous sortirons a pied, entends-tu?

— -*Soit; à demain donc , mon oncle. •

Et pendant huit jours, Foncle'ttte rçeveu ne

se quittèrent pas. Voici la Uttrt , que reçut Société à la fin d 1 une semaine passée par Washington loin de son jJere le philantrope 9 et de sa mère la ooble dame.

M Klj|»i'

■i iHi!f.T$&l

pif?]

(«ïli'(j|flS4«J|featues

tfl»^£»^»^ï^«|âpt étages, et î au premier s riches oc-

:$ij£V : ^ :?:

i20ij^ç!çC&It£|X^ues légères .rgi^iî^^C^Î^ des bateaux ^^l^ïâvslôâ^îs sales, des »fM^s#^§&iss<fc bois.

" [uea o»nime

SOCltATE LEBLANC . ÔOÎ

in ; et on voit passer "sous les croiséçs plus de fiacres que' de gondoles.

a 8° Paris a des maisons où , comme tu di* , ' sont reçus les entons trouvés r les orphelins , les femmes «le mauvaise vie, les vieillards, les mofettes; il a des palais pour abriter tonales torts de la civilisation et de la fortune, mais on n'y trouve pas un asile pour les artistes vieux , malades, déçus , fatigues.

« Tnn'fts deviné jusfte qu'une chose : c'est que la Seine traverse Paris.

«Il est temps , mon cher Socrate, quç ta connaisses de quoi se compose ce monde au milieu duquel et si loin duquel tu vis. Ma prochaine lettre renfermera quelques définitions précises des conditions sociales de notre temps» Sans cela y de même que tu as pris Paris pour Venise , Amsterdam et Pékin , il ^arriverait de confondra uan avocat d'aujourd'hui avec^Patru dont parle Baîleai*, un médecin du fauboiflrg Saintfr G o rnMÛn «vec le docteur Purgon de Molière y ai u» homme de lettres édité par le

*dî

libraire Ladvocat avec' Corneille raccommodant ses souliers pour aller présenter ses hommages a* Palais-Cardinal.

« Demain mon projet recevra son' exécuffbn.

En attendant , je t'envoie un plan des rues tortueuses , boueuses et caverneuses de Paris.

« A demain*

« Washington de Levert. » ■■

Mes huit jours de gouvernement ont porté leurs fruits , se dit Des Verriers en cachetant cette * lettre , dont Fesprit était un peu k l'image du sien, de quoi il était secrètement flatté. C'est une vérité v les jeunes gens passionnés sont à qui les veut. Encore un peu il m'aurait pris mon écriture. Malheureusement, il retombera dans quelques joura sous l'autorité de ma sœur

et de mon beau-frère; tristes successeurs ! N'im-

porte, l'interrègne aura marqué.

Enclyuité de son oncle qui pendant la hui* tame ne l'avait tyrannisé d'aucune leçon de morale, qui l'avait amusé, au contraire, à chaque instant , par des mots charmans , tout

en le conduisant dans les établissemens les plus curieux de Paris, Washington eut presque demandé comme une grâce , après avoir été tant amusé , tant émerveillé de spectacles nouveaux, d'écrire l'histoire de sa semaine , n'y eût-il pas été engagé par la promesse faite a Socrate.

Sans jeter un regard derrière le sillon de ses phrases, ainsi qu'on fait quand on est ému, jeune, et qu'on n'a pas encore mérité le malheur d'être placé sous la surveillance de la haute police de la critique , Washington écrivit ceci.

«Mon cver FRÈRE ,

ce Paris, comme tu as semblé le croire d'après moi, n'est pas qu'un assemblage de palais de marbre habités par des princes. Si Paris est la ville qui renferme le plus de théâtres , Paras est aussi la ville qui compte le plus de prisons. Il y a vingt prisons à Paris , sans qu'on s'en doute. Je dis sans qu'on s'en doute , car H est fort difficile , en effet , de découvrir une seule de ces vingt prisons , à moins que d'y être con-

J10 WASHINGTON LEYBRT.

duit. La coquetterie des mœurs parisiennes les cache comme une jolie femme dmjryml» un défaut du front sous des touffes de cheveu** Les unes ressemblent à d'honnêtes maisons bourgeoises; des marchands de vin les encadrent; elles ont la fruitière en face , l'épicier k côté* D'autres sont à l'extrémité des faqboargs, et ont tout-à-fait cette allure pittoresque des existences demi-urbaines , demi-rurales qne l'esprit d'économie relégua aux barrières ; eu Ton boit le vin sans droit. Sais-tu ce que c'est que ce superbe bâtiment dont on aperçoit les combles gothiques et luisans d'ardoises , de bien loin dans les champs, qui se montre au dernier étage , sur dix étages de verdure, ressemblant beaucoup , si j'en crois mon oncle Des Verriers , a Y Isola bella du lac Majeur? c'est Bicétre, la capitale des prisons, la villa des galériens, le boudoir où les condamnés a mort font leur dernière toilette.

«La plus inoffensive des vingt prisons de Paris, est la ptison-four dettes* On y ëcroue

SOCSATE LEBLANC.

ceux qui ne payent pas têurs billets ; tout créan- %

cier a le droit d'y tenir sous clé son débiteur pendant (cinq ans. Uii créancier est pîus que le roi de France , qui ne peut , pendant deux: minutes , faire arrêter un homme. Avec un titre de cent francs, le dernier bottier de Paris a la faculté de disposer de la liberté de l'homme le plus utile à s» famille ou a son pays. Ainsi, en France , cinq ans de la vie d'ifci citoyen , selon là remarque de mon oncle Des Verriers , $ont estimés cent francs.

« Quelques débiteurs se sont vengés de cette souveraineté arbitraire, en faisant leur temps de prison jusqu'au bout , quoiqu'ils eussent les moyens de racheter leur liberté par l'acquittement de leurs dettes. Us ont désespéré le créan-

cier pat le tableau de leur bonheur sons les verrou! ; et de la contrainte d'un calcul , insensiblement amenés aux douceurs de l'habitude , . ils ont versé des pleurs quand il leur a fallu quitter le régime de la captivité.

4c Croirais-tu qu'il y a a Paris, pour les en*

fans de six ans a seize , uee prison particulière, de même qu'ils ont un théâtre exprès pour eux? Mon onale Des Verriers disait en la parcourant avec moi : C'est trop ; une prison , des barreaux de fer , un 'geôlier , pour des enfans qui ont mouché la chandeUeftvec leurs doigts , ou commis quelque crime analogue ; et s'il se trouve ici des petits voleurs , en bonne justice , ce sont leurs parens qui mériteraient d'être à leur place. Jusqu'à seize ans \ les fautes des enfans sont à la charge des pères qui les élèvent mal. Je ne sais si mon oncle a raison , mais il est bien affligeant de voir languir entre quatre murs humides , dans un quartier infect de Paris , de beaux enfans qui ne demanderaient qu'à courir sur le gazon à la poursuite des oiseaux. Il est vrai qu'on les oblige à travailler du matin au soir ; on leur apprend un état» Triste adoucissement ! le travail dans la prison pour les enfans, n'est-ce pas la prison dans la prison P Heureux les riches et les libres comme moi ! Dans cette prison, j'ai causé avec un scélérat endurci âgé

50CÏUTE LEBLANC. 313

de huit ans et trois mois , et j'ai acheté une tabatière à un contre-maître de neuf ans!

ce II y a aussi à Paris une maison de correction pqur les jeunes Jilles y jpoixr celles qui prêbablement se font enlever par leurs amans avant

d'avoir atteint huit ans révolus. * '

« Des eftfans passons aux hommes ; non -seule-

nient on a pour eux des prisons après la faute ,

mais même avant la faute , la kà ne posant .pas comme un principe universel cjue Fhommr.est innocent avant d'être reconnu coupable , mais arrêtant, au contraire , que l'homme est généralement coupable avant d'avoir été déclaté innocent. C'est d'après cette législation renversée, que la pénalité se règle en France , et que son application a lieu. En sorte que chez nous on n'est jamais libre que provisoirement. Ce principe établi comme droit , les prisons s'ouvrent avec, le doute , et souvent on a a subir six

mois de détention avant le jour du jugement qui vous renvoie de l'accusation.

« On a donné le nom de Maisons de dépôt aux

S 14 VAffitHGTOK MOTEftT;

prisons préparatoires où Vûn af tend un jugement définitif. La principale est le grand dépèt de la Préfeetut* de police i CTest suftout la nuit que Paris vide au grand dépôjt les charretées d'hommes, de femmes et d'ertfans, ramassés arec la pelle ef le balai dans les viscqjes des mes. Âii re*4}e-chausséesbnt les femmes , au second et au troisième étage, sontleshorames. J'dieupeuren posent le pied au seuil de ees salles éclairées par des lanterne^ dont la lumière jaune pâlissait derrière dès vapeur* f&ides. On dirait un marais

plein de grenouilles fret mômenf ofy le soleil se

* • couche. Il y a de la brume, des cris , 'des mou-

yemens dans ces salles empestées. «Tai crû y

distinguer des choses nues, pleines de cris et

d'agitation; mon oncle m'a assuré que ces choses

étaient des femmes ; je ne sais s- il se trompe, mais •

j'entendais tout k la fois, et confusément, et a

me rendre sourd et fou, rire, pleurer, manger,

dormir, ronfler, crie*, soupirer ,. maudire et

danser. t

Dans , Fespace volaient nnteô les propos des

fÛClUTg LEBLANC. 315

écorces de fruits, des tronçons de bouteilles, des flocons de cheveu*, arrachés par la dispute; l'air manquait; beaucoup de femmes dormaient en tas, Tune sur Tante*:, superposées. par cou* ches , comme des cadavres. Je tfai dit que la police ramassait tpttt ce qu'elle rencontrait m? * "« le passage de son tombereau de nuit, sauf %t feire 4e triage lé lendemain* Elle aura sans doute renvoyé chez ses parens une jeune fille éorouée

là pour avoir été trouvée endormie , passe mi*

nuit , k la porte d'un hàtet* Interrogée par mon onde, elle a répondu grfelle s'était égarée dans son chemin, en*e rendant à la campagne par l$f barrières, et que la -police, peu satisfaite de ses explications, Pavait conduite au dépôt. Elle aura été relâchée ; mais en attendant, dans quelle société» dans quel lieu aura~t>ellè passé la nuit?

. « Quinze mille individus par an , m'a appris

mon oncle, passent par cet horrible corridor,

qui mène' à la Force, fc Po&sy et k Téchafaud.

<i De 1% maison de dépôt, les prisonniers Sont

310 WASHINGTON LSVERT.

écoulés dans les maisons d'arrêt , au moyen de voitures spéciales , car tout se fait avec décence

à Paris. Ce sont de belles voitures semblables

à celles des teinturiers *• traînées par un vigoureux cheval. Elles sillonnent les plus ' riches quartiers, à toute heure dq jour , sans que personne se doute de la nature des voyageurs qu'elles portent. L'état paye 110,000 fr. pour les courses qu'elle font dans l'année.

« La maison d'arrêt de Paris se compose de la grande et de la petite Force, en tout neuf quartiers ou bàtimens^ dont Se|>t «^appliquent à un nombre égal de catégories dé délits ou de crimes; figure- toi une ville. On y voit le bâtiment des prévenus potfr la première fois , le bâtiment des voleurs infirmes , le bâtiment des scélérats adolescens , la maison dés vieillards; le «bâtiment des petits délits est divisé en appartenons de résistance, en cabinet des injures, en cabinet de cm séditieux, rixes, coups, etc., et d'autres appartemehs sont encore affectesaux escroqueries , atibifaux, aux abus de cqnfiance,

SOCRÀTE LEBLANC . S 1 7

et d'autres enfin sont destinés au logement des vols simples, et aux crimes et vols qualifiés. À. la galanterie près , on croirait lire la description du pays du Tejidre ; et il serait assefc curieux , sans que la cufiosfté , $n pareil cas , nuisît à la morale, de mettre e* regard la darte pal»-

lante du pays du Vice<ftt la carte symbolique

du pays du Tendre. Ne serait-il pas utile de voir comment le vallon dy Petit Désir correspond à l'appartement des Petits Vois ?

« Quoi qu'il en soit, tu vois que chaque prison

a sa fiole. Malheureusement il arrive souvent

qu'une fiole s'épanche dans l'autre , et* que ce qui est entré à la Force simple acide en sort arsenic. * *

« La population de la Iforce est de neuf cents habitans ; elle est presque aussi élevée que celle de certaines capitales allemandes.

«t Après les prisons préventives , dont je viens de te parler % se déroulent sut une longue échelle les prisons répressives ou pour peines. Les peines

il 8 WASHINGTON LBVRRT .

se résument dam la privatisa de la liberté ; çUes sent subies dans des prisons qui sont de quatre sorte^: sutsoas de coaascnQsr, kmsoksbbfoivcb,

FORTEEESSW et BAGNE.

ci Ces lignes 'te confirmeront * bien plus que ne l'eussent fait des protestations spéciales Y qu'il y avait dans ma dernière lettre des.lgcunes à combler. Je rétablie chaque chose pour ton instruction personnelle et au profit de la mienne* un peu trop prompte d'abord à se passionner pour la surfacç , au lieu d'étudier le fond.

ce Je pourrais me, dispenser de te parler des

prisons pour peines, aprèâ t'en avoir donné une idée par les prisons préventives. Cent cinquante prisonniers «habitent Sainte-Pélagie ; quatre cents la maison, de correction pour les hommes^ située me «Je iv Clé; troi? cents la maison de. correction pour tas femmes , située ' dans le faubourg Saint-Denis ; cinq cente la maison de correction pour le& &Ue$ publiques; sept cents Lunaison, de vépressùm $è la m#T*> d&ùèetiu wgpbon<k$e r placée k Sak^Itaûty

SÔCllÀTS LEBZJLNQ. SlÔ

huit cents le dépôt de mendicité de Villera-

Coiterets. ' % * '

- «N'est-ce pa» une pensée terrible , celle de * ♦ . ■

savoir queprèsde dix mille hommes et de dît mille

femmes hàrlent de colère nuit et j#ur dans leur

eage pour 1» briser et sefuera travers k société?

Mon onck Des Verriez a beau rire, je ne mi»

pas, moi , lorsqu'il me disait : « Geux-ci veulent

tokr, ceux-là égorger % eeux-lh incendier ; et

ils voleront j ils forgeront et ils incendieront

quand ils seront dehors * rien ne tes arrêtera.

ce— Mais f mon oricle, lui répondais-je , si on le* rendait meiHurs ! — Te voilà comme ta mère ! tu croîs qu'on les rend meilleurs en leur prêchant le carême ; ou, comme ton père , en les logeant dai* de* cellules.

« Système cellulaire ! Ce mot le rendait loti d'ironie et de gaieté ; et il me disait : « Parce cfu'ite séparent pendant la nuit un Voleur d'un autre voleur ," ils croient , ait lever du soleil \

ttfottver deux honnêtes horhrnres ; maij c'est la mode/. Le système cellulaire régnera quelques

années comme a régné le système du bâton ; et puis il retournera en Amérique , d'où il vient. Cet homme a la criminelle audace de contre-

faire la signature d'un autre ; on le punit , on ' le met dans une* cellule : celui-ci a la soif de l'or ; il vole , on le cloître dans une cellule ; celui-là ne désire que la destruction ; il incendie un champ, vite pour lui une cellule ! Mais le petit voleur , dit-on , qui fréquente un grand voleur , apprend de lui ses secrets pendant la nuit , et devient à son tour un grand voleur ; et l'assassin qui les endoctrine ru* et l'autre en fait deux assassins. — Soit^mais en les isolant, au lieu d'avoir trois assassins , il restera toujours , comme auparavant , deux voleurs et un assassin. — Sans doute; mais, pris à part , on aura bon marché de la résistance de chacun, et l'éducation qu'on leur destine n'aura aucune funeste suggestion à craindre. » Et mon oncle de rire et d'ajouter : « La cellule «.'est donc que le moyen d'un moyen. Le grand moyen * c'est l'éducation. *

SOGRATE LEBLANC . 32 1

— Et que leur énseignerez-vous aux voleurs?

— La religion. — Et qu'est-ce qu'elle dit „

cette religion? qu'il *ne faut pas voler ; mais -elle dit aussi que n#us sommes .tous égaux , cette; religion ; et le voleur qui vole une pendule à celui qui en a deux établit l'égalité , et rentre dans la religion par la porte -de fer du droit ; celui qui possède dix millions doit neuf millions à Xieuf autres > ses semblables en tout, en visage, en force , .en douleurs , éh désirs.

— Mais, mon ont le, me suis-je écrié, il n'y a qu'à répondre aux voleurs que celui qui a dix million&les a gagnés.

— C'est possible. Alors il faudra examiner les titres de chaque homme a la richesse qu'il possède;* car. il n'y a pas une justice pour punir celui qui vole un million a celui qui en a dix , et une justice pour laisser jouir avec impunité celui qui a volé les dix millions*

— Mon oncle , vous*avez raison.

~ J'ai raison , n'est-cfe pas ? Alors , mon ami, sais-tu ce qui va arriver? C^st que non-seule-

i. ai

322 WASHINGTON W&VEET.

ment tu appelleras à toi tous les voleurs des prisons pour examiner le compte des riches , mais le mpnde entier; car. le monde entier est volé ici-bas par la plupart d% ceux qui posse-

rajt bien y périr. Ainsi donc, mop.ami, le* voleurs n'étant que les justiciers maladroits du

peuple, il .y aura toujours le même nombre <fc

voleurs malgré les cellules, les prédications f les philantropes et les bonnes amçs ; et jj y en aura toujours , tant Qu'on .riç verra patf swi clair dans la fortune de ceuç qui ont que dons la misère de ceux qui n'pnt pas. Qu'on ne

vienne pas dire que lea voleurs ne raison-

nent pas lorsqu'ils volent. S'ils ne raisonnent pas avec leur tête, ils raisonnent ajec leurs yeux, éblouis du trop plein des autres, de L'bj? qui rayonne à travers les murs et les «coffres , quelque épais qu'ils soient ; ils raisonnent avec leurs sens ouverts aux f ujpçts de toutes les jouissances éparses autour d'eux. Voler , criait mon oncle, n'est. donc que la vengeance aveugle de

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doute et d'inqqjétude dans le vaste champ de ses spéculations. Enfin l'heure du triomphe allait* sonner ! et quels maux ne fait pas oublier cet instant suprême de réparation? (Test Pins tant où le général méconnu a obtenu le commandement d'une armée r c'est celui où le poète dramatique, sorti de son obscurité, entend le régisseur crier : Tout Wt prêt ; au rideau ! au rideau l » '

Ce h'était pas trop de l'activité des vingt ou - trente, domestiques de l'hôtel ; ce n'était pas trop de l'hôtel entier élevé à l'importance d'un temple , ce jour?la , four fêter l'inauguration de la pensée du dtic d$ Le ver t. Pour la recevoir dignement clans, ce monde où elle était attendue , la serre du jardin avait fourni «•» plus beaux arbustes, étages .par une mm 'vfgéjtùeflm le long de F escalier ; la cuisine r-egargpÉiH dfc cuisiniers ; les buffets'ploypfcent sous fe poids

des fruits et des friandises. *

La foule* des convives avait répondu aVee re* \ figioa à l'heure indiquée dans le* leUnss dlift-

SfJCRÀTE IJÊBiANC. 827

citation* Ife circulaient Ane salle dan* F autre, ne demandant , gans échanger aucune . réponse tttieftfofctfffe , le mtffif pe*r leqael le dite les «rail réunis chez lui en si grand nombre. Hul dW mimàL «*pe»tat d. 1. nature de k communication qu'il allait leur faire. Elle tdudbertft k ciWfp sû#ftir quelque peint k la philan- Iropie; car, grâce> des intimités saintes, nouées li travers l'indifférence du monde , toutes les catégferies d'iwvîtés se reconnaissaient, les unes pour appartenir k la Société des Naufrages , les autres a kr Société pour F amélioration des dômestiqites.MeïùbteS) président, secrétaires, correspohtfans étrangers , étaiçnt heureux de respirer

le même air, dans le même Heu et dans Fattente

débite révélation infaillibleintrit chètç aux affec-

tionsdefotts. Si la salle se fut abîmée sous eux, au même instant. le mopde philantropique eut péri dans F élite de ma représentans. Le sort eut pitié du monde. *

On fomxa le cKner.

Le duc présidait le banquet ; k sa droite

32£ WASHINGTON 1EVRRT.

était son fils , a sa gauche un étranger que flous allons faire connaître ; en face, un autre étranger cligne également d'u&e mention particulière , «t auprès duquel était assis Des Verriers. De ces sommités partaient 1 poyr y revenir, les lignes dW parallélogramme d'habits noirs et de serviettes blanches, galerie accidentée par les points lumineux des carafes , à travers lesquelles se montrait la limpidité des e$ux. Il serait glorieux d'ajouter, pqur '1er charme de la description et surtout pour l'édification des belles âmes , que chaque philantrope portait sur son yisage le reflet de ses vertus. Mais il n'en était pas ainsi. Là où la phrénologie eût assurément trouvé son cçmpte, la beauté n'avait pas le sien. Il faut croire que la philantropie , en faussant les cartilages, n'embellit pas le feint. Tel convive empaqueté dans sa serviette avait l'air d'un hibou malade ; tel autre d'un canard , à la pose de sa tête et au mouvement de ses lèvres ; tel autre d'un dogue pensif et accablé de chagrin; tel autre d'un renard , à la proéminence aiguë

de la partie inférieure du visage. Il y avait aussi beaucoup de têtes de bofiuf , aux narines ouvertes et ai* front spacieux ; lès hures de.

sanglier ne manquaient pas , les fouines pullulaient^ mais ce qui dominait, f 'était le perroquet. Combinée* a^ec la bienfaisance, i?étùde courbe le nez d'uni désespérante façoiU Respectons les bizarreries de la nature, mais accu-* sons son acharnement a voûter ce cartilage essentiel du visage. Au total , l'entourage de la table ressemblait à la confusion d'une ménagerie d'animaux échappés de leurs cages* tour finir une description comme elfe a été commencée , disons que le duc de Levert , avec sa tête droite et haut portée, ombragée de cheveux blancs , avait Pair- d'une . belle cigogne , et que Des Verriers, le tiêux, le .positif, le narquois Des Verriers , rappelât par ses cheveux noirs , malgré son grand âge, par son nez' de fer, le corbeau séculaire qui sortit de l'arche et qui

n'y retourna plus • Après le sacrifice du potage au jusd'écrevisses,

StO WAMIMO90K U?UT.

2 MrVbfl tu incident neftabk an noircit du but* qnet. Bfatdhufee eultait après ïâ potage \ ma** ▼wb #«. bon, Twm» «*t cèwaci*. Cependant ekatftife <mmve attend imrtifement <jne 1m ctanerticfiu* TOasetft*à fat ronde k coup dé madère. JPaa 4e madère, |*p <aème le tertre à pied placé en f «dette *opr& durent desteré an bordeaux Comment expliquer .oe domtAeMÉdîf Ni tin t ni veirc a pied ! Son» la main de rimrite ne ae ptaoetft qjlie le Tetre iànal cft la carafe d'eau* Maialtapaarc mo^nteta, etFé*tae*ment Jmt direnioii»

&a(*ce tmcere w emenr wnaannneiieff r e»ôe a la lin nne plaisanter*? de hmftvribiprôft, «pie

aie fMk ae pertnetfcre t «on «raclera dtont &ien

M»* «prèe les entrée* <*wftn*e ajîrès lé petage , .paœmi vki ne ecr montre f soit dans les flaesns , aoitdan* la main dte donfertifnee, SMde«êrts«Me perpkaite! incnàe damle^fetesdeôc-toMîtenioits philantropiques ; point de vin Up^itt de tkt 1 (Jneex|iiicatson ddlrtenât bientôt f car Ô est

JOCfcâM TSZL&KC. 1181

4eS *crora#es pour tentes 1» actions* lompie h\àuomtikne f enipkt tfiea»«mtwre, étante l'assemblée &> lui faire rmcm-du terist qtfsL** porter* • \ ;••

Qtesfthte, mmkmm&eall kapmaâàt* FeoideM l'œil et awJèf&ttfc$ c^ft5(«mînâ»ttte^»nforijfo«^ dissement au cœur. C'est à peine m te* serres totiahttKfc tax dente* DUpowea nteètpas aeulevé tae fdWvQWMCfidte Jtttoàeuir»

Lé&tô aeroftÎBà et peseeta vente, qrfil a TOdéipHgti'k la «leriBHre gonfclef dtaftu ©a récente, es* le dwt *t fmdsr*

« Messieurs ,

* « JPeut-etee *rçe ea ?tart ?dfe ne p« voes prévenir , avant êfc aime «élire à titble* du motif $Hiiir lequel jVvaiiprisia litai^é de. vtm réunir chez moi. C'est pour veut minaèjAre mâe idée qni touché de tires près a là* sainte eaUse de JPhumâïiké /cause «i chère à sens teus r et défendue par nues tous enrec une paftkneeet uh rfàâMéresietamt ii louables, depab tant d'an-

332 • WÀSHIHGTON LEVERT.

nées. Vous excuserez, messieurs, le retard de

ma communication en faveur de la préoccupation

qu'elle a fait naître en moi. » . .

Uo murmure approbateur accueille ce début.

Beaucoup espèrent avec raison que l'absence du vin sera justifiée ; l'exorde l'annopee.

Le duc reprend :

« Messieurs, jusqu'ici nous croyions avoir beaucouptravaille auprofit de lasagesse,et certes! si nous nous en rapportions aux éloges du dehors * nous ne nous tromperions pas, mais à ne consulter que notre conscience, et au moment de lui offrir un nouveau sujet de ravissement, nous devons nous avoue* que nous n'avons rien fait. »

— Comment, rien fait? interrompt un membre de la société pour l'émancipatipn des hommes de couleur : nous sommes la cause de trois cents incendies au moins dans les Antilles !

— Bien fait ! répète le président de la société pour l'amélioration des prisonniers ; et les cellules? et les voitures couvertes ? et la flanelle?

Et chaque molécule phttantf opique , agrégée

SOCRATE LEBLA9C 833

& quelque corps pour une amélioration quelconque , de répéter : — Nous n'avons rien fait ! . « Rien fait, persiste le duc ; rien , tant que l'homme tuera son corps , abrutira son intelligence , avilira son âme par l'intempérance. La source de l'intempérance, c'est le vin , ce sont les liqueurs, c'est l'alcool, mot empoisonné, mot qu'il faut dire pourtant. Le crime naissant de l'erreur de l'esprit, l'erreur de l'esprit de l'excès des boissons, pour anéantir, d'uncoup, le crime, anéantissons l'usage de toutes les boissons. Fondons, il est temps, messieurs, fondons des sociétés de tempérance , comme en ont l'Angleterre et l'Amérique. Honneur k elles i »

Le duc était superbe.

« L'intempérance a eu ses hideuses annales , messieurs , depuis la plantation de la vigne et depuis la distillation inventée par un Arabe , qui cherchait le poison universel; la tempérance aura ses pages blanches comme les beaux fleuves , et que M. Ramsay nous lira. M. Ramsay est le noble étranger que vous voyez à mon coté ; il

8S1 wifBMBMii raraM*.

pevienbii 1 Amérique «|Mrès^ii»m6Ha»>ea^C0Bi« municatioa le» sociétés de tempérance dufitafr» vefu-MotideaYeç celles de Vaaycim^ V*Mi*aHez l!cataidns pt^dcntk^wBK«^(k>k^«wrtade tempésmiffi daifaut^fopaAa, m pdhdfa au»Aft

« Afrje fresoiB d?ajntifc*rinaiitt* mpt, gfaHfjgnm f \ «pe L'absence duTOeue eçttr «abl* afit* €p*

Pengagp n eaipwby» moue dis prêcher lésera»

pie au* yev en- mendé ftle nra» dira* *éfera»*.

• Je laisse fa pawfa à Miltabsgy». >»

If» Ramssy «e W**, sdtttà di*atoe, à gmobe, devant luk, sûsit Iferoetare^ta se&£ui&&; dh» devoir une contenance ,< <rt ^ufniiietiç&dHisfc

tjfe»

« Mon. giaBdrpwt é&à «a m»gne r m* spaot^mène. moonit dBJCoodbinlMui. instantanée f non pèce ijuvait uae bouteille d'eau-de-tv & chaque repes, et pendant? fîngtawK moi que

wus$»rle . f teeasiein$ , faite li&pWgBMMlivro^

Qn mmwegu. «pi'iù* «moment où M. Romuy entonnait se*v dificouis dWe «mafem » paanaaHa, T Vetaaapei* place avpqjfcp de. Slet Vfewiers gjptàS w petit lka» de sa padbe eà le plaça à «on «&& Cet étranger e'àppefeû* M; Steward.

M* Ramsay seul sembla comprendre Jb piiil^ 4* c^t îaefctatfi » indifférent* pow le* autres «wmee* Cependant U poursuivit,

« Sa*$b#Qii& combien. U y a d'ivrogne* «* Agorfrimy * «aa baJLe patrie v à ^heu»qi*ïl aat? frmsr4&&t sokdiite. et aakizîe mjHe siœ douze inJUtone d?babâtoa€* ^ej-v^ug «aaabtett il «n jpewt p» an? t^nte-Ji^t oûlie ? Pa&em mvaçae de moins. Savez-vous à combien s'élèvent les ira** de justice ^mmi»€dl« 4 *&ewtâ& pu* les proci^ <jui $aif$ent a h suite de* ftfeeô de 13«i* AiwpfflWWiJ? h Â7 ,154,000 fautes.* »

-r Horreur! jateimmpîl le duo, bomttftl Uftpayfroù la liberté de l'hemme *pt ai. belle et «K r limitée !

» «Savez-vous, messieurs, quelles sont les maladie* produites par l'usage des liqueurs fortes? Dix mille. Je n'en citerai que trois : Tépilepsie, la pneumonie et la folie. »

Le ton inspiré dp M* Kamsay absorba l'attention des philantropes de plus en plus effrayés au souvenir de tout le vin qu'ils avaient bu pendant leur vie.

Le service étant interrompu depuis qu'il avait la parole, les domestiques ne savaient si cette

conversion à la tempérance n'envelopperait pas

dans un même anathème les mets avec les vins.

Un d'eux osa demander cependant , mais tout basi Des Verriers /s'il fallait ou non servir une gelée *u rhum et des truffes au vin de . Champagne.

—Gardez-vous de lcp oublier, maladroits!

Seulement appelez la gelée au rhum, gelée de

santé , et les truffes au vin de Champagne , tu-

hercules à l'eau tout simplement.

«Mais, messieurs, continua M. Ramsay, toujours un peu chagrin du livre posé à côté de

dîner, si ce

i§l»ii!l'»*l l I-i , e*S r ~ ■2- >4$j$?&^§j§ijm ni! Jfi. u «

vres , Des Verriers dit tout bas à M. Ramsay : « Voulez-vous de cette gelée de santé ? »

La moitié de la gelée au rhum tomba dans l'assiette du président de la société de tempérance du Haut-Canada.

— Oui ! je ferai entendre ma voit , reprît l'ennemi des possesseurs d'esclaves. Oui ! l'Amérique qui nous envoie la tempérance , devrait abolir l'esclavage. Oui ! au lieu de gorger d'eau les noirs , il vaudrait mieux les affranchir. Leur donner des coliques, est-ce les rendre libres? Vous leur avez supprimé l'eau-de-vie, parce que c'est encore là un moyen d'économiser sur eux. Les malheureux , dans les *rêves de l'ivresse y voyaient du moins quelquefois la liberté. Que voulez-vous qu'ils rêvent en buvant de l'eau? >

— Bravo! bravo! crièrent tous les philanthropes , heureux d'applaudir en apparence un mouvement .oratoire pour mieux cacher la colère de guet-apens de tempérance, qui les avait mis au régime nauséabond de l'eau«

in

S42 vrAêntmrm usiratr.

vertits u far t*fc w nw » qui cteiftfJrenrient * k eoup tar^ la tatopérante* »

Il semblait d'abvrô que le pr&kltnft de là »*» ciëté biblique allait concilier tous les cliflEérewi en le* côtoyant, mais par raaleniantre t *oici ce qui arriva*

Le membre pour l'abolition de l'esclavage reprit lVjumoat, et s'écria : '

— Vos sociétés bibliques n'aboutissent à rien. Elles disent a l'esclave de se résigner > comme si, depuis quinze siècles, il n'était pas résigné. Dérision ! c'est en vertu de la morale de Jésus- Christ qui a aboli la servitude que vos missionnaires engagent a la supporter. Vos consolations sont des mensonges. *Que vos sociétés ne se vantent pas tant d'avoir précédé les sociétés de tetapéraice dans la recoftptiaiïdatiôn de lVâu , et dite^totts plutôt que ni elfes ni vdttt tftfret rendu Peàdave à 1* liberté.

*— La Bible un mensonge ! repartit Thonittiè biblique. Blasphème!

— ' H tt'ài pas dit que h Bible est tth ihet*-

50CIUTÊ leblanc; 343

*bngfe« J'ai avancé que les sociétés bibliques étaient des boutiques dV vie tan.

•-** î¥ès htett ! appuya M. itamsay pour se réconcilier avec l'abolitioniiiste et pour mieux dauber sur le biblique. .

— Vous dites : Très bien ! vous! M, Bamsay , dont j'ai respecté les bavardages sur la tempérance, riposta M. Steward a M. Kamsay.

— Je dis : très bien ! car , messieurs , soutint M. Ramsay arec colère , savez-vous que les sociétés de tempérance ont eu beaucoup à souffrir de l'influence des sociétés bibliques! Sociétés de malheur ! Il faut le dire. Forcés de se créer des distractions en l'absence dé l'ivrognerie dont noua les privons, les affiliés aut sociétés de tempérance se sont mis à lire la Bible, et sont devenus théologiens ; une fois théologiens, les malheureux s'égorgent Jpour des pointa de conscience, comme fis sVgorgeaient auparavant , quand ils avaient Bu.

— Cest qu'ils boivent toujours, repartit M% SteWard, le philantrope biblique.

344 WASHINGTON LEYERT.

— C'est qu'ils discutent sur 1' Apocalypse et vos fatras de Bibles, cria M. Ramsay.

— Ce sont des hypocrites , surajouta l'abolitionnkte,

— M'avez-vous invité, monsieur le duc, demandèrent à la fois M. Ramsay , M. Steward et l'abolitionniste, pour me faire insulter? '

— Messieurs , il y a du bon en tout , intervint Des Verriers , et vous êtes tous d'accord plus que vous ne pensez. M. Steward est un ami de rhumanité ; M. Ramsay un ami de F humanité; M. le président de la société' pour l'abolition de l'esclavage , un ami de l'humanité ; rien ne vous sépare , si ce n'est le moyen de parvenir a la rendre heureuse, comme vous la voulez tous.

— C'est vrai ! — crièrent tous les philantropes; embrassez-vous. Les dissidens ne s'embrassèrent pas , car ils furent distraits tout a coup par la quantité de bouteilles de vin , de flacons de liqueurs que les domestiques , sur un geste du duc de Levert , posèrent sur la nappe.

. SOCRATB LEBLANC* 345

. Après tank d'éloquentes paroles âir et contre l'intempérance, que signifiait, gra&d Dieu! ce luxe envahissant de bojssons ?

. — Messieurs, dit le duc en versait du vin de Frontignan dans le verre altéré de chaque convive, voyez si la tempérance n'aïuait pas dû être un des commandemens de Dieul

Chaque philantrope portait son verre de frontignan a sa bouche desséchée, quand le duc

s'écria :

— Arrêtez ! ne buvez pas si précipitamment , messieurs.

— Serait-ce du poison ?

— Oui ! car c'est du vin.

— N'est-ce pas pour que nous le buvions qu'il a été versé ?

— Sans doute ! mais avant de le boire , messieurs , dites-vous que ce frontignan si pur, si limpide à l'œil , contient, sur cent parties de liquide, douze parties d'alcool .

— Douze parties d'alcool ! ! répondirent les

Vit waUBWfOi lAVttT.

ptot«tJ*p*, cm «tthttt tes partie* «t M fraction* ; é^eit^êuvtoUWe!

De nouveau les verws «e tfempttrt?nt 4b *fh 4e ZaaU* é«fei»d « Ja pôittânecl ëiaNrajont à la vue»

— Ce *k Ai Zante f *c*tiotit% itfefc ai plàs ni moins qtfim bfemr fMter k sang. Sbnardefer active la «ireukltai «t pute tin cerres* un grand fcooble moral, d'oît i«a aimes* H 09»tient , c'est effrayant à énoncer, dix-sept jàfaties d'alcool sur cent de liquide* Cest un incendie.

— Un véritable incendie* afiimètsatles convives , qui s'incendièrent d'un trait*

Excepté M. Raznsay et le duc de Levert, tous les invités commençaient a sentir les effets du frontignan et du zante. Et alors ce furent des élans universels de protestation en faveur de la fondation d'une société de tempérance*

— Ôuit fondons cette société ; fondons4a. Qui s'y opposerait ?

—Et vous ne connaissez pas tout encore*

«e&icttrs, réprft lé duc ; essayez , si vùtts Posez,' de ce Calcavella, qui sur cenl parties, en porte ^ïfîj^jdltiâtôliqlûtès;

— Nous Posons .

«- ^Vpitrat^VottS dans twitt le cotps ?

^-Uiï brcrr*étf*e afffoctx , une insidieuse salis*

— Oui ! vive la société de tempérance î Mort ôtfi fetetojpéifttis! Eirïbrassohs M. ttamsay, le f ïéaktefct de M société et tfempéfaflce du Haut-

En masse , les convives Se letèrettt et donfièneiit râccoladeaù pMe^rtàtiqtre M. RataSây.

Le Aère étmceimt àé bonheur.

— Que ]e me félicité de l\kîtanittiité de vos -optftidns sur une si bélte question , messieurs ! Et puisque vous étés convaincus des terribles effets de Intempérance sur llitïtaanité , quand *lles v y litre...

Le duc fût interrompu par une voix qui dit :

•*« Faisons plus ; fondons unç société pour tfutai ne fume plus.

Et une autre voix : — Pour qu'on ne prise plus.

Et une autre : — Pour qu'on ne mange plus. • ; ou a peine.

—Mon oncle, dit Washington k Des Verriers, il me semble qu'a en croire ces messieur , vivre est le plus grand excès d'intempérance.

Des Verriers n'eût pas répondu à son neveu quand même sa voix n'eût pas dû être couverte par les acclamations qui accueillirent ces dernières paroles du duc.

— Voici la couronne de l'Intempérance, messieurs , la messagère de la mort , la mort ellemême, l'infernale eau-de-vie! et son frère le rhum! ceci corrode, ceci anéantit, ceci tue ! L'eau-de-vie, exécration ! exécration ! renferme cinquante-quatre parties d'alcool sur cent. La science même, si téméraire et si scruta tive, n'est

pas assez hardie pour constater ce venin.

— Constatons le venin ! fut un . çrf général; et une ronde de philantropès r après s'être

S0CRATE LEBLANC. 849

assurée de la présence de l'alcool dans l'eau-de- * vie, entoura la table en chantant : Vive la tempérance ! vive la société de tempérance ! vive le président delà société de tempérance... couronnons-le !

On jeta alors des serviettes sur la tête du duc, et quelques verres accompagnèrent les serviettes ; des bouteilles roulèrent sous les pieds. Tout se passa du reste avec décence.

Aucun couvert ne fut volé ; et le lendemain la première société de tempérance fut fondée à Paris.

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